Législatives: Dans la peau des dissidents

Matthieu Goar

— 

Conférence de presse du député PS René Dosière sur les dépenses de l'Elysée, le 16 juin 2009 à Paris
Conférence de presse du député PS René Dosière sur les dépenses de l'Elysée, le 16 juin 2009 à Paris — SIPA

En lutte contre les parachutés, en colère contre les accords électoraux ou victimes du contexte local, les candidatures dissidentes se multiplient à l’approche des législatives. A gauche, les plus symboliques (parmi tant d’autres…)  sont celles d’Olivier Falorni, ancien premier secrétaire fédéral de Charente-Maritime, qui se présente contre Ségolène Royal ou encore Anne Mansouret qui n’accepte pas de devoir laisser sa place dans l’Eure au candidat d'Europe écologie-Les Verts (EELV), Jérôme Bourlet de la Vallée. Tous deux ont été exclus du PS. «Sur le plan humain, ce n’est jamais agréable d’être écartée de son parti. Mais je ne comprends pas que les électeurs se fassent confisquer leur vote car des élites solfériniennes l’ont décidé», explique Anne Mansouret avant de rejoindre les quelques dizaines de militants qui l’aident dans sa démarche, «les mansourétistes», comme elle les appelle.

Fonder une association

Expulsée de sa formation, la socialiste devra imprimer ses tracts et affiches elle-même sans y faire apparaître le logo du PS. Mais elle croit en ses chances: Eva Joly a fait 1,6% dans sa circonscription. Entrer en dissidence n’est affectivement pas synonyme de défaite. En conflit avec les instances fédérales de l’Aisne, René Dosière avait en 2007 battu le candidat investi par le PS, Fawaz Karimet, en se présentant sous l’étiquette apparenté PS. «A l’époque, j’ai créé une association, «le cœur à gauche» où 150 personnes m’ont rejoint, certaines révoltées par les pratiques du PS», confie le député élu à 56%. Rebelote cette année où Solférino a tranché en faveur de son rival malgré les promesses réitérées de dirigeants nationaux et l’insistance du Premier ministre pour qu’il soit investi (voir son blog où il détaille les raisons de sa non-investiture). «Je ne doute pas. Je commence déjà à recevoir de nombreux mails, d’autres vont se manifester, certains m’apporter un soutien financier», détaille Dosière dont le travail parlementaire sur le financement de l’Elysée est salué par de nombreux collègues. Pendant la campagne, l’équipe de Hollande lui avait d’ailleurs demandé des notes sur le budget de l’Elysée.

Faire un emprunt

Sans le soutien d’un parti, l’argent reste le nerf de la guerre. Ainsi, Brigitte Kuster, la maire UMP du XVIIe arrondissement et qui se présente contre Bernard Debré, investi par l’UMP dans la 4e circonscription de Paris, a fait un emprunt aux banques de près de 30.000 euros pour assurer sa campagne. «Je ne me serais jamais présentée si j’avais fait prendre un risque à mon parti mais Nicolas Sarkozy a fait plus de 75% sur notre circonscription. Les électeurs choisiront au premier tour», confie celle qui se retrouve au coeur des tensions de la droite parisienne. Avant d’ajouter: «Il y a un véritable bonheur à mener cette campagne où rien ne dépend de la logique d’un parti mais où on se sent porté par un projet.» Le bonheur de l’indépendance?«En 2007, je me suis fait élire seul. En fait cette année, je n’ai à rendre des comptes qu’à mes électeurs. Et à eux seulement…», conclut Dosière.