Législatives 2022 : Elu depuis 1988, Jean-Luc Reitzer va quitter l’Assemblée nationale et aura « beaucoup moins besoin de costumes »

NOUVELLE VIE Le député alsacien va complètement devoir se réinventer après trente-quatre ans de mandat. « J’aurai du mal à être au coin du feu avec un livre ! », lance-t-il

Thibaut Gagnepain
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Jean-Luc Reitzer est le député de la 3e circonscription du Haut-Rhin depuis 1988. Il a choisi de ne pas se représenter cette année.
Jean-Luc Reitzer est le député de la 3e circonscription du Haut-Rhin depuis 1988. Il a choisi de ne pas se représenter cette année. — Jean-Luc Reitzer
  • Une page va se tourner pour Jean-Luc Reitzer dimanche, au soir du 2e tour des élections législatives. Il ne sera plus le député élu de la 3e circonscription du Haut-Rhin, après sept mandats de suite.
  • « Depuis que j’ai annoncé mon retrait, je constate que j’ai toutes les qualités ! », en se préparant doucement à ce saut dans le vide d’une nouvelle vie.
  • « J’ai eu la chance et l’honneur d’avoir la confiance de mes concitoyens pendant trente-quatre ans. Je quitte heureux tout ça ! », dit-il encore.

Sarajevo, Istanbul, Adana… Ces derniers jours encore, Jean-Luc Reitzer, 70 ans, était sur le terrain. « En tant que représentant de la France à l’assemblée parlementaire de l’Otan », détaille le député alsacien Les Républicains, qui retrouvera son fief d’Altkirch « dimanche matin pour voter ». Pas pour lui. Après trente-quatre ans et sept mandats d’affilée dans la 3e circonscription du Haut-Rhin, il ne s’est pas représenté « pour ne pas faire le combat de trop. » A la veille d’une nouvelle vie, celui qui a vu défiler 14 Premiers ministres a accordé un entretien à 20 Minutes.

Profitez-vous de ces derniers instants d’élu ?

Oui car c’est ma passion et une fierté de pouvoir représenter mon pays. Je vais partir un peu dans l’inconnu mais j’ai fait ce choix délibéré. Et depuis que j’ai annoncé mon retrait, je constate que j’ai toutes les qualités ! Mes amis trouvent que j’ai bien fait alors que mes ennemis et concurrents sont heureux. Pour une fois, je fais presque l’unanimité !

Ça doit représenter un sacré saut dans le vide après tant d’années de vie publique…

J’ai commencé ma carrière politique en 1977, il y a quarante-cinq ans. J’ai pratiquement été élu toute ma vie donc c’est sûr que ça va être très difficile de se réinventer, de trouver de nouvelles habitudes, intérêts etc.

Quel est votre programme des prochains mois ?

Je dois déjà ranger tout ce qui ne l’est pas depuis des années. Des dossiers, du courrier que je pense important de garder, des revues de presse… Ça devrait m’occuper ! Il faut aussi que je perde dix kilos. Après mon Covid (en mars 2020), j’en avais perdu 22 puis j’en ai repris beaucoup en profitant un peu. J’aimerais aussi faire tout ce que je ne pouvais pas comme profiter de ma famille, mon épouse, mes petits-enfants. Et en même temps, je pense pouvoir encore être utile avec mon expérience. Peut-être dans l’associatif ou dans des organismes spécialisés dans les relations internationales. J’aurai du mal à être au coin du feu avec un livre !

Il va aussi falloir déménager de Paris, non ?

Je n’ai jamais été un bon gestionnaire de mes finances et j’ai toujours été en location. Si j’avais investi il y a trente-cinq ans, peut-être que je paierais aujourd’hui l’Impôt sur la fortune (ISF) ! Donc j’aurai juste à donner congé pour mon petit deux-pièces dans le 15e arrondissement. Je vais aussi déménager mon très beau bureau, avec vue sur la place de la Concorde. Ma collaboratrice a commencé mais je dois finir lundi car il doit être libre mardi.

Toute cette vie dans la capitale qui s’arrête, ce n’est pas un crève-cœur ?

Quand j’étais jeune et que je passais devant le Palais-Bourbon, j’en rêvais. Oui, ça se termine mais j’ai eu la chance et l’honneur d’avoir la confiance de mes concitoyens pendant trente-quatre ans. Je quitte heureux tout ça !

Même les restaurants ? Vous êtes réputé bon vivant…

Oui, mon papa disait toujours "il vaut mieux t’avoir en photo dans le journal qu’à table !". Je suis un amoureux des fruits de mer. A Paris, j’étais gâté ! J’ai même pensé qu’on m’offrirait un jour une coquille d’huître d’or tellement j’en consomme. J’ai fréquenté aussi beaucoup de brasseries alsaciennes, qui sont de moins en moins nombreuses. Je n’aurai pas tout ça à Altkirch, c’est sûr, mais il y a l’excellent « Bistrot à huîtres » à Mulhouse ! Ce sera plus loin mais je suis amoureux de ma région. La première chose que j’ai écoutée quand je suis rentré de l’hôpital en 2020, c’étaient les cloches d’Altkirch.

Quelles personnalités politiques vous auront marqué durant ces sept mandats ?

J’ai rencontré les grandes figures du gaullisme : Michel Debré, Alexandre Sanguinetti, Charles Pasqua, Philippe Seguin et bien d’autres. J’avais beaucoup de respect et d’affection pour Edouard Balladur. C’était un homme très sensible et attentionné, contrairement à ce qu’on croit. Je pense aussi à des gens qui n’étaient pas dans la même famille politique que moi mais pour qui j’avais de l’estime comme Jean Castex, quelqu’un de très humain.

A l’inverse, est-ce que ce n’est jamais passé avec certains ?

Oui, j’ai eu quelques tensions ! Avec Philippe Seguin et Simone Veil notamment. J’avais alors fait passer un amendement, contre l’avis du gouvernement, pour la prise en compte du service militaire dans le calcul de la retraite. La séance a été levée et les deux m’ont passé un savon ! Avec François Fillon, ça a aussi été compliqué quand il a voulu fermer des classes dans ma circonscription. Il m’avait dit "tu nous enquiquines, tu seras de toute façon réélu."

Finalement, vos valises seront-elles longues à faire ?

Non, il n’y en aura pas tant que ça. Je faisais l’aller-retour toutes les semaines : du mardi matin au jeudi après-midi en moyenne. Mais on va profiter, avec mon épouse, de Paris encore cet été. Il va falloir aussi qu’on se réadapte l’un à l’autre. On est à plus de quarante ans de mariage mais vu mes absences, ça compte la moitié !

Vous devriez désormais moins sortir les costumes !

C’est une question à laquelle j’ai pensé ! C’est sûr que j’en aurai beaucoup moins besoin, comme toutes mes chemises blanches !