Législatives 2022 : « Un ministère ? Je ne joue pas ça », affirme Sabrina Agresti-Roubache, candidate Renaissance à Marseille

INTERVIEW Figure montante du parti présidentiel à Marseille et proche d'Emmanuel Macron, Sabrina Agresti-Roubache se présente aux législatives dans la première circonscription des Bouches-du-Rhône

Propos recueillis par Mathilde Ceilles et Alexandre Vella
Sabrina Agresti-Roubache lors de la campagne des législatives à Marseille
Sabrina Agresti-Roubache lors de la campagne des législatives à Marseille — Alexandre VELLA / 20 Minutes
  • À trois semaines du premier tour des élections législatives, 20 Minutes Marseille publie chaque mercredi une interview d’un des chefs de file, candidat dans les Bouches-du-Rhône, issus des trois blocs dessinés par le résultat de l’élection présidentielle.
  • Aujourd’hui, Sabrina Agresti-Roubache, candidate Renaissance (ex-LREM) dans la première circonscription des Bouches-du-Rhône, se prête à l’exercice.
  • Proche du couple présidentiel, cette novice en politique en pleine ascension vit la sa première élection en son nom.

Son nom a circulé parmi les ministrables, signe d’une ascension politique pour le moins fulgurante. Novice en politique, avec un premier mandat de conseillère régionale décroché il y a tout juste un an, Sabrina Agresti-Roubache se retrouve propulsée candidate dans la très convoitée première circonscription des Bouches-du-Rhône pour Renaissance ! (ex-LREM). Devenue fer de lance de la Macronie marseillaise, la productrice et amie intime du couple présidentiel revient pour 20 Minutes sur les enjeux de cette élection pour elle comme pour les Marcheurs de la cité phocéenne, à la veille de la venue d’Emmanuel Macron à Marseille.

Après une campagne pour les régionales sur la liste de Renaud Muselier, c’est la première fois que vous vous présentez sur votre nom. Qu’est-ce que cela change ?

Ça change d’abord l’image. Voir ses affiches, c’est très bizarre. D’un coup, tu te découvres plein de défauts que tu n’avais pas vus avant ! C’est horrible. Je me déteste en photo.

Et puis ça change le poids et la responsabilité. Tu es seule face à l’élection, face aux suffrages. C’est moins effrayant d’être quatrième sur la liste de Renaud (Muselier, N.D.L.R.) que d’être candidate aux législatives sur une première circonscription hyperconvoitée, surtout en interne. Ça change le rapport de force politique. Maintenant, tu sens que tu es dans l’arène, que tu boxes et que tout le monde veut boxer avec toi.

Le combat politique ne me fait pas peur. Le seul truc qui me fait peur, c’est que ça puisse avoir un impact négatif sur ma famille. Mais ma fille fait campagne dans sa classe de cinquième. Elle m’a demandé des tracts pour l’école ! Ça veut dire qu’elle sait pourquoi je suis un peu moins là en ce moment. J’ai réussi à pas en faire un traumatisme, mais plutôt quelque chose de joyeux, et de l’impliquer.

Après, si je gagne, ce n’est pas la même chose. J’aurais la surface politique suffisante pour porter des sujets importants sur Marseille. Et vous verrez, la recomposition politique à Marseille se fera dans ma circonscription. Ça sera la circonscription pivot. Si tu prends une circonscription de conquête, plutôt qu’une circonscription qui nous est favorable de toute manière, ce n’est pas tout à fait la même victoire.

Moi j’aime bien les choses difficiles. Un ministère en cas de victoire ? Je ne sais pas. Appelez le président de la République et demandez-lui ! (rires) Je ne joue pas ça. Je joue plus une épreuve politique personnelle et je fais « step by step ». Déjà, il faut battre le RN qui a fini premier. L’après, honnêtement, c’est entre les mains du président et de personne d’autre.

A qui profite l’abstention ?

A l’extrême-droite. C’est notre première ennemie. L’électorat de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche est extrêmement mobilisé. Leur colonne vertébrale, c’est ça. On voit bien que, avec une abstention forte, on se retrouve avec une Le Pen ici devant au second tour. Donc il faut consolider son socle, et mobiliser l’électorat macroniste, du centre gauche au centre droit.

Une fois qu’on a consolidé notre base, il faut aller chercher et convaincre ceux qui sont pas convaincus et ceux qui sont convaincus par rien, les abstentionnistes, comme on l’avait fait aux régionales. Donc campagne de réseau, campagne de terrain. Je pense qu’il faut fermer sa putain de gueule en fait et écouter les gens. Et les gens te parlent.

Si vous êtes élu, quel sera le premier sujet que vous porterez ?

Sur cette circonscription, la mobilité est un sujet. Il y a les quartiers Nord, les quartiers Sud, mais les quartiers Est, ça existe ! Pour cela, il y a le plan Marseille en grand. J’ai travaillé dessus pendant huit mois, donc je le connais par cœur. Moi, le matin, quand je pars emmener ma fille à l’école, je meurs. En temps normal, tu mets dix minutes. Le matin, je mets trente-cinq minutes. Si je n’ai pas de voiture, je mets une heure et demie ! Il faut intégrer les quartiers Est, et je veux appuyer cela.

Tous les Marseillais savent que c’est notre sujet, la mobilité. L’autre jour, je prenais le taxi à Paris. Il me dit : « Oh là là, vous n’avez pas de bol à Marseille ! Comment vous faites pour vivre là ? Putain, il y a trop d’embouteillages ! » Et il est taxi à Paris, le mec ! Tu es là, et tu te dis : « Même lui, il sait qu’on galère ! Même lui, il sait que ça craint. » Il y a aussi le sujet de la sécurité. Tout le monde ne me parle de la fermeture ou non du commissariat du 11e arrondissement.

A 18 ou 20 ans, vous imaginiez-vous, vingt ans plus tard, candidate aux législatives pour le parti présidentiel ?

Pas du tout, mais alors pas du tout ! J’étais très engagée sur le plan local, mais je n’étais pas une engagée politique. J’aurais pu, hein ! J’aurais pu rejoindre un parti, le PS, le centre, Bayrou, je n’en sais rien. Mais de là où je viens… Moi, mes parents ont regardé toutes les émissions politiques, Anne Sinclair, Pivot. On était une famille, l’air de rien, pas engagée, mais politisée quand même. Moi, j’ai grandi avec Krasucki, Georges Marchais. Moi, je suis une enfant des Guignols ! C’est les Guignols qui m’ont permis de comprendre des choses sur la politique. En revanche, de là à sauter le pas sur un engagement réel, politique, pas du tout. Ça, ça se fait au fil du temps. La rencontre avec le président est clairement la rencontre du basculement vers la politique réelle, la politique « terrain ».

Vous qui venez de la cité Félix-Pyat, qu’est-ce que cela représenterait d’accéder à l’Assemblée nationale ?

Avant moi, il y a eu Saïd Ahamada (député LREM de Marseille originaire de cette cité, N.D.L.R.), mais il a commencé la politique bien avant moi ! Honnêtement, pour moi, c’est la fierté des parents. Pour ma mère, ça veut dire quelque chose. Et puis, je le vois, mes amis d’enfance sont super fiers, et ils viennent faire la campagne pour moi. Donc c’est plus personnel que symbolique. Symbole de quoi ? Je ne suis pas un symbole autoproclamé.

Et puis moi, avoir ton nom quelque part… Je ne suis pas sensible à ça. Je pense que c’est aussi une déformation professionnelle. J’ai l’habitude de voir mon nom dans des choses. Ce n’est pas ça qui te fait avancer. Ce qui m’importe, ce n’est pas de savoir où je vais déjeuner à l’Assemblée nationale, mais comment je vais faire passer des textes et mener des combats. Ce n’est même pas un succès. Ce sont des sacrifices personnels. Ça demande beaucoup de temps. Tu ne vois plus ta famille. Tu mets tes activités entre parenthèses. Tu n’as plus de vie. Tu ne peux plus aller chez le coiffeur. En plus j’écris un second livre politique, sur Marseille. Mais c’est une forme de devoir, et j’ai plus le sens du devoir que le reste.