Législatives 2022 : L'accord PS-LFI peut-il passer la rampe ? Verdict jeudi soir

RATIFICATION L’issue du Conseil national du PS, qui doit décider ou non ce jeudi de ratifier l’accord pour les législatives avec la France insoumise, est incertaine, presque plus à cause de la forme que du fond

Rachel Garrat-Valcarcel
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Jean-Luc Mélenchon et Olivier Faure à l'Assemblée nationale. (archives)
Jean-Luc Mélenchon et Olivier Faure à l'Assemblée nationale. (archives) — DAVID NIVIERE / POOL / AFP
  • Le PS et LFI ont certes signé un accord pour les législatives, mais il doit encore être ratifié par le parlement interne du parti, et c’est loin d’être gagné.
  • Sur le fond, les opposants et opposantes dénoncent un alignement sur le programme insoumis… Mais d’autres ne voient « rien de choquant » dans la proposition.
  • Mais sur la forme, la liste des circonscriptions réservées au PS, sans certaines où il est pourtant sortant, risque bien de faire capoter l’alliance.

Au bout du bout du temps imparti pour les négociations, la France insoumise et le Parti socialiste ont signé un accord pour les élections législatives de juin mercredi. Comme avec EELV et le PCF, c’est un accord à la fois sur le fond, avec un programme de gouvernement assez détaillé, et sur la forme, avec une répartition des circonscriptions. En l’occurrence, 70 sont réservées au PS (contre 100 à EELV et 50 au PCF). Reste désormais au Conseil national (CN) du Parti socialiste, son parlement interne, de ratifier cet accord. Si l’instance avait plutôt largement voté l’ouverture des négociations, Olivier Faure et la direction du PS ont cette fois-ci du pain sur la planche. C’est d’ailleurs pour cela que la réunion n’aura lieu que ce jeudi soir : un peu plus de vingt-quatre heures, ça ne sera pas de trop pour convaincre une majorité des 300 membres du CN.

Bien avant le début des négociations, l’opposition interne au PS était vent debout contre une éventuelle alliance avec le parti de Jean-Luc Mélenchon. L’ancien premier ministre, Bernard Cazeneuve, a signifié son départ mercredi soir, et François Hollande lui-même « récuse » cet accord. « Ce serait une remise en cause de l’histoire même du socialisme, de François Mitterrand et ses engagements européens, de Lionel Jospin et sa crédibilité économique et ses avancées sociales », avait-il déclaré la semaine passée. « C’est juste un alignement sur les positions de la France insoumise, tranche le sénateur du Val-d’Oise Rachid Temal. En 2012, quand on a fait l’accord avec EELV, on ne leur a pas demandé de s’aligner sur notre programme ! » Le rapport de force était alors peut-être différent.

Des désaccords exagérés

A bien regarder le communiqué commun du PS et de LFI, le PS fait bien sûr des compromis, notamment sur la construction européenne. « Mais il faut reconnaître que LFI a fait un vrai pas vers nous », note un cadre local socialiste « vraiment pas gauchiste ». « Sur l’UE, au fond, on revient au programme qui était celui du Parti socialiste pour les dernières européennes », remarque un collaborateur. Même sur l’abrogation de la loi Travail, dite El Khomri, votée sous Hollande ? « Le PS critique cette loi, à part le compte pénibilité, depuis des années. Ce n’est pas un scoop ! » « Je ne vois rien de choquant dans cet accord », va même jusqu’à dire le sénateur de la Somme Rémi Cardon.

« Quand Olivier Faure nous a expliqué ce week-end qu’en fait, sur 80 % des sujets, les ajustements à faire étaient mineurs, on était quand même quelques-uns à se marrer », ajoute le cadre cité plus haut. Loin de renverser l’histoire du PS, cet accord-là ressemble bien plus à l’officialisation de la fermeture d’une parenthèse : celle du quinquennat Hollande. Tout du moins de la fin du mandat, marqué par la loi Travail, la loi Macron, le projet de déchéance de nationalité… « La vérité, c’est que le PS a fait une partie de l’inventaire des années Hollande ces dernières années. Mais LFI a tellement diabolisé le PS qu’aujourd’hui, ils sont obligés de surjouer la surprise sur un soi-disant revirement des socialistes », juge un collaborateur.

L’accord sur les circonscriptions ne satisfait personne

Contrairement au récit des dernières semaines, ce n’est donc pas tant sur le fond que les débats devaient prioritairement tourner lors du CN du PS jeudi soir. Mais sur la forme : 70 circonscriptions, c’est bien sûr moins que demandé (une centaine), mais bien plus que le résultat de la présidentielle ne pouvait le laisser augurer. « Mais le monde ne s’est pas arrêté de tourner le 10 avril, il faut quand même écouter les 3,5 millions d’électeurs de gauche qui n’ont pas voté Mélenchon ! », conteste Rachid Temal, qui rappelle l’implantation territoriale du PS. En 2017, malgré les 6 % de Benoit Hamon, le parti avait fait élire une dizaine de députés de plus que LFI (dont six sans candidat LREM face à eux).

« 70, c’est trop peu de circonscriptions​, et de mauvaise qualité », tranche le sénateur. Et même du côté de ceux qui soutiennent un accord, la répartition proposée compte peu de fans : « Tout le monde a perdu ses arbitrages, ça donne du crédit aux opposants », lâche un cadre local. Ce qui met surtout le feu aux poudres est le fait que dans quatre circonscriptions où le PS est sortant, le candidat ne serait pas socialiste. Et notamment deux sortants qui se représentent : David Habib, dans les Pyrénées-Atlantiques, et Lamia Ej Aaraje, dans le 20e arrondissement de Paris. « C’est quand même une question de principe : quand on s’allie, on ne lâche pas ses sortants », estime une source très favorable à l’accord.

Cela suffira-t-il à faire échouer l’alliance ? « La raison va revenir dans ce moment difficile. Chacun doit prendre de la hauteur et ne pas regarder son cas personnel, croit Rémi Cardon. Il n’y a pas de plan B, c’est le seul moyen d’empêcher Emmanuel Macron de mener sa politique libérale et dure pour les plus fragiles les cinq prochaines années. » Raison ou pas, plus personne ne se risque à pronostiquer l’issue du vote de jeudi soir. « Ça sera sportif », résume Rachid Temal. Lui réclame carrément un vote des militants et militantes. Mais ces derniers ne sont pas forcément plus avancés. Même à Paris, où l’accord tourne à l’humiliation, un encarté résume : « Soit on est pour, et on se trahit nous-même, soit on est contre, et on trahit nos électeurs. Il ne nous reste plus qu’à picoler. »