Législatives 2022 : Face à la Nupes, la majorité s’en remet à la vieille stratégie de la peur

VIEUX POTS Les attaques contre la crédibilité et la légitimité de la Nupes se sont multipliées à mesure que la coalition de gauche montait dans les sondages. Une rengaine ancienne en politique, qui n’a jamais vraiment marché

Rachel Garrat-Valcarcel avec Thibaut Le Gal
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Jean-Luc Mélenchon accompagné des économistes du Parlement de la NUPES, lors d'une conférence de presse de contre-attaque, le 7 juin.
Jean-Luc Mélenchon accompagné des économistes du Parlement de la NUPES, lors d'une conférence de presse de contre-attaque, le 7 juin. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Les ténors de la Macronie n’ont pas de mots assez forts pour critiquer le programme économique de la Nupes.
  • Les arguments sont parfois outranciers, mais pas très nouveaux. La gauche a toujours été jugée sur sa crédibilité avant les élections où elle a pris ou menacé de prendre le pouvoir.
  • Au fond à gauche on trouve plutôt positif d’être au centre des attentions, même si ça pourrait réveiller l’électorat de droite.

Le tir de barrage de la majorité présidentielle a surpris par sa force, peut-être encore plus par son côté dramatique. Devant la dynamique de la Nupes (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) formée par la gauche, Ensemble (la coalition macroniste) y est allé très fort sur les critiques. « On va vous interdire de couper les arbres chez vous », a dit Emmanuel Macron mercredi. « J’ai lu le programme de la Nupes. Ils y citent 20 fois le mot “taxation” et 30 fois le mot “interdiction” », expliquait le même dans une interview samedi. « Réquisition des stocks agricoles, bientôt les carnets de rationnement… La Nupes, c’est tous les clichés du monde soviétique », a renchéri Christophe Castaner. N’en jetez plus.

Face à ces déclarations parfois outrancières, à la Nupes on reste très zen. « Ces attaques démontrent une grande fébrilité de la majorité présidentielle qui voulait enjamber les législatives comme elle l’a fait pour la présidentielle », estime Benjamin Lucas, candidat de l’union de la gauche à Mantes-la-Jolie. Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis sont même satisfaits d’être au centre du débat avec leurs propositions économiques. « Nous avons réussi à susciter le débat face à la stratégie de l’évitement de la Macronie », s’est réjouie Aurélie Trouvé, présidente du parlement de la Nupes, lors d’une conférence de presse des économistes qui soutiennent le projet de la gauche.

La majorité persiste et signe

Pas manqué : la presse s'est penchée sur les déclarations des ténors de la Macronie pour montrer qu’elles n’avaient souvent aucun fondement. Une tribune de 170 économistes (dont Thomas Piketty, Julia Cagé et Gabriel Zucman) qui soutiennent le projet de la Nupes a même été publiée jeudi dans le Journal du dimanche.

La majorité assume pourtant. Et Emmanuel Macron lui-même est revenu à la charge jeudi dans un discours dans le Tarn. « Il est de notre devoir de dénoncer le programme de la Nupes. En invitant chacun tout simplement à le lire : c’est plus de taxes, plus de charges, travailler moins pour redistribuer des richesses qu’on ne produira pas, juge Maud Bregeon, candidate à Antony (Hauts-de-Seine), Le choix n’est pas entre deux nuances politiques, mais entre deux destins différents pour le pays. » Pourtant, les attaques sur la crédibilité, sur la légitimité de la gauche, n’ont rien de nouveau. « A l’orée du pouvoir, les gauches ont souvent engendré une méfiance de leurs adversaires, de la droite et des milieux économiques en général. Cet argument d’incompétence économique est récurrent », rappelle l’historien Jean Garrigues.

Pas très neuf

Episode le plus connu : l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 1981, où la campagne giscardienne s’est presque limitée à cette stratégie de la peur. C’est la fameuse angoisse de l’arrivée des chars soviétiques à Paris. En 1997, la droite raille la Gauche plurielle en agitant la peur de retrouver des ministres communistes. En 2012, le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, prédisait à une victoire de François Hollande « des conséquences comparables à une guerre », rien de moins. Des stratégies à chaque fois sans succès.

Benjamin Lucas n’imagine pas plus que la tentative de décrédibilisation de cette année sera gagnante. En tout cas, sur le terrain, il n’en voit pas les effets : « Je crois plutôt que ça mobilise les nôtres, cela montre que la gauche a eu raison de s’unir. Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots. » Pour l’ancien socialiste, désormais à Générations, cette stratégie n’aura un effet que « dans la primaire à droite entre LREM et LR, ce n’est pas notre affaire. On ne va pas faire changer d’avis les LR ou les LREM, on doit aller chercher les abstentionnistes ».

Certes, la décrédibilisation de la gauche a sans doute moins pour objectif de faire changer d’avis les électeurs et électrices potentielles de la Nupes que de réveiller l’électorat de droite. Et c’est un problème pour la gauche. Quand bien même elle arriverait en tête au soir du premier tour, peut-être même avec de l’avance, elle serait sans doute totalement à découvert en vue du second tour. Sous la menace d’un report massif des voix de droite sur les candidats et candidates Ensemble, le 19 juin. Un report absolument nécessaire si Emmanuel Macron veut disposer d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Dans ce contexte, le problème de la Nupes, c’est moins la question de la peur qu’inspire son son programme que la force, au moins sur le papier, de toutes les oppositions sur sa droite.

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