Affaire Fillon: Baroin, Bertrand... Que veulent Sarkozy et ses lieutenants?

PRESIDENTIELLE L’ancien chef de l’Etat a pour la première fois communiqué directement ce lundi, depuis le début de l’affaire Fillon…

Olivier Philippe-Viela
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François Fillon et Nicolas Sarkozy
François Fillon et Nicolas Sarkozy — VALERY HACHE / AFP

« Face à la gravité de la situation que connaissent la droite et le centre, chacun a le devoir de tout faire pour préserver l’unité », a écrit ce lundi matin Nicolas Sarkozy dans un bref communiqué appelant à une réunion entre François Fillon, le candidat des Républicains à la présidentielle, Alain Juppé, qui a définitivement renoncé à être le recours, et lui-même.

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Mine de rien, Nicolas Sarkozy, par ce court message, est pour la première fois intervenu officiellement dans l’affaire Fillon, depuis que les ennuis judiciaires de son ancien Premier ministre ont commencé. Dans le même temps, ce lundi, plusieurs lieutenants de l’ex-président ont avancé des noms pour pendre le relais de François Fillon. 20 Minutes fait le point sur les tractations en coulisses de la Sarkozie.

Pourquoi Nicolas Sarkozy prend-il la parole maintenant ?

Arrivé troisième et éliminé au premier tour de la primaire de novembre, l’ancien président de la République était resté très discret ces derniers mois, d’autant plus depuis le début des ennuis de François Fillon en janvier. « Nicolas Sarkozy veut montrer qu’il est le seul susceptible de sauver le parti, explique Jean Petaux, politologue à Sciences Po Bordeaux. C’est d’ailleurs pour cela qu’il se décide à prendre la parole pour la première fois via ce communiqué : il se dit qu’il faut « débrancher » Fillon avant qu’il ne soit trop tard. »

Mais pourquoi ne pas s’être exprimé avant alors ? Valérie Debord, vice-présidente du conseil régional du Grand Est et fidèle sarkozyste, estime qu’il ne faut « pas brusquer, pas humilié » l’actuel candidat du parti. « Nous devons respecter François Fillon, de part son parcours et son engagement au service du pays », dit-elle, bien qu’elle ait retiré son soutien au candidat dimanche soir dans une tribune cosignée par trente élus LR du Grand Est.

« Compte tenu de sa stature, Nicolas Sarkozy ne pouvait qu’être dans une forme d’attente en apparence, même s’il reste actif en coulisses pour montrer qu’il est capable de faire dialoguer tout le monde. Il a dû lui-même hésiter longuement avant de s’exprimer. Cela traduit l’hésitation au sommet du parti et la nécessité pour les figures LR d’obtenir un compromis avec François Fillon », complète le politologue du Cevipof Bruno Cautrès.

Quel candidat propose le clan Sarkozy ?

Lors d’une réunion ce lundi autour de l’ancien chef de l’Etat, les élus sarkozystes ont demandé à François Fillon de « prendre ses responsabilités » et de choisir lui-même « un successeur ». Ils ont quand même leur petite idée sur le nom qui devrait être retenu selon eux : François Baroin, ou plus hypothétiquement Xavier Bertrand. Baroin « est le portrait-robot du candidat nécessaire, glisse un cadre du parti. Fidèle à Fillon jusqu’au bout, puisqu’il était encore au Trocadéro dimanche, proche de lui d’un point de vue programmatique et surtout, il a le gros avantage de permettre un changement de génération, ce qui est intéressant face à Emmanuel Macron. »

D’autres prennent moins de pincettes pour demander à François Baroin de prendre le relais. « Pour moi, cela se joue clairement entre Baroin et Bertrand. Je pense que le premier a pour lui le fait qu’il était déjà préparé pour être le futur Premier ministre », confie à 20 Minutes le député du Nord Sébastien Huygue, autre fidèle de Nicolas Sarkozy.

Georges Fenech ne s’en cache pas non plus, il veut que le sénateur-maire de l’Aube remplace Fillon : « C’est un homme d’expérience. Il a été au gouvernement plusieurs fois, notamment en tant que ministre de l’Economie. François Baroin est un humaniste, porteur d’espoir et prêt à prendre ses responsabilités. Il incarne la nouvelle génération des hommes politiques. Pour moi, il est une belle figure du paysage politique français et il a toutes les qualités requises pour se présenter », a déclaré ce lundi à 20 Minutes le député du Rhône, premier sarkozyste à avoir réclamé l’abandon de François Fillon.

Les juppéistes accepteraient-ils pour autant le compromis François Baroin, pas très bien vu du maire de Bordeaux ? « Ça semble difficile mais le parti est dans un tel état… l’objectif est de sauver la maison », glisse Bruno Cautrès. Même tonalité pour Jean Petaux : « Le choix Baroin pourrait être vu comme une provocation par les juppéistes. Notez qu’Alain Juppé s’est définitivement retiré en arguant que la situation est trop compromise, mais il n’a pas proposé de troisième voix entre Fillon et lui. Dans tous les cas, la fracture au sein du parti ne sera pas réglée. »

Nicolas Sarkozy peut-il peser sur François Fillon ?

« L’hypothèse la plus plausible est quand même que François Fillon réussisse à bloquer le jeu et à se maintenir jusqu’au 17 mars », rappelle le politologue de l’IEP de Bordeaux. Dans ces conditions, Nicolas Sarkozy aura fort à faire s’il veut faire plier son ancien Premier ministre, qui ne peut être délogé de sa place de candidat officiel du parti que s’il se retire de lui-même.

Pour Sébastien Huygue, « il faut que l’on retrouve une unité, derrière un candidat qui reprenne le programme de François Fillon ». Valérie Pécresse tweetait également dimanche soir que les Républicains « défendront coûte que coûte le projet de François Fillon », manière de dire que le vainqueur de la primaire aura l’assurance que son programme sera défendu s’il accepte de se retirer. Nicolas Sarkozy peut-il mener la négociation avec Fillon sur cette base ? « En tout cas, il est la seule personne qui a l’autorité et la hauteur de vue pour convaincre François Fillon, avec en plus beaucoup de monde derrière lui », juge Valérie Debord.