Présidentielle: Pour Emmanuel Macron, il sert à quoi le soutien de François Bayrou?

CENTRE Le président du MoDem et le candidat d’En Marche ! ont annoncé une « alliance » mercredi…

Thibaut Le Gal
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François Bayrou et Emmanuel Macron, lors d'une conférence de presse commune, le 23 février à Paris.
François Bayrou et Emmanuel Macron, lors d'une conférence de presse commune, le 23 février à Paris. — Jacques DEMARTHON / AFP

Ne prononcez surtout pas le mot de « ralliement », cela énerverait énormément François Bayrou et ses amis. Le président du MoDem a proposé une « alliance » à Emmanuel Macron mercredi. Une main tendue acceptée dans la foulée par le candidat d’En Marche !. « Un geste courageux, inédit et un tournant de la campagne présidentielle comme de notre vie politique », a salué l’ancien ministre de l’Economie. Mais au-delà des mamours, le soutien du maire de Pau va apporter quoi à la candidature Macron ?

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1. Un espace plus ouvert au centre ?

Parlons maths : avec l’effacement de François Bayrou, Emmanuel Macron paraît disposer désormais d’un boulevard au centre. Pas si simple, selon Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. « Il est vrai que les deux hommes possèdent un des segments électoraux très proches. Les 35-49 ans, les cadres supérieurs, les libéraux et les diplômés, comme les personnes ouvertes sur les questions européennes », avance le sondeur. « Lorsqu’il était testé dans nos enquêtes, François Bayrou pesait entre 5 et 6 %. Cette semaine, il n’était pas testé et l’on voyait Emmanuel Macron passer de 19 à 22 % mais François Fillon, lui aussi en bénéficiait, en passant de 18,5 à 20 % ».

2. (Enfin) un Marcheur de poids

Sans faire injure à Renaud Dutreil, Jean Arthuis, et Serge Lepeltier, François Bayrou est probablement le nom le plus connu des ralliements à la candidature d’Emmanuel Macron. Benjamin Griveaux, le porte-parole du candidat d’En Marche !, déroule le tapis rouge. « Il a une image d’expérience et de sagesse. C’est un renfort de poids à l’évidence. François Bayrou a vécu trois campagnes présidentielles, avec un score proche des 20 % en 2007 [18,57 %]. C’est une figure politique incontestée qui a mis dans le débat public des thématiques comme la dette ou la moralisation de la vie publique bien avant tout le monde ».

Marielle de Sarnez, la vice-présidente du Modem, lui tresse la même couronne. « Il a l’expérience des gros ministères [Il a été ministre de l’Education], du terrain, des campagnes. C’est un homme qui réfléchit et a écrit une quinzaine de livres. Il va apporter son enracinement, sa solidité, la relation particulière qu’il a avec le peuple français. Et aussi sa vision politique, qui n’est pas la même que celle de Macron, sur la colonisation par exemple », sourit-elle.

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3. Un angle d’attaque pour ses adversaires

Et si ce rapprochement ouvrait un angle d’attaque pour les adversaires d’Emmanuel Macron ? « C’est une occasion inespérée pour Fillon et la droite d’accoler le titre d’héritier du Hollandisme à Macron, en rappelant que François Bayrou avait refusé Sarkozy en 2007 et appeler à voter Hollande en 2012 », ajoute Frédéric Dabi. A contrario, Benoît Hamon a désigné Emmanuel Macron comme le « candidat du centre-droit ». Marine Le Pen a, elle, taclé dès mercredi « le retour de la vieille politique ». « Il y a une négociation en vue des législatives et c’est le retour des manœuvres d’appareil ».

Quand on pose la question des ​contreparties, comme Matignon, à Benjamin Griveaux, le porte-parole s’étrangle : « Il n’y a eu aucune négociation d’appareils. Et François Bayrou a dit lui-même que ce n’était pas un ticket ! Est-ce qu’on ne peut pas faire crédit d’un peu de sincérité à un homme qui fait de la politique depuis 30 ans ? » C’est pourtant ce même homme « sincère » qui qualifiait, il y a encore quelques semaines, Emmanuel Macron d'« hologramme » ou de candidat « des forces de l’argent ».