Gouvernement: Arnaud Montebourg, un avocat pour le Redressement productif

PORTRAIT Le député de Saône-et-Loire décroche le ministère qu'il convoitait...

Matthieu Goar avec Maud Pierron

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La journaliste Audrey Pulvar aux côtés de son compagnon Arnaud Montebourg (PS), au moment de son discours le soir du premier tour de la primaire socialiste, le dimanche 9 octobre 2011.
La journaliste Audrey Pulvar aux côtés de son compagnon Arnaud Montebourg (PS), au moment de son discours le soir du premier tour de la primaire socialiste, le dimanche 9 octobre 2011. — DUPUY FLORENT/SIPA

Avocat qui ne fait plus que de la politique ou homme politique qui plaide en permanence? Dans son attitude et sa trajectoire, sur les plateaux de télé comme à la fête de la Rose de Frangy-en-Bresse, Arnaud Montebourg a toujours mélangé ses deux activités pour mettre la force du verbe au service de ses combats. Ce qui lui attire des milliers d'admirateurs et autant de détracteurs. Montebourg, soit on aime, soit on déteste. 

Les débuts militants

Né en 1962 à Clamecy (Nièvre), ce fils d’un fonctionnaire des impôts et d’une universitaire, petit-fils d’un Algérien, a fait son droit à l’université de Dijon, puis à la Sorbonne à Paris. Intégré à Sciences-Po Paris, il échoue au concours d’entrée de l’ENA mais poursuit ses activités militantes. D’abord à l’Unef, puis dans un cercle de réflexion proche de Laurent Fabius, «Espace 89».

Malgré un début de carrière prometteur (défenseur de Christine Villemin dans l’affaire du petit Grégory), Arnaud Montebourg met très vite entre parenthèses sa carrière d’avocat au Barreau de paris pour se consacrer à la politique. Dès 1997, il est élu député de Saône-et-Loire. Et commence à populariser certains de ses combats. Dès les premières années, il anime la mission parlementaire sur le blanchiment d’argent puis, en 2001, il lutte contre l’immunité du président de la République, Jacques Chirac contre l’avis de certains de ses camarades. Ce qui lui vaut, déjà à l’époque, le surnom moqueur de «chevalier blanc». Au début des années 2000, il combat d’ailleurs pour une nouvelle constitution qui permettrait de limiter le pouvoir du président de la République.

Au gré des courants

En compagnie d’autres quadras comme Vincent Peillon ou Benoît Hamon, il crée au sein du PS un courant à gauche du parti. La motion de son Nouveau Parti socialiste (NPS) recueille près de 20% au Congrès de Dijon en 2003. Au bout de deux ans à peine, Montebourg claque la porte à cause de divergences avec ses camarades. Lors de l’élection présidentielle de 2007, il soutient Ségolène Royal dès le mois de juillet 2006 et devient l’un des porte-parole de la candidate. Mais l’une de ses mauvaises blagues («le seul problème de la candidate, c’est son compagnon») l’oblige à se taire pendant un mois.

Réélu député en 2007 et président du conseil général de Saône-et-Loire en 2008 (alors qu’il s’était longtemps prononcé contre le cumul des mandats), Arnaud Montebourg se lance dans la bataille des primaires le 20 novembre 2010, dénonçant la désindustrialisation et prônant la démondialisation, avec son directeur de campagne, Aquilino Morelle. Les deux hommes ont le nez creux: Montebourg recueille 17,2% des voix aux primaires et devient l’arbitre du duel Hollande-Aubry. Il penche pour Hollande à titre personnel, et participe, de fait, à sa victoire.

Trop indépendant, le député de Saône-et-Loire n’est pourtant pas dans l’équipe de campagne de Hollande, d’autant qu’il mène en fin d’année la bataille contre la corruption des socialistes dans le Pas-de-Calais, engageant un nouveau bras de fer contre Martine Aubry. Mais au début de l’année 2012, alors que le thème de la désindustrialisation monte, Montebourg devient le représentant spécial de Hollande dans les usines et fait, en son nom, un tour de France des usines. Désormais, ce ne sera plus le ministère de la parole, mais le ministère du Redressement productif.