Martine Aubry absente du gouvernement, «un choix concerté», «sans drame ni surprise»

POLITIQUE Les proches de la Première secrétaire du PS jurent que Martine Aubry s'engagera à fond pour les législatives et l'entourage d'Ayrault démine...

Maud Pierron avec Matthieu Goar et Anne-Laëtitia Béraud

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Martine Aubry à Reims, pour un meeting de soutien à François Hollande, le 8 mars 2012.
Martine Aubry à Reims, pour un meeting de soutien à François Hollande, le 8 mars 2012. — REUTERS/Charles Platiau

Coup de massue du côté des pro-Martine Aubry, qui imaginaient la Première secrétaire dans un grand ministère. Sauf que l’entourage de Jean-Marc Ayrault, nommé mercredi Premier ministre, a fait fuiter l’information qu’il n’en serait rien. Ce que Martine Aubry a confirmé.

«C’est un choix concerté, ils en ont parlé tous les deux lundi et François Hollande a fait le choix de la confiance avec Jean-Marc Ayrault», raconte un proche de Martine Aubry. Reprenant les mêmes termes que la maire de Lille, il explique que dans cette configuration, ça n’avait «pas grand sens» d’être au gouvernement et que Martine Aubry, qui a «toujours en tête la nécessité de renouveler les cadres», a préféré laisser sa place à des jeunes. Oui, c’était Matignon ou rien dans son esprit, confie cette source, mais il ne faut pas le voir «de manière caricaturale, comme un caprice ou un chantage: elle veut être là où elle est le plus utile». Du coup, elle se concentrera sur la bataille des législatives. «Une première manche est gagnée, il faut remporter la seconde.»

Attention aux différends politiques

Un autre dit, sans l’air d’y croire lui-même: «Etre au gouvernement n’est pas une récompense. Personne n’est dans cet état d’esprit, on parle quand même du gouvernement de la France.» «On connaît le tempérament de Martine Aubry, c’est son choix, on peut le regretter car elle a une grande expérience, mais c’est digne et respectable, il y a suffisamment de gens qui souhaitent y être», juge Gaëtan Gorce, le député de la Nièvre. Une sénatrice aubryste, toujours en off, reste lapidaire mais relève: «Martine incarne le rassemblement du PS et de la gauche, elle en est même la cheville ouvrière et le gouvernement aura besoin d’elle pour obtenir sa majorité parlementaire» lors des législatives.

Des législatives qu’Aubry mènera avec «énergie», assure-t-elle, même si certains, au PS, note qu’elle a mené une campagne présidentielle épisodique, disparaissant à certains moments. «C’est une femme de mission et elle le restera. Elle aura à cœur de mener la bataille des législatives jusqu’au bout. C’est quelque chose qui ne fait aucun doute», défend un proche. Cette décision «ne doit pas s’accompagner de différends politiques», embraie Gaëtan Gorce, qui note toutefois que Martine Aubry a «démontré avoir privilégié le collectif» pendant la présidentielle.

Des contacts avec Ayrault

D’ailleurs, Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry se sont eus plusieurs fois au téléphone depuis lundi, jour où sa décision a été actée. Les deux devraient mener la campagne des législatives et un meeting commun est prévu. «Ça s’est fait sans drame ni surprise. La configuration actuelle du gouvernement va à tout le monde, Aubry n’a jamais demandé de poste en particulier mais ce n'était pas concevable qu'elle puisse être à un autre poste que Premier ministre», démine-t-on dans l’entourage de Jean-Marc Ayrault. Pas sûr que cette déclaration corresponde totalement à la réalité puisque ce mercredi matin, Martine Aubry a bloqué deux investitures aux législatives de proches de Hollande, au profit de ses proches.

Reste la question de l’avenir de Martine Aubry après les législatives. La maire de Lille a dit à plusieurs reprises qu’elle ne souhaitait pas rempiler à la tête du PS, dont le prochain congrès est prévu en novembre. «Vu sa personnalité, sa stature nationale, elle aura évidemment un rôle central dans les mois et les années à venir. Après tout, ce n’est qu’un premier quinquennat», espère un proche.