Législatives: Mais pourquoi Manuel Valls est-il autant détesté?

POLITIQUE Selon un sondage, l’ancien Premier ministre serait la personnalité politique la moins appréciée des Français…

Thibaut Le Gal

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L'ex-Premier ministre Manuel Valls au soir de sa défaite à la primaire PS le 29 janvier 2017 à Paris

L'ex-Premier ministre Manuel Valls au soir de sa défaite à la primaire PS le 29 janvier 2017 à Paris — Christophe Ena/AP/SIPA

Il serait l’homme politique le plus détesté de France et de Navarre. Selon un sondage Odoxa pour L’Express, France Inter et la presse régionale publié ce lundi, Manuel Valls suscite le rejet auprès de 54 % des personnes sondées. Il devance pour la première fois Marine Le Pen dans ce classement (53 %). Une première place « habituellement réservée aux leaders du FN (les Le Pen tante et nièce ou Florian Philippot) ou exceptionnellement à François Fillon et Nicolas Sarkozy aux pires moments de leurs affaires », écrit l’institut de sondage.

Ce front anti-Valls s’était notamment révélé lors de sa défaite à la primaire de la gauche en janvier dernier. Mais pour quelles raisons l’ancien chef du gouvernement est-il détesté par une partie des Français ? 20 Minutes a tenté d’interroger ses anciens lieutenants, mais (preuve du malaise ?) tous ont préféré éviter le sujet. Harold Hauzy, son ancien directeur de communication et Bruno Cautrès, chercheur au CNRS, nous livrent des éléments de réponse.

1. Il incarne le bilan du quinquennat

« L’enfer de Matignon » n’a pas épargné Manuel Valls. « Si tu y vas, dans un an tu es mort ! », l’avait prévenu un de ses amis en mars 2014. Au poste de Premier ministre, l’ancien maire d’Evry a vu sa courbe de popularité dégringoler. « Il faudrait demander aux Français la raison de ce rejet. Mais Manuel Valls est apparu à tort ou à raison comme le principal responsable du mandat qui vient de s’écouler », reconnaît Harold Hauzy, son ancien directeur de la communication.

« Comme tous les anciens Premiers ministres, il reste très identifié à la politique menée », confirme Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof. « Manuel Valls est associé à la fin difficile du quinquennat : le chômage, la déchéance de nationalité, la loi Travail, l’utilisation du 49-3... Des séquences difficiles pour l’exécutif dans l’opinion ».

2. Il est accusé d’avoir trahi son parti

Le 29 mars, Manuel Valls lâche une petite bombe, en affirmant qu’il votera pour Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle. Ce soutien fait fulminer les socialistes, qui l’accusent d’avoir renié sa promesse faite lors de la primaire PS. « Cette déclaration a donné l’image d’un homme qui, après avoir donné un coup d’épaule à François Hollande pour éviter qu’il se représente, n’a pas tenu pas sa parole. Cela a pu créer un décalage avec son traditionnel discours de vérité », ajoute Bruno Cautrès.

« Les gens se disent qu’il a trahi sa famille politique, un argument relayé par ses adversaires politiques. Mais on ne peut pas reprocher à celui qui a défendu la loi Travail de défendre Macron, qui a un projet proche du sien », répond Harold Hauzy. « Cette question de traîtrise m’intéresse d’ailleurs… Car j’ai entendu pendant la campagne Ségolène Royal dire « notre candidat » en évoquant Macron et les proches de Hollande rapportent qu’il aurait voté pour lui au premier tour… »

3. Le « mistigri de la gauche »

Autre raison invoquée par Bruno Cautrès, le style de l’ancien chef du gouvernement. « Il est clivant, transgressif. Sa communication est construite sur l’affirmation très forte de ses positions », assure le chercheur. « Ce style oratoire tranché peut correspondre dans une période de crise. Mais elle s’adapte moins bien dans une période où Emmanuel Macron joue sur le dialogue, le consensus ».

Harold Hauzy y voit autre chose : « Manuel Valls a une fonction de mistigri au sein de la gauche car c’est un pionnier. Il a une difficulté à être entendu car il a raison avant les autres : sur la menace intérieure et extérieure du terrorisme, le dépassement du PS, ou même son combat contre Dieudonné ».

Reste à savoir si le « mistigri » retombera sur ses pattes. Selon un sondage, sa victoire dans son fief de l’Essonne s’annonce très incertaine.