Présidentielle: Les socialistes ne s'attendent pas à un état de grâce

POLITIQUE A cause de la situation économique et du déroulement de la campagne...

Matthieu Goar

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François Hollande répond aux journalistes à son arrivée dans son QG parisien, au lendemain de sa victoire à l'élection présidentielle.
François Hollande répond aux journalistes à son arrivée dans son QG parisien, au lendemain de sa victoire à l'élection présidentielle. — G. FUENTES / REUTERS

Les guitares d’Axel Bauer et de Yannick Noah sont rangées. La Bastille s’est vidée. Place maintenant à l’alternance, à la valse des cartons dans les ministères et aux premiers décrets. Traditionnellement, le nouveau président de la République, fort de sa légitimité, bénéficie d’une bienveillance de ses électeurs pendant quelques semaines. Pas cette année, selon les socialistes. «Il y a surtout une crise, une situation financière qui oblige à l’action. Il nous faut nous confronter à la réalité sans attendre car l’actualité ne nous laissera pas de répit. En ce sens, non, il n’y aura pas d’Etat de grâce», confie Bernard Cazeneuve, porte-parole de la campagne de François Hollande. Même analyse du côté de Michel Sapin. «Le mot d'état de grâce n'est même pas applicable une nuit à cause de la situation de la France, la situation de l'Europe. Chacun ressent que l'atmosphère n'est pas le même qu'en 1981 parce qu'il faut changer, travailler», a-t-il déclaré lundi matin sur Europe 1.  

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Pression diplomatique et financière

L’actualité ne laissera en effet aucun répit à François Hollande. Diplomatiquement d’abord. La semaine prochaine, sans doute lendemain de la passation de pouvoir, le 16 mai, le nouveau président s’envolera vers l’Allemagne pour tenter d’infléchir la position d’Angela Merkel, rétive à renégocier le traité européen en y ajoutant un «pacte de croissance». Un des porte-parole de la Chancelière vient d’ailleurs de déclarer qu’il est «impossible» de renégocier le traité. C’est pourtant l’un des engagements de campagne de Hollande et ses électeurs l’attendront au tournant. «Les Français l’ont choisi aussi pour cette dimension européenne de son programme», explique Bernard Cazeneuve. Le monde des marchés a également à l’œil le nouveau président socialiste. Avec une dette qui approche les 1.700 milliards d’euros, le Trésor public emprunte régulièrement. Prochaine levée de fonds: le 16 mai. Il s’agit d’un premier test de crédibilité pour le président de la République. «Lundi j’aurai une responsabilité immédiate, pas de la prise de pouvoir mais des sujets qui m’attendent», a confié, samedi, le candidat Hollande.

Les ruines du sarkozysme. Et après?

Un autre élément politique à cette absence d’état de grâce est que la campagne de Hollande n’a suscité qu’un enthousiasme poli. Même si dans l’entre-deux-tours la foule a été présente à tous les meetings (Bercy, Forbach, Toulouse), la victoire de François Hollande s’est aussi construite sur le désamour des Français à l’égard de Sarkozy (plus basse cote de popularité d’un président en exercice). Selon un sondage CSA pour 20 minutes réalisé le 6 mai, 52%% des personnes affirmaient vouloir voter pour le socialiste «avant tout pour que Nicolas Sarkozy» quitte le pouvoir. L’enthousiasme de voir Sarkozy «dehors» transpirait d’ailleurs à la Bastille où les «Casse-toi pov’ con» dominaient parfois les «François président!». «La fin de Nicolas Sarkozy était une condition du redressement. L’arrivée de François Hollande est une condition de la réussite. Les Français en sont parfaitement conscients», analyse Bernard Cazeneuve qui résume bien le mélange des deux sentiments. Sarkozy retourné au civil, les Français ne mettront pas longtemps à juger leur nouveau président.