«Les sondages ont été notre plus grande chance et notre plus grand handicap», selon l'ex-bras droit de Juppé

INTERVIEW Ancien bras droit de l’ultra-favori Alain Juppé pendant la primaire à droite, Gilles Boyer revient sur cette campagne hors norme…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Gilles Boyer, conseiller et directeur de la campagne d'Alain Juppé à la primaire à droite, le 12 octobre 2016 à Boulogne
Gilles Boyer, conseiller et directeur de la campagne d'Alain Juppé à la primaire à droite, le 12 octobre 2016 à Boulogne — Yann Bohac/SIPA

L’ancien directeur de campagne d’Alain Juppé, Gilles Boyer, publie ce mercredi Rase Campagne*. L'« apparatchik » y raconte notamment 800 jours de la campagne de la primaire à droite, qui s’est soldée le 27 novembre 2016 par la défaite d’Alain Juppé, pourtant favori des sondages. L’ancien conseiller revient pour 20 Minutes sur cette campagne hors norme…

Pourriez-vous donner des clefs pour mener une campagne victorieuse ?

La difficulté, c’est qu’aucune campagne ne ressemble à une autre. Nous avons fait la campagne que nous estimions devoir faire à partir des paramètres dont nous disposions. La difficulté d’une campagne, c’est d’identifier les sujets importants aux yeux de ceux qui votent, de trouver les mots pour leur en parler. Nous avons affronté une élection inédite, avec aucun précédent, aucune référence. C’était une primaire de la droite et du centre avec un électorat très incertain en quantité, c’est-à-dire en nombre de votants, et en qualité, c’est-à-dire en caractéristiques idéologiques. Avec le recul, quand on a perdu, on a forcément tort. Toute notre campagne était basée sur un affrontement que tout le monde prédisait avec Nicolas Sarkozy, et qui ne s’est pas produit. Tous nos choix stratégiques ont été faits en conséquence, et je pense que ces choix étaient bons si nous avions affronté Nicolas Sarkozy.

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Vous vous êtes beaucoup basé sur les sondages. Était-ce une erreur ?

Les sondages étaient les seuls indicateurs dont nous disposions. Ils nous induisent en erreur et en même temps ils ont eu une valeur psychologique essentielle pendant deux ans pour illustrer la capacité d’Alain Juppé à gagner. Ils ont été à la fois notre plus grande chance et notre plus grand handicap. Les deux à la fois. Si les sondages avaient été mauvais au début de la campagne, on aurait eu le plus grand mal à faire vivre la candidature d’Alain Juppé. Et en même temps, le fait qu’ils soient bons nous a sans doute empêchés d’identifier certaines faiblesses de la candidature qui se sont manifestées uniquement le jour du vote.

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Quel est le poids, selon vous, de la campagne de la fachosphère contre Alain Juppé, surnommé « Ali Juppé » ?

Je suis incapable de quantifier les répercussions de ces diffamations sur l’électorat de la droite et du centre. Je constate que beaucoup de gens nous en ont parlé, y compris parmi les supporters d’Alain Juppé qui avaient été troublés par cela. Cela relevait de l’irrationnel, et nous avons été obligés de l’appréhender de manière rationnelle. Cela a créé une distorsion que nous n’avons jamais pu résoudre. Mais je suis incapable de mesurer l’effet que cela a eu sur le résultat à la fin.

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Vous pourriez recommencer cette campagne ?

S’il le fallait, je pourrais. Mais cela ne se produira pas.

Comment voyez-vous aujourd’hui le candidat Fillon ?

Il est combatif, déterminé, et il a un socle de soutiens très solide. Je pense qu’à la fin, l’envie d’alternance l’emportera.

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*Rase campagne de Gilles Boyer, JC Lattès, 266 pages, 18 euros, publié ce mercredi.