Gouvernement: Pierre Moscovici, un Européen à Bercy

PORTRAIT Ce strauss-kahnien, passé par l’extrême gauche, a été un rouage important de la campagne de François Hollande...

Maud Pierron

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Le socialiste Pierre Moscovici arrive au qg de transition de François Hollande où l'attendent une vingtaine de journalistes le 8 mai 2012.
Le socialiste Pierre Moscovici arrive au qg de transition de François Hollande où l'attendent une vingtaine de journalistes le 8 mai 2012. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Il convoitait les Affaires étrangères, il a obtenu le ministère clé de l'Economie, aux dépens de Michel Sapin. Doublé par Laurent Fabius, nommé aux Affaires étrangères, il obtient toutefois un beau maroquin de compensation. Il est nommé, ce mercredi, ministre de l'Economie, des Finances et du Commerce extérieur.

Pendant la campagne, absent et parfois trop nonchalant, il s’est déjà fait doubler par Manuel Valls, l’omniprésent directeur de la communication. En fait, il tenait la «maison Hollande» à Paris. Mais après l’élection de François Hollande, il est revenu sur le devant de la scène en prenant en main la transition, menant des conférences de presse quasi-quotidienne, où il égrenait les noms des chefs de gouvernements qui appelaient le président élu et répondait parfois aux questions en anglais. Il était enfin à son aise.

Car cet énarque est loin d’être un opérationnel et préfère la matière intellectuelle, comme ses parents. Son père est un psychologue social très réputé, Serge Moscovici, et sa mère, Marie Bromberg, est une psychologue proche du PCF. Pierre Moscovici a publié une quinzaine de livres, dont la plupart consacrés à l'économie et l’Union européenne, ses deux marottes, dont l’un cosigné avec François Hollande en 1991, L’heure des choix. Entre 1997 et 2002, il occupe d’ailleurs le ministère des Affaires européennes. Une véritable promotion pour celui qui venait juste d’entrer à l’Assemblée nationale, élu dans la quatrième circonscription du Doubs, à la faveur de la vague rose.

Ex-lieutenant de DSK

Au gouvernement, il côtoie alors celui qui a été son ancien prof à Sciences-Po, Dominique Strauss-Kahn, alors qu’il a commencé sa carrière à la LCR. Pierre Moscovici devient l’un des principaux lieutenants de «Strauss» et défend la même ligne réformiste que lui. Mais d’homme de confiance, il va devenir pestiféré dans le courant DSK après la présidentielle de 2007. Les armes s’affutent, les courants se montent, pour empêcher notamment Ségolène Royal de prendre le parti. Et lors de l’université d’été de La Rochelle de 2008, alors qu’il fait acte de candidature au nom du renouvellement –il a aujourd’hui 54 ans- et pense que le courant strauss-kahnien va le suivre, il se rend compte, en direct, que Jean-Christophe Cambadélis a fait alliance avec Martine Aubry et Laurent Fabius.

Un coup de poignard car celui qui se pensait proche de DSK n’avait pas été mis au courant de l’accord entre le patron du FMI et la maire de Lille. S’il reste strauss-kahnien dans l’âme et continue de défendre les idées réformistes, les ponts sont coupés. Et Moscovici finit par soutenir la motion de Bertrand Delanoë, grande perdante du congrès de Reims en 2008. Mais Pierre Moscovici reste une éminence grise du parti et son appui est recherché lors des primaires en 2011. Courtisé à la fois par Martine Aubry et François Hollande, qui lui proposent tous deux le poste de directeur de campagne, il choisit au final le président. Un choix qui a compté à l’époque dans la dynamique interne. Et que n’a pas oublié François Hollande en lui confiant l'un des ministères les plus importants du gouvernement.