Premier ministre: Qualités et défauts des différents candidats

PRÉSIDENTIELLE uatre personnalités tiennent la corde pour s’installer à Matignon...

Maud Pierron

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Ayrault, Aubry, Moscovici et Valls, les quatre personnalités tiennent la corde pour s’installer à Matignon.
Ayrault, Aubry, Moscovici et Valls, les quatre personnalités tiennent la corde pour s’installer à Matignon. — ELSNER - WARTNER / 20 MINUTES

François Hollande choisira son Premier ministre selon l'analyse qu'il tire du scrutin. Plus l'écar est large, plus il a les mains libres. Quatre noms font figure de favoris, 20 Minutes les passe en revue.

Martine Aubry

Avantages: Elle a la notoriété, l’expérience et elle couvre le flanc gauche, répètent à l’envi ses proches. Effectivement, la première secrétaire du PS, également maire de Lille, a une bonne connaissance de l’appareil d’Etat. Elle a été ministre de l’Emploi (1997-2000) et du Travail (2000-2002). Elle sait faire travailler une équipe et assumer des réformes, mêmes celles qu’elle n’a pas initiées (comme celle des 35 heures dont DSK avait eu l’idée). Elle est aussi passée par le privé, entre 1991 et 1993, où elle a eu le titre de directrice adjointe des affaires sociales. Par ailleurs, elle a tenu les troupes pendant la campagne, ce que Hollande a apprécié. Dans tous les sondages réalisés sur l’identité du futur Premier ministre, c’est bien elle qui sort en tête à chaque fois.
Défauts: Elle ne s’entend pas avec François Hollande et l’estime peu. Enfin, ça c’était avant les primaires. Pas un mot désagréable n’est sorti de sa bouche durant toute la campagne présidentielle, pendant laquelle elle a multiplié les déplacements, mais ses critiques durant les primaires («gauche molle», «flou», «candidat du système») ont été un réservoir pour la droite. Hollande l’a dit, il faut que le Premier ministre «ait avec moi la  meilleure des relations» avec lui, «c’est mieux». Une évidence. Il a aussi dit qu’il ferait des choix «de raison» et qu’il mettrait le meilleur à sa place. Par ailleurs, Martine Aubry peut aussi être cassante et n’a pas la réputation d’arrondir les angles: un problème dans une période où la concertation sera importante. En cas de conflit avec Hollande, un gouvernement mené par Martine Aubry pourrait vite créer des tensions à la tête de l’Etat.

Jean-Marc Ayrault:

Avantages: Le député-maire de Nantes est depuis quinze ans le patron des députés socialistes à l’Assemblée. Il connaît très bien les rouages de l’Assemblée et tous les parlementaires de gauche. Surtout, il est germanophone et germanophile, ce qui pourrait s’avérer très utile pour négocier avec l’Allemagne. C’est un proche de François Hollande. Tous les deux ont monté en grade en 1997, quand Lionel Jospin est arrivé à Matignon. Il a également le profil de «Grand élu» de province qu’apprécie particulièrement le nouveau chef de l’Etat.
Défauts: Inconnu au bataillon dans l’opinion. Ce sera un peu le «Medvedev de Poutine», moque un cacique de PS, qui ne fera pas d’ombre à un président dont le charisme est faible. Il manque aussi cruellement d’expérience des rouages de l’Etat. Un vrai point noir alors que François Hollande possède la même faille.

Manuel Valls

Avantages: «Je connais très bien Matignon. Avec Aquilino [Morelle], on pourrait très vite s'y installer», a lancé à quelques journalistes Manuel Valls sur le ton de la demi-blague pendant la campagne. En effet, entre 1997 et 2002, il est chargé de la communication et de la presse au cabinet de Lionel Jospin et l’actuelle plume de Hollande était déjà celle de Jospin. Il aura 50 ans en août et sa nomination serait un acte en faveur du renouvellement des générations. Pendant la campagne, le directeur de la communication a été très présent, a montré toute sa capacité d’organisation jusqu'à passer pour un directeur de campagne bis. C’est la grosse côte des derniers jours.
Défauts: Aucune expérience une fois encore dans les rouages de l’Etat. Mais surtout, même si bon nombre de ses camarades chantent aujourd’hui ses louanges vu que la campagne s’est bien déroulée, il n’a aucun ancrage dans le Parti socialiste. Il paraît un peu «jeune» pour le poste et plus taillé, pour un poste de ministre de l’Intérieur. S’il y fait toutes ses preuves, il passera peut-être en pole position pour un nouveau gouvernement.

Pierre Moscovici

Avantages: Il a le profil et le CV. Sciences-Po Paris et ENA pour diplôme, il multiplie depuis des années les livres d’idées sur l’Europe et l’Economie, deux de ses passions. Nommé directeur de campagne de François Hollande après avoir hésité à rallier Martine Aubry, ce poste semblait le prédestiner logiquement à Matignon.
Défauts: Il s’est justement fait «croquer» pendant la campagne par Manuel Valls. Un manque de caractère qui peut être préjudiciable à Matignon, surtout entouré de poids lourds.