Hamon mis en examen et personne n'en parle, des soutiens FN et LR crient au complot médiatique

PRESIDENTIELLE Le candidat PS a été automatiquement mis en examen en décembre pour avoir qualifié Nicolas Miguet d’« escroc »…

O. P.-V.

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Benoit Hamon, le 23 février 2017 à Arras.
Benoit Hamon, le 23 février 2017 à Arras. — Michel Spingler/AP/SIPA

« Boum : Benoît Hamon vient d’être mis en examen (évidemment, silence média) ». Non, cette information n’est (presque) pas fausse, et non, elle ne vient (presque) pas de la fachosphère. Ce sont les mots employés par le vice-président du Front national Louis Aliot pour relayer un article de dreuz.info.

Dreuz.info est un site qui « diffuse régulièrement de fausses informations ou des articles trompeurs », selon Le Monde mais, en l’occurrence, il est allé piocher cette histoire dans l’hebdomadaire régional Le Réveil normand. Oui, Benoît Hamon, le candidat socialiste à l’élection présidentielle, a bien été mis en examen. C’était le 7 décembre 2016, pas ces derniers jours, et pour une affaire sans comparaison avec celles qui concernent Marine Le Pen et François Fillon.

« L’escroc Miguet roule pour Pécresse. Votez #AvecBarto »

On remonte le fil de « la polémique Hamon ». Le 29 novembre 2015, le député frondeur et ancien ministre de l’Education publie un tweet dans le cadre des élections régionales. On y voit une affiche de l’homme d’affaires et politique controversé Nicolas Miguet, proche de l’extrême droite, dénonçant le vote en faveur de Claude Bartolone, le candidat PS futur vainqueur du scrutin en Île-de-France. Hamon légende l’image par la phrase « L’escroc Miguet roule pour Pécresse. Votez #AvecBarto ».

Le terme « escroc » est mal passé pour Nicolas Miguet, qui a porté plainte pour injure publique. Benoît Hamon a donc été mis en examen dans ce cadre, la procédure étant quasi automatique, comme l’a expliqué l’entourage du candidat au Réveil normand, à L’Express et à LCI.

En effet, selon l’article 80-1 du Code de procédure pénale, la mise en examen n’est prononcée que s’« il existe des indices graves ou concordants ». Le tweet de Hamon étant toujours en ligne, et celui-ci ayant reconnu être le détenteur du compte @benoithamon et l’auteur du message, l’enquête n’a pas été très compliquée.

Une procédure habituelle

D’autres cas similaires permettent de relativiser la portée de la nouvelle de cette mise en examen (annoncée par la justice il y a trois mois, pour rappel). François Bayrou est par exemple lui-même mis en examen depuis novembre 2016 pour diffamation publique à l’encontre d’une association paloise, dans le cadre de ses fonctions de maire de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques. Le 28 février, Jean-Luc Mélenchon a évité une condamnation après avoir été mis en examen et poursuivi pour injure à l’encontre de Marine Le Pen, qu’il avait qualifiée en mars 2011 de « fasciste ».

Autre exemple, Guy Bedos a été relaxé deux fois, notamment en appel en août 2016, pour avoir traité Nadine Morano de « conne ». Il avait auparavant été mis en examen de manière « automatique » aussi, puisqu’il a été facilement démontré qu’il avait prononcé ce mot à l’endroit de l’ancienne ministre (sur scène, lors d’un spectacle à Toul en 2013).

« Sans que nul n’en parle ! »

Mais plusieurs soutiens des candidats Le Pen et Fillon ont crié au complot médiatique, arguant que l’information n’était pas autant couverte que les polémiques qui concernent la candidate Front national, mise en examen dans le cadre de l’affaire des assistants européens de son parti, et son homologue des Républicains, convoqué par la justice le 15 mars en vue de sa mise en examen dans plusieurs affaires entremêlées.

Louis Aliot a donc parlé du « silence » des médias, « évidemment », tandis que Paul-Marie Coûteaux, ancien du rassemblement Bleu Marine et ex-soutien de Jean-Frédéric Poisson désormais rallié à François Fillon, criait à la manipulation pro-Hamon dès mi-février. D’autres sympathisants des deux candidats Fillon et Le Pen ont repris la théorie du complot médiatique.