Gouvernement: Jean-Marc Ayrault, un Premier ministre «normal»

PORTRAIT L'inamovible maire de Nantes, en poste depuis 1989, vient d’un milieu modeste...

Maud Pierron

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Jean-Marc Ayrault, à côté de Manuel Valls, lors de l'investiture de François Hollande à l'Elysée le 15 mai 2012.
Jean-Marc Ayrault, à côté de Manuel Valls, lors de l'investiture de François Hollande à l'Elysée le 15 mai 2012. — AFP

C’est officiel, Jean-Marc Ayrault prend Matignon. Agé de 62 ans, le natif de Maulévrier dans le Maine-et-Loire n’est pas un proche de François Hollande président, mais un fidèle. Leurs liens se sont noués en 1997 quand le président élu prend la tête du PS à la suite de Lionel Jospin et Jean-Marc Ayrault la tête du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. A cette époque, il loupe un maroquin ministériel de peu: il vient d’être condamné à six mois de prison avec sursis et 4.600 euros d'amende pour des faits de favoritisme dans le cadre d’un appel d’offres. Une condamnation effacée aujourd’hui, quinze ans après la prononciation de la décision.

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Trois mandats à la tête du groupe PS prouvent «sa capacité à rassembler», explique le député Olivier Dussopt, proche de Martine Aubry. «C’est un bosseur, pas un censeur. Il a toujours veillé à ce que les nouveaux députés puissent prendre leurs repères et faire le boulot, en leur confiant des rapports ou des questions», explique le jeune député de l’Ardèche. Ce qui revient chez tous ceux qui l’ont côtoyé, c’est qu’il est «un homme de consensus». «Mais il sait être ferme quand il faut trancher», ajoute aussitôt pour couper court à toute critique le député Gérard Bapt, qui le connaît depuis trente ans et leur aventure commune au sein du courant très à gauche de Jean Poperen. «C’est un peu le défaut de sa qualité: à force de chercher la synthèse, ça perd un peu de relief et de percussion», critique un député qui préfère rester anonyme.

«Bosseur et réservé»

Mais ajoute Olivier Dussopt, cette capacité à beaucoup discuter peut être très utile en période de crise: «il saura discuter avec le mouvement social et nos partenaires européens. Il est d’ailleurs passionné par les questions européennes». «Il sait tenir compte et s’adapter aux arguments qui lui sont opposés», abonde Gérard Bapt. François Patriat, sénateur qui doit à Ayrault son entrée au gouvernement en 2000 explique: «il fait confiance, il est bosseur, réservé et n’a pas deux paroles. Surtout, il a acquis au fil des années une certaine habileté pour gérer les hommes et les dossiers, il a désormais une autorité naturelle».

Ses plus proches en font évidemment un portrait très louangeur, ressemblant énormément à François Hollande: pudique, homme de consensus, simple, bosseur. Et après le congrès de Rennes en 1990, il quitte même le courant de Poperen pour retrouver sa liberté et ne plus jamais se lier à un courant. Comme Hollande, l’homme des Transcourants. Jusqu’à en avoir les mêmes défauts: manque de charisme et manque d’expérience au plus haut niveau. «Il sait s’adapter très vite et quinze ans à l’Assemblée, ça compte», explique-t-on. «Manque de charisme? Quand on a été réélu trois fois député, parfois au premier tour, et à la mairie de Nantes, je ne crois pas trop au manque de charisme», relève Gérard Bapt.

Les vacances en camping-car

Ce qui est sûr, c’est que Jean-Marc Ayrault est un pur produit de l’école républicaine: fils d’un ouvrier et d’une couturière, il n’a pour seul diplôme que son agrégation d’allemand. Une maîtrise de la langue de Goethe essentielle aujourd’hui, à l’heure où les relations franco-allemandes sont plus que jamais primordiales. Il est d'ailleurs un très bon connaisseur de ce pays et réfléchis depuis très longtemps aux relations franco-allemande.

Mais Jean-Marc Ayrault c’est aussi le Premier ministre normal, «ce n’est pas le plus funky» dit-on, un peu comme un Fillon de gauche. Qui finit actuellement une biographie d’Aristide Briand mais lit aussi bien John Le Carré. Qui adore marcher incognito dans sa ville de Nantes, où il a fait beaucoup pour la culture, mais aussi l’été, lors des  vacances qu’il passe à bord de son camping-car.