Législatives: Que nous apprend le vote des Français de l'étranger sur le scrutin du 11 juin?

VOTE La République en marche d'Emmanuel Macron a fait carton plein lors de ce premier tour toutefois boudé par près de 80% des inscrits...

L.C.

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Un Français établi à Berlin vote lors du second tour de l'élection présidentielle, le 7 mai 2017.
Un Français établi à Berlin vote lors du second tour de l'élection présidentielle, le 7 mai 2017. — TOBIAS SCHWARZ / AFP
  • Ce premier tour des législatives chez les Français de l'étranger a été marqué par une forte abstention
  • La République en marche d'Emmanuel Macron est arrivé en tête dans dix circonscriptions sur onze
  • Les députés sortants ont essuyé un revers électoral

Les Français de l’étranger ont voté samedi et dimanche pour le premier tour des législatives. Les résultats de ces onze circonscriptions ont été rendus publics lundi soir. Quels enseignements en tirer, à une semaine du scrutin général ?

1. Un scrutin qui mobilise moins que la présidentielle 

Si 1,3 million de Français installés à l’étranger étaient appelés aux urnes, ou invités à voter par correspondance, 80 % d’entre eux ne se sont pas exprimés. Une abstention forte, mais stable par rapport à 2012 (année de la première élection des députés des Français de l’étranger).

« Cela confirme que les élections législatives mobilisent beaucoup moins. Une fois que la dynamique présidentielle a joué à fond, ce scrutin est presque devenu un scrutin de deuxième ordre », observe Bruno Cautrès, directeur de recherche au CNRS. Toutefois, l’abstention devrait, selon le politologue, être moins élevée dimanche et se situer autour de 40 %.

2. La République en marche confirme sa dynamique

Ce mouvement est arrivé en tête dans dix circonscriptions sur onze. Seule exception, la neuvième circonscription (Afrique du nord et Afrique de l’ouest), où le candidat soutenu par La République en marche, M’jid El Guerrab, n’arrive qu’en deuxième position, derrière la sénatrice de Paris Leïla Aïchi, qui était soutenue par le parti d’Emmanuel Macron avant qu’il ne prenne ses distances en raison de soupçons sur ses éventuelles affinités avec les indépendantistes du Front Polisario. Un duel 100 % macroniste aura donc lieu au second tour, les 16 et 17 juin prochains (à nouveau en avance par rapport aux 566 autres circonscriptions).

« Ce qui s’est passé est peut-être annonciateur de manière hypertrophiée des grands mouvements que l’on pourrait observer dimanche prochain lors du premier tour en métropole », note auprès de l’AFP Frédéric Dabi de l’Ifop. « Il y a ce phénomène de confirmation du vote présidentiel et de cohérence par rapport au choix de l’élection présidentielle ». Les enquêtes d’opinion donnent en effet LREM en tête au premier tour dimanche, avec 29,5 % d’intentions de vote, devant Les Républicains et leurs alliés centristes de l’UDI (23 %) et le Front national (17 %)*.

Mais « il faut rester très prudent », estime Bruno Cautrès. « Ces circonscriptions sont très différentes des autres : les ancrages territoriaux et les facteurs locaux, historiques, pèsent beaucoup moins. Ce sont en quelque sorte des circonscriptions hors-sol ».

Autre raison d’analyser ces résultats avec prudence, « les Français qui vivent à l’étranger sont en large majorité des actifs. Quant aux expatriés, il s’agit d’un électorat à fort niveau de compétence, de revenus et de diplômes, dont la sociologie est en adéquation avec le discours d’Emmanuel Macron, sur le business, l’Europe », poursuit le politologue.

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Par conséquent, rien ne garantit que le « carton plein » de LREM à ce premier tour des législatives chez les Français de l’étranger sera réitéré dimanche. Ainsi, « ce vote est une leçon sur ce qui peut se passer dans les très grandes agglomérations, mais il ne nous dit pas grand-chose sur ce qui peut se produire ailleurs », tempère Emmanuel Rivière, directeur de Kantar Sofres France, cité par l’AFP.

3. Des sortants clairement sortis

Autre enseignement de ce scrutin particulier, les députés sortants, qu’ils soient membres du Parti socialiste ou des Républicains, ont été nettement devancés par leurs adversaires LREM, pourtant nettement moins connus du grand public. Dans la 3e circonscription, celle des Français établis en Europe du Nord, l’ex-secrétaire d’Etat Axelle Lemaire (PS), n’a obtenu que 7,96 % des suffrages exprimés, loin derrière Alexander Holroyd (57,80 %), le candidat LREM.

Dans la circonscription des Français établis en Amérique du Nord, Frédéric Lefebvre (LR) a atteint 12,68 % des voix, tandis que le candidat LREM Roland Lescure totalise 52,8 % des suffrages exprimés. Même sort pour le député sortant LR Thierry Mariani, qui a engrangé 18,3 % des suffrages contre 52,7 % pour Anne Genetet (LREM).

« Cela confirme à quel point la demande de renouvellement est gigantesque, rien ne semble l’arrêter », souligne Bruno Cautrès. « C’est une hécatombe, même pour les personnalités de la vie politique ». Ce vote des Français de l’étranger a de quoi inquiéter les autres 343 députés sortants qui briguent un nouveau mandat et devront se qualifier lors du premier tour dimanche.

 

* selon un sondage Ipsos Sopra Steria Game changers publié ce mardi.