Présidentielle: Hollande a appris sa victoire «les yeux embués, avec un sourire particulier»

PRESIDENTIELLE A Tulle, le candidat socialiste a vécu une journée riche en émotions qui a culminé avec l'annonce de sa victoire...

A Tulle, Maud Pierron

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François Hollande à la rencontre des habitants des environs de Tulle (Corrèze), le 6 mai
François Hollande à la rencontre des habitants des environs de Tulle (Corrèze), le 6 mai — S. ORTOLA / 20 MINUTES

De notre envoyée spéciale à Tulle

Une clameur soulève la place de la cathédrale de Tulle. A 20 heures, des milliers de tullistes viennent de voir le visage de leur champion s’afficher sur l’écran géant. Avec une pluie battante qui rappelle le 10 mai 1981. Les «on a gagné!», envahissent la place. Au même moment, dans son bureau du Conseil général, François Hollande reste quasi impassible. «Il avait les yeux légèrement embués, un sourire un peu particulier, avec beaucoup de retenue», raconte Sophie Dessus, élue corrèzienne. Il reste seul avec sa plume Aquilino Morelle pour peaufiner son discours. Au gré d’une play-list éclectique, l’ambiance retombe un peu. Elu, Hollande garde ses mauvaises habitudes de candidat toujours en retard. «François où es-tu?», chantent les tullistes, agitant des drapeaux tricolores et socialistes.

A 21h20, il arrive enfin, la pluie a déjà cessé, et une nouvelle clameur monte. «Le changement commence maintenant», dit-il, grave, livrant un message de rassemblement. Il salue les milliers de personnes, arpente la scène de gauche à droite. Il ne veut pas partir pour Paris où la Bastille l’attend. Il fait monter Valérie Trierweiler sur scène. «Un bisou, un bisou!», réclament les tullistes et preuve que François Hollande entre dans la fonction présidentielle, ce pudique se fait violence et embrasse sa compagne sous les vivats.

Déclaration d’amour à la Corrèze

A l’accordéon, Jean-Paul Denanot, président du Conseil régional du Limousin, joue la vie en rose d’Edith Piaf. Les tullistes et leur ancien maire communient avant de se quitter. François Hollande n’y tient plus et reprend la parole pour déclarer sa flamme: «Merci la Corrèze! Au revoir et à bientôt, nous ne nous séparerons jamais. La ville est belle ce soir», lance-t-il à cette terre qui l’a élu à 75,7 %. Avant de partir, il lâche cette confidence, à propos de la place sur laquelle il se trouve qu’il avait fait refaire en 2006: «j’avais imaginé, oui, j’avais imaginé un jour…»

«Dimanche, la joie est forte et intense et ensuite la responsabilité vient vite», anticipait-il samedi. Avant son discours, déjà dans le bain, il a appelé la chancelière allemande Angela Merkel. Mais dimanche soir, devant ses Corréziens, il savoure au terme d’une journée intense. A 10h30, il arrive après une courte nuit à son bureau de vote. Légèrement tendu, comme la veille, où il concédait une «appréhension» alors que les derniers sondages se resserraient. Heureusement, il est à Tulle. «Ici, je suis auprès des miens. Je lui dois ça à cette Corrèze qui m’a tant donnée», expliquait-il. Des applaudissements saluent sa sortie du bureau de vote et déjà il part faire la tournée des autres bureaux. Comme chaque jour de scrutin. «Les rites donnent le rythme», dit-il. Occupent surtout ce superstitieux pour la plus longue journée de sa vie.

Un rituel pour se rassurer

Dans chaque bureau, des tullistes l’attendent pour lui faire la bise, dédicacer une affiche, prendre des photos. Ou simplement le toucher. Comme pour lui dire en revoir. «Il reviendra. Mais Paris, c’est sa place maintenant», glisse Roland, à la mairie de Laguenne. Il serre encore des mains, entend des «François t’es le meilleur». Et entre dans la mairie partager un verre de vin avec le maire, un «rituel porte-bonheur» en place depuis trente ans.

Vers 14 heures, des Tullistes l’attendent – encore! — devant le Central, où il doit déjeuner. Il débarque un franc sourire aux lèvres. Les sondages sortis des urnes sont positifs. A une dame, il lâche: «ce soir, il y aura de la pluie mais pas de larmes». A Reuters TV, il dit encore: «I’m confident, I’m sur» [je suis confiant, je suis sûr]. Mais il reprend encore la route, pour parcourir son canton, toujours ces rites pour se rassurer, comme les sportifs à la veille de grands événements.

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