Législatives: La (très) difficile campagne du Front national

ELECTIONS Après un résultat à la présidentielle jugé décevant, les voix dissonnantes et les accusations de racisme rythment la campagne du FN...

Anne-Laëtitia Béraud

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La candidate FN Marine Le Pen au soir de sa défaite à la présidentielle, le 7 mai 2017 à Paris.
La candidate FN Marine Le Pen au soir de sa défaite à la présidentielle, le 7 mai 2017 à Paris. — Michel Euler/AP/SIPA
  • Au Front national, la campagne pour les élections législatives après la défaite à la présidentielle semble compliquée avec des défections, des litiges internes et des accusations de racisme.
  • « L’objectif [du parti] est très clairement est de constituer un groupe » (15 députés) selon Nicolas Bay, directeur de la campagne frontiste pour les législatives.
  • En projection de sièges, les derniers sondages estiment que le parti pourrait obtenir à l’issue de ces élections entre 9 et 16 sièges.

Au Front national, « l’objectif est très clairement de constituer un groupe » à l’Assemblée nationale, assure ce mercredi Nicolas Bay, directeur de la campagne frontiste pour les législatives. Mais l’heure n’est pas à la fanfaronnade. Les sondages s’alignent et varient peu, estimant que le FN pourrait obtenir 5 à 16 députés à l’issue des élections des 11 et 18 juin. Un tout petit nombre de sièges après les 10,6 millions de voix recueillies par la candidate FN le 7 mai. La faute au scrutin majoritaire, mais aussi à une campagne de l’après-présidentielle brouillée par des litiges internes et des messages contradictoires…

Défections et initiatives personnelles

Depuis le 7 mai et les trois minutes de discours de défaite de Marine Le Pen, le FN vit une série de soubresauts. La députée FN Marion Maréchal-Le Pen a annoncé le 9 mai son retrait de la vie politique, avant que Florian Philippot ne menace de quitter le parti si la question de la sortie de l’euro était abandonnée. Le vice-président du FN a par ailleurs jeté mi-mai un pavé dans la mare en annonçant la création de son association « Les Patriotes », qui a soulevé nombre de critiques de responsables frontistes, dont Louis Aliot, vice-président du parti ou Gilbert Collard, député RBM.

Alors que le tempo de cette annonce a fait grincer des dents, l’on souhaite désormais passer à autre chose au FN. « Les choses sont faites », coupe ce mercredi le porte-parole Jérôme Rivière. « Le temps de la réflexion viendra après les élections. La séquence, à quatre jours du premier tour, est aux législatives », précise l’ancien député UMP passé au FN. Le grand débat interne, qui pourrait virer à la foire d’empoigne sur la personnalité et la ligne de Florian Philippot, est prévu pour la fin de l’année ou au début de 2018.

Une cheffe de file intermittente

Marine Le Pen a assuré au soir du second tour de la présidentielle être « à la tête du combat » pour les législatives. Elle a cependant disparu des radars avant de se concentrer sur sa candidature dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais où elle est favorite. « Il y a eu une grande déception à propos de la campagne de Marine Le Pen », expliquait récemment à 20 Minutes Sylvain Crépon, maître de conférences en science politique à l’université de Tours. « Mais sur le moyen terme, cela ne va pas changer la donne au sein du parti, ni remettre en cause son statut », selon le chercheur.

Un « rassemblement » contesté avec Debout la France

L’alliance entre Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen a tourné court. Moins d’un moins après le soutien du président de Debout la France à la candidate FN, les deux partis ont enterré un accord pour les législatives. Et l’heure n’est plus à une quelconque alliance pour Nicolas Dupont-Aignan, par ailleurs candidat dans la 8e circonscription de l’Essonne. Le président de DLF a exclu ce mercredi de siéger dans un même groupe que le Front national s’il était réélu à l’Assemblée nationale, au nom de son indépendance. « On verra ce qui se passera dans l’hémicycle », rétorque Nicolas Bay lors d’une conférence de presse à Nanterre. L’élu normand prédit que « le rassemblement [avec DLF] au second tour des législatives pourra se faire afin de battre, à chaque fois que cela sera possible, les candidats d’Emmanuel Macron ».

Des propos extrêmes mettant à mal la « banalisation » des candidats FN

Depuis 2011 et l’accession de Marine Le Pen à la présidence du parti cofondé par son père, « la dédiabolisation » lancée par l’équipe dirigeante a exclu les militants frontistes les plus sulfureux. Restent des sorties de militants et de candidats qui tombent toujours sous le coup de la loi. A moins d’une semaine du premier tour des législatives, une enquête du site Buzzfeed publiée mardi a recensé des propos extrêmes -racistes, homophobes ou encore antisémites- de plusieurs dizaines de candidats FN.

>> A lire aussi: Que risquent les candidats FN après la publication de l’enquête Buzzfeed?

Un papier, à l’instar de plusieurs autres publiés avant des élections intermédiaires, soulignant que le FN est à la peine pour faire le ménage parmi ses militants les plus radicaux. Une enquête qui tombe évidemment au plus mal pour le patron de la campagne FN pour les législatives Nicolas Bay, qui a défendu ce mercredi «  la campagne exemplaire des 573 candidats ». Si aucune suspension ou sanction ne sont envisagées à quatre jours du premier tour, un « petit rappel à l’ordre » pourrait éventuellement être adressé à certains qui se seraient « maladroitement exprimés » selon Nicolas Bay.