A peine nommé Premier ministre, l'opposition tombe sur Jean-Marc Ayrault

POLITIQUE De «bonne guerre» juge le politologue Gérard Grunberg...

Maud Pierron

— 

Jean-Marc Ayrault dans son bureau de l'Assemblée nationale, le 26 avril 2012.
Jean-Marc Ayrault dans son bureau de l'Assemblée nationale, le 26 avril 2012. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Les communiqués étaient déjà prêts, ils n’attendaient que l’officialisation de la nomination de Jean-Marc Ayrault à Matignon, à peine avant 17h. A 17h01, un communiqué d’Hervé Morin tombe pour dénoncer «le premier coup de canif dans le contrat» passé avec les Français dans sa promesse d’une République exemplaire. «La toute première décision de François Hollande, à peine installé dans son fauteuil de président de la République, sera donc un premier renoncement», ajoute le président du Nouveau Centre.

Il fait référence à la condamnation de Jean-Marc Ayrault en 1997 à six mois de prison avec sursis pour favoritisme dans l’attribution d’un marché public à la mairie de Nantes. Des faits qu’il n’a pas contestés et une condamnation qui a été effacée en 2007, dix ans après les faits. Jean-Marc Ayrault s’était défendu en expliquant que sa «probité personnelle n’a jamais été mise en cause. Il n’a jamais été question d’enrichissement personnel ou de financement politique».

«Hollande Premier jour, premier reniement»

Mais, dans un entretien au JDD en avril dernier, François Hollande annonçait: «Je n’aurai pas autour de moi à l’Élysée des personnes jugées et condamnées». Et insistait: «Vous pourrez me rappeler cette déclaration si je venais à y manquer». «Aujourd’hui au pouvoir, les socialistes manient la perfidie comme hier: les leçons de morale sont toujours valables pour les autres, jamais pour eux-mêmes», tonne Hervé Morin.

«Hollande Premier jour, première nomination, premier reniement «je ne nommerai jamais quelqu’un qui a été condamné»… Ayrault P. Ministre», twitte Nadine Morano, de retour sur le réseau social. «Ça commence bien», exulte par communiqué Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes. «C’est à peine investi des fonctions de Président qu’il nomme un Premier ministre avec un passé judiciaire ce qui est une première dans l’histoire de la Ve République», ajoute-t-il. «Quand on a fait campagne sur l’exemplarité, on tient ses promesses, même si Jean-Marc Ayrault est respectable», relève Bruno Le Maire sur Radio Classique. «Lui, Président de la République, voulait incarner une « République irréprochable », mais a, d’ores et déjà, nommé comme premier ministre un homme qui, avant d’être réhabilité, avait été lourdement condamné par la justice pour favoritisme», moque pour l’UMP Didier Geoffroy

«Une petite épine dans le pied»

«Nommer Jean-Marc Ayrault est une erreur […]. Cette nomination ne correspond pas aux engagements de François Hollande», a critiqué de son côté Marine Le Pen sur BFM TV. «Le problème n’est pas de savoir si la condamnation est grave ou pas, c’est un problème de principes», a-t-elle ajouté.

«C’est de bonne guerre que la droite exploite cette affaire pour montrer à quel point François Hollande se contredit», relève Gérard Grunberg, politologue au Cevipof. Pour lui, l’affaire ne devrait pas faire grand bruit et donc nuire au président élu car «il s’agissait de faits mineurs, la condamnation a été effacée et l’homme tel qu’on le connaît est honnête». Ça reste toutefois une «petite épine dans le pied» du nouveau président.