Olivier Falorni: «Les menaces, les injonctions, tout cela me laisse indifférent»

POLITIQUE Le dissident socialiste qui affronte Ségolène Royal répond aux questions de «20 minutes»...

Propos recueillis par Matthieu Goar et Maud Pierron

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Olivier Falorni, candidat aux législatives face à Ségolène Royal, à La Rochelle, le 15 mars 2012.
Olivier Falorni, candidat aux législatives face à Ségolène Royal, à La Rochelle, le 15 mars 2012. — XAVIER LEOTY / AFP

Lundi après-midi, Olivier Falorni a été déposer sa candidature pour le second tour. Malgré les pressions et les appels au désistement de Martine Aubry et Harlem Désir, il affrontera Ségolène Royal au second tour dans la 1ere circonscription de la Rochelle. L’ancien premier fédéral socialiste du département répond à nos questions.

>> Le détail de la situation dans cette circonscription

Que pensez-vous des dirigeants du PS qui vous demandent de vous désister?

En  République, la règle, ce serait la candidature unique? De supprimer le libre choix au second tour. Quand l’appareil parisien parle de règles, il ferait mieux de se les appliquer à lui-même. Parce que c’est cet appareil parisien qui a interdit les primaires sur notre circonscription pour départager les candidats socialistes. Interdire le vote des militants, c’est ce qu’il y a de plus antidémocratique et ce qui a entraîné aujourd’hui ce second tour entre deux socialistes. Et puis recevoir des ordres d’un appareil parisien qui m’a déjà exclu de manière expéditive, c’est quand même fort de café. J’ai été exclu du PS par cet appareil et on prétendrait me donner des ordres? C’est une plaisanterie.

François Hollande vous a-t-il appelé, comme Ségolène Royal l’a évoqué?

Non, le président de la République a autre chose à faire actuellement  que de s’occuper de la modeste circonscription de La Rochelle. Le chef de l’Etat, laissons-le à ses responsabilités nationales et internationales.

Ségolène Royal vous a tendu la main. Comment l’avez-vous vécu?

Madame Royal prétend me tendre la main mais elle veut surtout me tordre le cou. Elle voulait être la candidate unique pour le second tour et me demander de déguerpir comme elle l’avait fait au moment des primaires socialistes. Elle m’a interdit d’être candidat aux primaires et elle voudrait m’interdire d’être candidat au second tour des élections législatives. Ça ne marche pas comme ça, en tout cas pas avec moi.

Certains élus de droite appellent à voter pour vous pour battre Royal. N’avez-vous pas peur d’être utilisé?

Je suis socialiste, je le clame haut et fort. Tous les électeurs qui voteront pour moi le 17 juin sauront qu’ils voteront pour un député PS. Tout le monde le sait, il n’y a aucun doute là-dessus. Cela fait 8 ans que j’organise l’université d’été du PS à La Rochelle, 8 ans que je suis premier secrétaire fédéral du PS en Charente-Maritime. Cela fait douze ans que j’accompagne François Hollande dans son parcours politique contre vents et marées, même dans les traversées du désert. Après on ne va pas se mettre à l’entrée des bureaux de vote pour dire: «Vous, vous avez le droit de vous exprimer. Vous, vous n’avez pas le droit car vous êtes de droite.» Moi je suis un candidat de gauche qui défend ses convictions de gauche. Au-delà de cet électorat, si des électeurs du Front de gauche, d’EELV ou d’ailleurs veulent me rejoindre, c’est ça la démocratie. François Hollande a été élu par des électeurs qui avaient voté pour Sarkozy en 2007. Quand madame Royal est allée en 2007 à la porte de Bayrou dans l’entre-deux-tours, quand Royal voulait rassembler de la gauche aux gaullistes, a-t-on dit qu’elle était de droite?

Humainement, comment vivez-vous les pressions de l’appareil?

Moi je me sens conforté dans ma démarche par les résultat d’hier soir. je me sens porté par la population rochelaise. Il y a un message fort qui a été donné hier: les Rochelais n’acceptent pas les diktats venus d’en haut, n’acceptent pas qu’on leur impose une candidature. Les menaces, les injonctions, tout cela me laisse indifférent.

On ne vous a rien proposé, pas de marchandage?

J’ai cru comprendre qu’il y aurait des tentatives de marchandages, de tripatouillages ou je ne sais quelle combinaison. Mais c’est totalement inutile avec moi. Mes convictions ne sont pas à vendre et mes valeurs n’ont pas de prix.

Vous attendiez-vous à un tel résultat?

Parmi mes soutiens et au-delà, il y a eu une explosion de joie. Un soulagement aussi. On se demandait si La Rochelle resterait belle et rebelle comme disait Michel Crépeau (maire historique de la Rochelle) et bien elle l’a montré dimanche soir. Elle l’est et elle le reste.