Pour François Fillon, la situation « est en train de devenir guère tenable»

INTERVIEW Le politologue Olivier Rouquan revient sur la situation politique très compliquée de François Fillon…

Propos recueillis par Olivier Philippe-Viela

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François Fillon annonce qu'il maintient sa candidature lors d'une conférence de presse, le mercredi 1er mars.
François Fillon annonce qu'il maintient sa candidature lors d'une conférence de presse, le mercredi 1er mars. — Christophe ARCHAMBAULT / AFP

François Fillon a vécu une journée surréaliste mercredi en apprenant sa convocation pour une mise en examen, et n’a pas pu se reposer ce jeudi. Parti à Nîmes pour mener campagne tant bien que mal en dépit des affaires, le candidat LR a vu la liste des défections dans son camp s’allonger au fil de la journée. À 18h, Libération en a recensé 63. Le politologue Olivier Rouquan, chercheur associé au CERSA et récent auteur d’En finir avec le président ! (éd. François Bourin), revient pour 20 Minutes sur la stratégie de l’ancien Premier ministre pour s’en sortir.

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À quel moment la situation ne sera plus du tout tenable pour François Fillon ?

C’est en train de devenir guère tenable en effet. Si les défections continuent dans les prochains jours, elles vont se cristalliser et converger vers quelque chose d’organisé. Le point de bascule serait alors atteint, car les Républicains se tourneraient officiellement vers un autre présidentiable. Il suffit qu’une instance dirigeante du parti précise qu’elle souhaite un autre candidat. Tant que cela reste épar et successif, forcément que François Fillon est affaibli et le paye en termes d’image, mais cela ne permet pas de dégager une alternative.

Depuis Nîmes, François Fillon a déclaré que « la base, elle, tient ». Les militants LR seront suffisants pour que sa campagne ne rompe pas ?

Cette phrase est conforme à sa stratégie depuis le début de l’investigation judiciaire. Il a décidé d’en appeler au cœur des militants, à ce noyau qui lui reste acquis, autour de 17 % des suffrages. Mercredi il n’a fait que conforter ce choix de communication au cours de sa conférence de presse : la théorie du complot et la victimisation marchent auprès de ce noyau dur, qui est attaché presque affectivement au candidat. Cet électorat est en plus capable de se révolter contre un soi-disant complot. La question est quand même de savoir dans quelle mesure ce noyau ne va pas lui aussi commencer à s’effriter.

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Comment faire campagne pendant encore sept semaines sans aller à la rencontre des Français, y compris ses propres électeurs ?

Effectivement, en appeler aux militants, c’est bien, mais encore faut-il qu’ils soient là. En termes de communication, d’une manière ou d’une autre, nous devons les voir derrière ou avec lui. Or dans les meetings, il n’y a plus foule, et de ce point de vue, le rassemblement de soutien prévu dimanche sera un véritable test. S’il n’y a pas assez de monde, cela deviendra très difficile pour François Fillon.

A-t-on déjà vu un candidat faire campagne en porte-à-faux avec son parti ?

Un tel état de désorganisation est assez difficile à trouver depuis les années 70. Ce n’était pas tout à fait comparable, mais on peut penser à la campagne de Jacques Chaban-Delmas en 1974. Il avait été lâché par une partie du mouvement néogaulliste mené par Jacques Chirac, qui avait préféré rejoindre Valéry Giscard d’Estaing. Mais il y avait quand même un candidat de la droite classique identifiable en dehors de Chaban-Delmas, Giscard en l’occurrence. Alors qu’aujourd’hui, pour la droite classique, il n’y a pas de solution de rechange. Le contexte est inédit.