Présidentielle: François Hollande pourra-t-il vivre une vie normale?

Matthieu Goar avec Maud Pierron

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Vue du domicile de Francois Hollande et Valerie Trierweiler au 8 rue Cauchy à Paris.
Vue du domicile de Francois Hollande et Valerie Trierweiler au 8 rue Cauchy à Paris. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Mardi soir, un peu après 20h, François Hollande fait son apparition dans le quartier de la Main d’or de Paris. Le président élu vient y faire une visite privée. Des dizaines de badauds accourent, se font prendre en photo avec lui. Son service de sécurité est aux aguets mais Hollande s’arrête à chaque demande. Encore mercredi, le nouveau président est allé voir une exposition au Grand Palais, comme un touriste lambda. Une façon de mettre ne pratique son idée d’une «présidence normale». Les problèmes de sécurité inhérents à la fonction auront-ils raison de cet argument de campagne?

«En passant de candidat à président, l’organisation qui l’entoure va être beaucoup plus pointue, résume Jean-Pierre Diot (*), ancien du Service de protection des hautes personnalités (SPHP) et vice-président la Fédération française de la protection rapprochée. Mais il peut vivre relativement normalement. Cela passe en fait par la mise en place d’une structure qui lui permette de le faire en toute sécurité.» D’où l’importance des hommes de sa garde rapprochée qui inspectent le terrain avant l'arrivée du président puis essayent de se faire oublier.

François Hollande, nom de code «Delta»

En prenant ses fonctions mardi prochain, Hollande sera dorénavant surveillé par les membres Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR, environ 80 personnes) qui dépend du SPHP. Il en connaît déjà certains. Ceux du SPHP qui ont surveillé le candidat socialiste pendant la campagne le suivront à l’Elysée. Ils ont d’ailleurs déjà donné au nouveau président son nom de code: «Delta». «Ils connaissent ses habitudes, lui les connaît également. C’est plus simple. Mais de toute façon, le mot d’ordre est de nous adapter à ses desiderata», confie Gilles Furigo, le patron du SPHP. Des contacts ont été établis cette semaine entre l’équipe de François Hollande et le personnel de sécurité pour connaître ses envies.

A la différence des Etats-Unis où les services secrets imposent ses moyens de locomotion au président et ont le dernier mot sur chaque déplacement, le GSPR doit en effet se plier aux contraintes politiques. «En France, nous avons une culture différente de l’attentat. Si les conseillers ou les membres du protocole ont décidé de passer par un endroit, nous sommes obligés de nous adapter même si nous l’avions déconseillé», détaille Jean-Pierre Diot qui se souvient d’un déplacement houleux dans un marché la Courneuve avec Sarkozy, dont les hommes de la sécurité se seraient bien passés.

Même le train est envisageable

A priori, il est donc possible pour Hollande de vivre le plus normalement possible. Déplacements en trains (compliqué pour les communications), aménagement dans un appartement parisien… Mitterrand avait un logement rue de Bièvre, il dormait également souvent chez sa maîtresse, Anne Pingeot. Sarkozy logeait souvent chez Carla Bruni dans le XVIe. Les officiers de sécurité mettent alors en place plusieurs trajets différents pour rejoindre l’Elysée et font un audit de l’appartement (celui de Hollande a trop de voisins et de baies vitrés). Les différents présidents avaient également leurs habitude dans des restaurants parisiens (le Tong Yen pour Chirac, le Divellec, entre autres, pour Mitterrand...). «Tout est envisageable. Après, si le contexte international se tend, si la menace terroriste augmente, les choses sont susceptibles de changer», conclut Gilles Furigo.

(*) Garde du corps, 25 ans au service des hautes personnalités, de Jean-Pierre Diot, avec Laurent Huberson, éd. Le Cherche Midi.