VIDEO. Affaire Fillon : Parrainages, financements… Un recours à Alain Juppé est-il vraiment possible?

PRESIDENTIELLE Le maire de Bordeaux a indiqué qu’il ne «se défilera pas» pour remplacer François Fillon…

O. P.-V.

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Alain Juppé est rentré officiellement en campagne pour François Fillon.
Alain Juppé est rentré officiellement en campagne pour François Fillon. — Michel Euler / POOL / AFP

Alors qu’il refusait jusqu’à présent d’être « un plan B », Alain Juppé semble avoir changé d’avis. Selon Le Parisien, le maire de Bordeaux aurait eu « un haut-le-cœur » mercredi, devant sa télévision, au moment où François Fillon informait la presse de sa convocation en vue d’une mise en examen le 15 mars tout en maintenant sa candidature à l’élection présidentielle.

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Depuis, ses soutiens multiplient les défections dans l’équipe de campagne de l’actuel candidat LR, et le principal intéressé dit désormais qu’il ne « se défilera pas ». Pour ajouter à la crédibilité de cette solution, ce vendredi, le Conseil constitutionnel a mis à jour les parrainages des candidats : l’ancien Premier ministre en a pour l’instant reçu un. Les indices s’accumulant, 20 Minutes fait le point sur l’hypothèse Alain Juppé.

Pourquoi les « juppéistes » y croient ?

Les proches du maire de Bordeaux confirment qu’il se tient « prêt » à prendre la relève. Mais la médaille d’argent de la primaire de novembre assure aussi qu’il ne forcera pas les choses, tant que François Fillon ne se désistera pas. « On ne peut pas gagner avec ce candidat, il faut absolument en changer et Alain Juppé est la meilleure alternative dont nous disposons. Parmi les responsables de notre mouvement, il est le plus capé et quand le gagnant de la primaire ne peut plus concourir, c’est le numéro deux qui le remplace », explique le député de Seine-et-Marne Franck Riester, qui a affiché sur Twitter son parrainage de la candidature Juppé auprès du Conseil constitutionnel.

Alain Juppé obtiendrait-il les 500 signatures facilement ?

Justement, la récolte des fameux 500 parrainages nécessaires pour se présenter a été mise à jour ce vendredi par le Conseil constitutionnel, avec une surprise qui n’en est plus vraiment une : Alain Juppé a une signature en sa faveur, celle de Marie-Claude Jarrot, maire de Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire. Au moins quatre autres élus (Pierre-Yves Bournazel, Jean-Pierre Grand, Claude Roche et Franck Riester donc) ont également envoyé leurs parrainages qui seront comptabilisés à la prochaine mise à jour le 7 mars.

Problème pour le maire bordelais, les élus qui avaient déjà parrainé François Fillon ne pourront pas en faire de même pour lui. Mais pas d’inquiétude du côté de ses soutiens, la réserve est conséquente. « Alain Juppé les aura sans problème, les parrainages vont arriver courant mars », confirme Franck Riester. Il peut compter sur un allié inattendu dans cette quête des 500 signatures, un certain Jean-François Copé. Selon Le Parisien, le député-maire de Meaux « s’active en secret ». De son côté, le député Georges Fenech, proche de Nicolas Sarkozy, n’a pas fait les choses en douce, puisque son appel à parrainer Alain Juppé a été passé sur France Info.

S’il atteint les 500 signatures, Juppé ne sera pas automatiquement qualifié, mais c’est tout comme. Le Conseil constitutionnel se réserve le droit de lui demander « s’il souhaite se présenter » dans le cas où la barre est franchie avant la date limite, le 17 mars à 18h. S’il y consent, « la validité de la candidature est conditionnée par la remise au Conseil constitutionnel sous pli scellé d’une déclaration de la situation patrimoniale » et d’une lettre signifiant son « consentement » à être candidat, explique la constitutionnaliste Wanda Mastor dans La candidature à la présidentielle.

François Fillon peut-il repousser toute alternative ?

Le candidat LR encore en place ne compte pas lâcher son siège. Malgré les défections, il se rassurait jeudi en lançant au Monde que « la base, elle tient » et que « les élus ? Bah, on fera sans eux ! ». Juridiquement, rien n’est prévu dans la charte de la primaire pour remplacer François Fillon. Seul le député de Paris peut décider de se retirer.

La question des dons, orientés depuis la victoire de Fillon à la primaire vers son microparti, Force républicaine, pose également problème. « J’ai été très surpris de constater que, contrairement à ce qui avait été convenu, la campagne de don au profit du microparti de François Fillon se poursuit parallèlement à celle des Républicains », avait expliqué à 20 Minutes le trésorier de LR Daniel Fasquelle il y a un mois.

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Au total, 9,5 millions d’euros avaient été récoltés à l’issue du scrutin en novembre. « Fin janvier, nous avons versé 6 millions à l’association de financement de François Fillon », a dit au Parisien Anne Levade, présidente de la Haute autorité de la primaire de droite, qui précise que la somme est statutairement allouée au vainqueur de la primaire. La Haute autorité dispose encore de 3,5 millions qui n’ont pas été versés à François Fillon. Dernière cagnotte : le parti Les Républicains n’a pas débloqué les 5 millions supplémentaires prévus pour soutenir la campagne de son candidat.

Contacté par 20 Minutes, Daniel Fasquelle n’a pas réagi. Un élu LR confirme néanmoins que la question financière « est un vrai sujet, mais on trouvera les moyens pour financer la campagne d’un autre candidat ». Un autre représentant du parti explique au Parisien que ces 5 millions encore dans les caisses pourraient servir à cela. « Et puis, nous ferons des appels aux dons, donc ça devrait aller. » De là à imaginer qu’Alain Juppé se présente… en même temps que François Fillon ? « Nous n’en sommes pas encore là, on verra le moment venu », souffle un cadre du parti.