Législatives 2022 : A la Nupes, ça craque ou ça passe ?

UNION Malgré des tensions ici ou là, chaque parti de gauche semble vouloir prendre soin de la Nupes… face au risque de dissolution mais aussi face au RN

Rachel Garrat-Valcarcel
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Insoumis et socialistes, mardi, place du Palais-Bourbon.
Insoumis et socialistes, mardi, place du Palais-Bourbon. — JULIEN DE ROSA / AFP

Elle est presque annoncée depuis la signature de l’union de la gauche, la fin de la Nupes. Et lundi, les observateurs ont bien cru la tenir, quand Jean-Luc Mélenchon a proposé que les quatre composantes de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale ne forment qu’un seul groupe à l’Assemblée nationale. Histoire de ne pas se faire chiper le titre de premier groupe d’opposition par le RN. Les réactions des socialistes, communistes et écologistes ont été aussi rapides que négatives.

De toute part on s’est empressé de rappeler que ce n’est pas ce que prévoit le texte d’alliance signé, et que pour des raisons politiques mais aussi organisationnelles, la pertinence du projet peut être largement questionnée. En effet, si le symbole d’avoir le premier groupe de l’opposition peut s’entendre, avec un seul groupe au lieu de quatre, la gauche « diviserait par quatre [ses] droits de tirage de commission d’enquête et d’ordre du jour, divise par deux leur financement des groupes et par trois leur temps de parole », indiquait lundi le journaliste parlementaire Pierre Januel.

Circulez, y’a rien à voir

Mais la Nupes n’est pas tombée, pas du tout même. Chez les partenaires de l’alliance, l’ambiance était à surtout minimiser ce désaccord et ménager le leader insoumis. « Franchement, je ne comprends même pas comment on peut faire la une avec cette question purement administrative », soufflait, très relativiste, Sandra Regol, nouvelle députée écologiste de Strasbourg. « On est quelques heures après le scrutin, tout le monde doit se caler », temporisait aussi Pierre Jouvet, le responsable des élections au PS. Et pour bien souligner qu’il n’y avait pas de malaise, Olivier Faure, le patron des socialistes, est venu partager la photo de famille des insoumis devant l’Assemblée nationale.

Côté insoumis, justement, on a bien compris qu’on avait un peu brusqué tout le monde. Raquel Garrido, députée de Bobigny, met ça sur le compte de la fougue insoumise. « On apprend encore à travailler ensemble ! Il n’y a pas lieu d’être inquiet », relativise-t-elle. « On ne veut forcer personne, indique, un peu plus loin, Alexis Corbière, qui insiste sur les biens faits de la campagne commune : « Un mec comme Olivier Faure, je l’ai découvert positivement, par exemple. »

Un résultat qui valide la stratégie

Sincères ou pas, toutes ces papouilles montrent quand même une volonté partagée de ne pas casser l’outil Nupes, d’autant qu’il paraît évident qu’on n’attendra pas cinq ans avant les prochaines législatives. Même si Jean-Luc Mélenchon a admis une déception sur les résultats de dimanche, chez les membres de l’alliance, les législatives valident sa stratégie. Certes, la Nupes obtient moins que les meilleures projections des instituts de sondage (au-dessus de 200 sièges). Mais c’était un énorme défi : elle n’avait que 60 sortants et sortantes, avec autour de 150 sièges, elle fait plus que doubler sa force. La gauche n’a pas fait que du surplace pendant ces législatives, malgré plusieurs défaites de justesse qui ont rapetissé son score

Il a en fait manqué 16.504 voix à la gauche dans 57 circonscriptions pour avoir une majorité relative. Un souffle. « Le rassemblement a créé l’espoir, si on le déçoit ça sera vraiment terrible, on sera dans les poubelles de l’histoire », assure, tranchant, Benjamin Lucas, élu député écolo des Yvelines.

Le défi de la structuration face au RN

Depuis dimanche, et chez EELV et au PS on semble toujours s’en tenir au programme partagé de la Nupes. Seul Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti communiste français (PCF), a continué de donner un son de cloche un peu différent, comme pendant la campagne. Il s’est montré ouvert à un gouvernement d’union nationale, contrairement à Julien Bayou, le patron d’EELV, et Olivier Faure, mais cela ne paraît pas être l’hypothèse la plus crédible pour la suite. Le problème de la Nupes, c’est moins son résultat ou les tensions qui pourront naître ici où là, mais l’explosion inattendue du nombre de députés et députées RN à l’Assemblée nationale. C’est ce score qui fait passer les 150 députés Nupes au second plan et peut mettre à mal l’ambition de contraindre la Macronie à un vrai débat gauche-droite à la chambre basse.

« On ne doit pas rester inactif devant les évènements », à savoir l’entrée de 89 députés et députées d’extrême droite, prévient Corbière. « Dans la gravité de ce moment, on doit se parler. » Ça doit être le but, à défaut de groupe unique, de l’intergroupes prévu par l’accord de la Nupes. Cette instance, même si elle ne supprime pas l’indépendance de vote de chaque groupe, se veut une instance de dialogue permanent, mais pas seulement.

Pour Julien Bayou, désormais député de Paris, « vouloir autant travailler en cohésions c’est inédit. On va travailler par thèmes, par régions… On sera complémentaire ! » Si elle veut continuer, la Nupes, créée à la va-vite début mai, devra de toute façon de se structurer. Avant une éventuelle dissolution mais aussi avant les congrès des différents partis. PS, PCF et EELV doivent en tenir un avant la fin de l’année. On saura là plus clairement si la Nupes est partie pour durer.