Gouvernement: Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères

PORTRAIT L'ex-Premier ministre a été choisi au Quai d'Orsay...

Maud Pierron

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Laurent Fabius rue de Solférino pour les voeux du Parti socialiste en janvier 2012.
Laurent Fabius rue de Solférino pour les voeux du Parti socialiste en janvier 2012. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Le poids lourd du gouvernement, le plus capé, celui qui connaît par cœur les rouages de l’Etat, est nommé ministre des Affaires étrangères. Plus jeune Premier ministre entre 1984 et 1986, à 38 ans. Avant Matignon, il avait déjà été, toujours sous Mitterrand, ministre délégué au Budget et ministre de l’Industrie et de la Recherche. Entre 1988 et 1992, il obtient le poste très convoité de président de l’Assemblée nationale, qu’il délaisse jusqu’en 1997, quand la droite est au pouvoir, pour le récupérer entre 1997 et 2000. Là, Lionel Jospin le rappelle au ministère de l’Economie, pour prendre la suite de DSK, forcé de démissionner à cause des affaires de la Mnef et de la cassette Méry. Il ne visait plus que le Quai d'Orsay et l'a obtenu, aux dépens de Pierre Moscovici.

C’est «le meilleur d’entre nous» du PS. Qui a les mêmes défauts qu’Alain Juppé, à qui on le compare souvent. Brillant mais parfois hautain, respecté par son parti mais boudé par l’opinion, même si ce n’est plus le cas pour Alain Juppé. Il tente bien de briser son image de grand bourgeois –son père est un très riche antiquaire– en publiant «Cela commence par une balade» en 2003, dans lequel il explique notamment qu’il aime faire de la moto et manger des carottes…

S’il n’a aucun mal à se faire élire député dans la 4e circonscription de la Seine-Maritime, Laurent Fabius a pris un four lors de la primaire socialiste en 2006 arrivant à la troisième et dernière place, avec 18,66 % des voix. Dans l’opinion, il reste lié à l’affaire du sang contaminé, un dossier qui l’a meurtri, et pour lequel il a été relaxé en mars 1999 par la Cour de justice de la République du délit d’«atteinte involontaire à la vie».

Au service de Hollande sans états d’âmes

Avec François Hollande, les relations ont toujours été très compliquées, notamment au moment du Traité européen de 2005. François Hollande, alors premier secrétaire du PS, défendait le oui quand Laurent Fabius se retrouvait à défendre le non avec Jean-Luc Mélenchon. A ce moment, beaucoup ont reproché à François Hollande de ne pas avoir exclu l’ancien Premier ministre, qui ne se privait pas de lui tailler un costume en off, ou pas. «Guimauve» et «fraise des bois», ces surnoms viennent du camp Fabius. Lors des primaires, Fabius soutient Martine Aubry et lâche, pendant la campagne, «Hollande président? On croit rêver!».

Mais dès la désignation de François Hollande, le principe de réalité a surgi et Laurent Fabius a rencontré François Hollande pour se mettre à son service. «Sans état d’âme», se rappelle l’actuel chef de l’Etat. Il met à disposition du candidat socialiste tous ses réseaux d’intellectuels, les plus brillants et constitués du PS et continue le travail qu’il avait entamé pour Martine Aubry. Il l'a même nommé comme représentant spécial à l'étranger: Fabius a donc multiplié les voyages à l'étranger (Chine, Proche-Orient, Japon) au nom de Hollande, préparant ainsi son poste actuel. «Je n’ai pas de mémoire» dit souvent François Hollande, qui explique qu’il mettra les meilleurs à leurs postes, au nom de «l’intérêt général».