L'affaire Ferrand pourrit le lancement de la loi de moralisation de la vie publique chère à François Bayrou

REPORTAGE Le ministre de la Justice présentait la loi de moralisation de la vie publique en pleine affaire Richard Ferrand…

Thibaut Le Gal

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François Bayrou aime citer le Code pénal
François Bayrou aime citer le Code pénal — WITT/SIPA

Il n’avait pas encore dit un mot sur l’affaire qui empoisonne l’exécutif depuis plusieurs jours. François Bayrou avait décidé de s’en tenir à cette ligne jeudi au moment de dévoiler sa loi de moralisation de la vie publique. Mais la présentation du projet, promis de longue date par Emmanuel Macron, arrivait au pire des moments pour le gouvernement. Dans la matinée, le parquet de Brest ouvrait une enquête préliminaire dans l’affaire immobilière impliquant Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires.

Alors, d’emblée, le garde des Sceaux tente de prévenir toute ambiguïté : « Il ne s’agit pas de laisser penser que l’on va régler les problèmes de morale individuelle par un texte. La morale est une question de conscience personnelle. Les institutions ne sont pas faites pour rendre les hommes vertueux, mais pour éviter que les faiblesses humaines ne contaminent le corps social. » François Bayrou enfonce le clou : la loi ne portera plus le nom de « moralisation », mais de « loi pour la confiance dans notre vie démocratique ».

Un choix politique : le terme initialement prévu « pourrait revenir comme un boomerang », avait prévenu Edouard Philippe, selon Le Canard enchaîné, mercredi.

La moralisation, un combat de longue date pour Bayrou

Pendant près d’une heure, le ministre de la Justice déroule donc ses propositions pour que les citoyens retrouvent la « confiance » envers les élus. Un combat cher au Béarnais. « J’ai contribué au débat public sur ces sujets depuis longtemps. J’avais même proposé un référendum [en 2012] sur cette question ».

Dès la campagne de 2007, le candidat à la présidentielle avait prévu une batterie de mesures pour moraliser la vie politique. Dix ans plus tard, le maire de Pau en faisait une condition sine qua non de son soutien à la candidature Macron.

Alors, quand la première question évoque l’affaire Ferrand, François Bayrou arbore un visage dépité : « j’avais l’intuition que cette question se trouverait posée », et il sort le Code pénal. « La loi interdit que je puisse faire quelque commentaire que ce soit dans des affaires individuelles et je n’en ferai pas ».

« On va mettre un peu d’ordre… D’abord les questions sur le texte »

Les journalistes reviennent à la charge et, inlassablement, le ministre botte en touche :

  • « Je n’ai jamais cru que les hommes et les femmes étaient vertueux. Sur cette affaire, nous n’en savons rien ».
  • « Je n’ai pas eu le procureur de Brest… J’ai été informé comme vous ».
  • « Je respecte la décision du parquet, mais je ne préjuge pas du résultat de l’enquête ».

Au fur et à mesure, François Bayrou s’agace. « On va mettre un peu d’ordre… D’abord les questions sur le texte, le contexte viendra après ! »

Et repousse les téméraires : « On n’est pas encore au contexte… Vous pouvez partir si vous voulez, je préconise qu’on parle du texte, qu’on épuise toutes les questions. Moi, j’ai tout mon temps. »

Anticor salue l’ambition du projet… et porte plainte contre X dans le même temps

Malgré toutes les précautions du ministre, l’affaire Ferrand pollue le lancement de la première grande loi du quinquennat. Comme un symbole : l’association anticorruption Anticor, qui a salué l’ambition du projet, est aussi celle qui a adressé au Parquet de Brest une plainte contre X sur le fondement du délit d’abus de confiance.

Un contexte d’autant plus brouillé qu’à quelques jours des législatives, l’affaire est devenue une arme politique. Même Xavier Bertrand, plutôt clément avec l’exécutif, a estimé jeudi que la loi de moralisation était « aujourd’hui décrédibilisée » par les révélations.