Législatives: Stéphane Le Foll, un ministre dans sa campagne

POLITIQUE Le ministre de l'Agriculture essaye de se faire élire dans la Sarthe. Sur ses terres d’enfance, il risque son maroquin...

Matthieu Goar, dans la Sarthe

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Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture et de l'environnement, en campagne pour les élections législatives dans la Sarthe, le 4 juin.
Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture et de l'environnement, en campagne pour les élections législatives dans la Sarthe, le 4 juin. — V. WARTNER / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial

La voiture fonce entre les talus verdoyants de la Sarthe. Au volant, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et enfant du pays. Il y a deux heures, ce proche de François Hollande a délaissé son chauffeur et ses collaborateurs, s’est accordé une rapide sieste dans le TGV avant d’arriver dans la Sarthe où il se présente dans la 4e circonscription. «Ce n’est pas toujours facile de jongler avec les deux agendas. Ce matin, j’étais en réunion avec tous mes chefs de service. J’ai laissé mes consignes avant de partir», confie-t-il en augmentant le son de la radio qui évoque les problèmes financiers de l’entreprise Doux. Une situation qui occupe son ministère depuis des jours. «Mon officier de sécurité m’a déjà demandé dix fois mon groupe sanguin, je n’ai même pas encore eu le temps de lui donner», souffle-t-il.

Cet après-midi, pas de garde du corps, Le Foll se consacre à sa campagne. «On va à Coulans, c’est ça?», demande-t-il à sa suppléante, Sylvie Tolmont, au téléphone avec un agriculteur du coin en difficulté qui sollicite l’aide… du ministre.  Dans le village de Coulans-sur-Gée, quelques fidèles l’attendent, dont son père, ancien maire du village tout proche de Longnes où le Foll a vécu son enfance. «Député européen, je me disais que c’était son bâton de Maréchal, alors ministre… Mais attention, cela peut être éphémère…», explique Armand le Foll.

« Ne pas me présenter?  Comment aurais-je pu l’expliquer aux habitants ici?»

Malgré un sondage encourageant, le constat du patriarche est lucide. Dans cette circonscription, la droite est invaincue depuis 1958. En 2007, François Fillon, aujourd’hui parti à Paris,  avait gagné au premier tour. Le 17 juin, si Le Foll ne gagne pas face à l’UMP Marc Joulaud, il perdra sa troisième législative de suite mais aussi son portefeuille de ministre. «Je n’ai pas imaginé une seule seconde ne pas me présenter. Comment aurais-je pu l’expliquer aux habitants ici?», affirme-t-il en se garant dans la cour d’une ferme où il a rendez-vous avec un ancien élève.

Ancien surveillant et prof dans les lycées agricoles du département, conseiller municipal dans son village, Le Foll est un enfant du pays. Devant les Blondes d’Aquitaines placides, la discussion s’engage avec «Stéphane». Mais on questionne le ministre. On évoque les marges, les aides européennes, les abatteurs, les céréaliers… «Les seuls qui garantissent la pérennité de l’agriculture, ce sont les agriculteurs», résume l’ancien directeur de cabinet de Hollande, les chaussures de ville bien plantées dans les hautes herbes du printemps. Dans ce fief de droite où les villages ruraux font l’élection, son costume de ministre de l’Agriculture pourrait en effet bien lui servir. «Je discutais avec des fermiers de la FNSEA pas vraiment à gauche et ils vont voter pour toi», lui confie Didier avant qu’un autre agriculteur, Gaëtan, ne rappelle déjà à l’ordre son ancien surveillant.«Essaye seulement de ne pas prendre la grosse tête», sourit-il. «Vous saurez me rappeler à l’ordre», rétorque Le Foll.