Législatives: Et si tout le monde votait par Internet?

ÉLECTIONS es Français de l'étranger peuvent voter dès ce mercredi pour les législatives depuis leur ordinateur...

Corentin Chauvel

— 

Une personne connectée à Internet.
Une personne connectée à Internet. — S. SALOM-GOMIS / SIPA

C’est une première. Les Français de l’étranger vont pouvoir voter par Internet, dès ce mercredi et jusqu’au 29 mai, pour le premier tour des élections législatives des 10 et 17 juin. Le second tour aura lieu du 6 au 12 juin. Nos compatriotes expatriés auront ainsi l’occasion d’élire les onze députés des différentes circonscriptions internationales. 

«Cette option de vote électronique vise à faciliter l’exercice du droit de vote de nos compatriotes établis à l’étranger parfois très loin des bureaux de vote», explique sur son site le ministère des Affaires étrangères qui revendique 700.000 électeurs (sur un 1,1 million au total) potentiellement intéressés par cette possibilité qui vient s’ajouter au vote à l’urne, par correspondance et par procuration.

«Il n'y a pas le même genre de problématiques en France»

Cette innovation, qui suit celle du vote électronique et de ses machines à voter, introduits lors de la présidentielle 2007, ne devrait toutefois pas être appliquée de sitôt sur le territoire national. Contacté par 20 Minutes, le bureau des élections souligne que la question de la proximité avec un bureau de vote est intimement liée à cette modalité. «Il n'y a pas le même genre de problématiques en France», insiste-t-il.

Pourtant, Christophe Grand, président de Neovote, société qui organise des scrutins par Internet pour des entreprises et des associations, estime «qu’à terme, le vote par Internet sera utilisé de manière élargie». «Techniquement, les solutions existent, il y a une vraie demande et le cadre légal est prêt pour ça», indique-t-il à 20 Minutes, s’appuyant sur les recommandations de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil).

«Depuis le début des années 2000, il y a un élargissement du champ d'application du vote par Internet, qui passe du "professionnel" au "politique"», confirme à 20 Minutes, Yann Padova, secrétaire général de la Cnil. Ce dernier rappelle qu'il s'agit au final d'une décision parlementaire, évoquant la profonde division qui existe entre ceux qui veulent conserver avant tout le rituel républicain de se rendre aux urnes et ceux qui estiment qu'il faut vivre avec son temps et que le vote par Internet contribuerait à augmenter la participation aux élections.

Les points noirs du vote par Internet

Mais, comme pour le vote électronique, le débat a également été lancé sur la fiabilité du système. S’appuyant sur les avis de spécialistes de l’informatique qui citent en exemple les dysfonctionnements du vote par Internet des élections prud’homales de 2008, Le Figaro a relevé mardi trois points noirs de cette modalité: un scrutin opaque, sous-traité dans le privé et délocalisé - le prestataire est espagnol-, ainsi qu’un risque non négligeable de piratage. Des failles confirmées par la Cnil qui a émis des réserves ces derniers mois. «Le système utilisé pour les Français de l'étranger a une fragilité qui pourrait être corrigée», indique Yann Padova. 

En février dernier, les sénateurs socialistes des Français de l’étranger critiquaient pour leur part les difficultés techniques. «Le test grandeur nature organisé par le ministère des Affaires étrangères portant sur 15.000 Français volontaires inscrits sur les listes électorales consulaires n’a permis qu’à 30% seulement d’entre eux de pouvoir exprimer un choix», indiquaient-ils dans un communiqué. «Ce test a démontré que le dispositif était trop contraignant quant au type d'équipement et de configuration nécessaire, ce qui laisse présager une efficacité très moyenne du dispositif. Plus de la moitié des tentatives de vote s’est soldée par un échec», ajoutaient-ils.

Christophe Grand aimerait en effet «éviter une expérience décevante». Balayant les inquiétudes avant tout sécuritaires de certains partis politiques (PS, Parti pirate…), d’experts en informatique et de la Cnil, le président de Neovote estime que l’enjeu est avant tout qu’aucune difficulté technique ne se présente. «On est obsédé par la sécurité, mais il faut d’abord limiter toute incompatibilité», souligne-t-il. Or il n’est pas encore certain que tous les candidats au vote par Internet soient en mesure d’exprimer leur voix, la configuration de leur ordinateur devant être conforme au test effectué sur une page spéciale. Celui utilisé, par exemple, par l’auteur de ces lignes ne l’est pas.

Et vous, qu'en pensez-vous? Seriez-vous favorable à une généralisation du vote par Internet pour les élections nationales?