Présidentielle: Nathalie Arthaud mène une course de fond pour Lutte Ouvrière

CAMPAGNE La candidate Lutte Ouvrière fait, chaque semaine, plusieurs réunions publiques en France pour mener une « autre » campagne à la présidentielle…

Anne-Laetitia Beraud
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Nathalie Arthaud, candidate Lutte Ouvrière à l'élection présidentielle, le 3 février 2017 à Montpellier
Nathalie Arthaud, candidate Lutte Ouvrière à l'élection présidentielle, le 3 février 2017 à Montpellier — PASCAL GUYOT / AFP

Orléans, Le Mans, Beauvais, Rouen, Nancy, Tarascon, Grenoble, Limoges… A chaque soir ou presque une nouvelle destination pour Nathalie Arthaud. Depuis la rentrée, la candidate Lutte ouvrière (LO) à la présidentielle réalise plusieurs déplacements par semaine à la rencontre des électeurs. « Entre septembre et décembre, j’ai fait une soixantaine de réunions dans les villes ouvrières, les petites agglomérations, les villes plus bourgeoises aussi », précise la porte-parole du parti trotskiste révolutionnaire. « Et d’ici fin avril, il y en aura encore une cinquantaine ». Objectif la présidentielle pour celle qui a concouru en 2012, obtenant alors 0,56 % des suffrages exprimés.

Prof à temps partiel dans un lycée en Seine-Saint-Denis, Nathalie Arthaud enseigne lundi, mardi et vendredi matins, parcourant ensuite les quatre coins de la France pour la campagne. « Je le fais. Et on ne peut pas dire que je sois submergée par les demandes d’interviews », lance la quadra. Des médias qui seraient hostiles par nature à la voix du parti d’extrême gauche. « Les grands candidats sont choisis par les médias qui leur déroulent le tapis rouge. Ils n’accueillent pas à bras ouverts ceux qui remettent en cause l’ordre établi. Mais on ne se plaint pas. On utilise les moyens militants, le bouche-à-oreille, les réseaux sociaux, le dévouement des travailleurs », ajoute celle qui se définit comme « candidate, mais tout d’abord militante ».

Souscription et soutien « des camarades »

Et ne demandez pas à la candidate Nathalie Arthaud si elle en ferait plus qu’un autre pour convaincre les électeurs. « Nous ne faisons pas une campagne de la même façon que les autres candidats », tranche-t-elle. Avec une efficacité limitée, selon le politologue et enseignant à Sciences-Po Paris Thomas Guénolé : « Je suis extrêmement pessimiste quant à leur capacité de provoquer quelque chose avant l’égalité du temps de parole entre les candidats, à savoir deux semaines avant le premier tour. »

Nathalie Arthaud, candidate Lutte Ouvrière à la présidentielle, le 18 janvier 2017 à Annonay
Nathalie Arthaud, candidate Lutte Ouvrière à la présidentielle, le 18 janvier 2017 à Annonay - JEFF PACHOUD / AFP

Question logistique, « pas de folie des grandeurs » pour celle qui a succédé à la figure d’Arlette Laguiller. Nathalie Arthaud prend le train pour ses meetings avant de rentrer le soir en région parisienne. Et, quand le lieu du déplacement est loin, la candidate préfère un repas à la bonne franquette et un lit « chez les camarades » plutôt que l’hôtel. « La campagne nous coûtera moins d’un million d’euros. On a lancé une souscription pour assumer la dépense », explique Nathalie Arthaud. Et le mouvement peut espérer un remboursement de 800.000 euros versés aux candidats ayant obtenu moins de 5 % des suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle. « Les résultats sont à la mesure de leurs moyens très chiches », relève Thomas Guénolé. « Mais ils pèchent sur les réseaux sociaux car ils n’ont pas renouvelé leur stratégie de communication pour se faire entendre, comme a pu le faire Jean-Luc Mélenchon avec sa chaîne Youtube », continue le politologue.

Démarche d'« agit-prop »

Le candidat de « la France insoumise », honni par ceux qui se considèrent comme de « vrais » communistes, « écrase l’espace de la gauche luttant contre la mondialisation et pour les libertés sociétales », souligne encore le politologue Thomas Guénolé. Mais quel que soit le score à la présidentielle, là ne serait pas l’enjeu : seule la diffusion du message politique compterait. « Ils sont dans une démarche d’agit-prop, bénéficiant dans les deux dernières semaines d’un accès aux médias sans aucune mesure par rapport à leur poids politique. C’est un acte de détournement des règles du système électoral qui ressemble à de la piraterie politique », glisse le politologue.

Avant le premier tour, l’une des grandes contraintes pour Lutte Ouvrière est de récupérer d’ici le 17 mars les 500 parrainages requis pour qualifier leur candidate. Au 1er mars, Nathalie Arthaud dispose de 201 signatures, selon les données publiées mercredi par le Conseil constitutionnel. « C’est un énorme investissement pour les petites formations comme LO. Ils s’appuient ici sur une masse de bénévoles afin d’obtenir des élus les précieuses signatures. Mais en cas de qualification, l’opération devient éminemment rentable pour eux ». Avec, au bout, le projet du soulèvement révolutionnaire.