Présidentielle: Les mots de l'entre-deux-tours

POLITIQUE Entre le premier et le second tour, ils ont fait la campagne présidentielle...

Maud Pierron

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Nicolas Sarkozy et François Hollande, candidats à l'élection présidentielle 2012.
Nicolas Sarkozy et François Hollande, candidats à l'élection présidentielle 2012. — SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA - Christophe Ena/AP/SIPA

Durant ces quinze jours, les échanges se sont tendus entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. Le président-candidat a axé sa campagne sur la récupération du vote des électeurs du Front national et le climat s’est durci. Illustration.

Anniversaire

Fallait pas l’inviter… C’est ce que doit se dire Julien Dray à propos de DSK. L’ancien de SOS-Racisme fêtait son anniversaire le 28 avril. Rue Saint-Denis, à Paris. Dans un restaurant-bar de trois étages, l’enfer, le paradis et le purgatoire. Et s’il a seulement invité Anne Sinclair, la patronne du Huffington Post est venue en compagnie de son mari, DSK, mis en examen pour proxénétisme dans l’affaire du Cartlon de Lille. Du plus mauvais effet pour les proches de Hollande, également conviés (Manuel Valls, Pierre Moscovici et Ségolène Royal) qui ont vite tourné talon pour ne pas être vus en compagnie du pestiféré. Trop tard. La droite, Sarkozy  y compris, a attaqué sur le mode de Christine Boutin: «Après la gauche caviar, la gauche débauche.»

Calomniateur

Lors du débat, c’est l’attaque lancée par Nicolas Sarkozy contre François Hollande, exaspéré des attaques incessantes du socialiste sur son bilan et son style de présidence. Surtout, ce «président des riches» qui lui colle aux baskets, il ne le supporte pas. «Vous n’êtes qu’un petit calomniateur», a-t-il lancé lors du débat au socialiste.

Débat

Dès le soir du premier tour, Nicolas Sarkozy met la pression sur son adversaire en réclamant trois débats! Hollande refuse au nom de la «tradition» mais surtout, en tête, il n’a aucun intérêt à y céder. Après le débat sur le débat, finalement, le duel a bien eu lieu, le 3 mai, pendant presque trois heures. Match nul disent les observateurs, voire avantage Hollande. Dur pour Sarkozy qui comptait «l’exploser». 

Frontière

Le 22 avril au soir, Nicolas Sarkozy met en exergue ce mot. «En 2012, l’enjeu majeur, c’est la question des frontières» va en répétant le candidat lors de cet entre-deux-tours où il est parti à la chasse du vote FN, indispensable à sa réélection. Les frontières, c’est l’outil de la lutte contre le chômage, les délocalisations mais qui permet aussi de préserver «le mode de vie des Français», «l’Identité française» menacée par l’immigration incontrôlée, selon lui. A Cernay, dans le Haut-Rhin, il a même parlé d’«espace vital».

Financement libyen

On ne parle pas de l’intervention française en Libye, qui aurait pu être mise au crédit du président sortant, mais d’un supposé financement occulte de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy du régime libyen, à hauteur de 50 millions d’euros. Mediapart publie un document, qualifié de «faux» par le chef de l’Etat. Nicolas Sarkozy porte plainte contre le site pour «faux et usage de faux», «recel de ce délit» et «publication de fausses nouvelles». En retour, le site d’info dirigé par Edwy Plenel a porté plainte pour dénonciation calomnieuse contre le chef de l’Etat.

Hitler, Laval et les autres

On a assez vite atteint le point Godwin dans cette campagne d’entre-deux-tours, en fait. Sarkozy comparé à Pétain, (voir plus bas), mais aussi à Laval, célèbre collaborationniste, par Mélenchon. Axel Kahn, le généticien candidat socialiste à Paris, a comparé le meeting du Trocadéro à Nuremberg… Comme l’avait fait Jean-Marie Le Pen avant le meeting de Nicolas Sarkozy à la Concorde. Pascal Cherki, autre élu PS, a publié ce tweet (avant de le retirer): «Au rythme où il va, Sarkozy va terminer sa campagne en réclamant l’annexion les Sudètes et de Dantzig et va déclarer la guerre à la Pologne»… Notons toutefois que le premier à avoir été comparé clairement à Hitler et Mussolini, c’est François Hollande. Un élu UMP avait comparé sa «haine des riches» à celle des juifs.

Pétain

Forcément, le «vrai travail», ça hérisse le poil des communistes. Le quotidien L’Humanité n’y va pas par quatre chemins et fait un parallèle clair avec le maréchal Pétain. Libération, un poil plus subtilement , fait le même choix, en Une, moins pour son choix du «vrai travail» que pour cette déclaration: «Le Pen est compatible avec la République.» «Désinformation» et «propagande officielle du PS», tonne la droite. 

Piscine et halal

Et oui, ces mots vont de paire. Car à en croire Nicolas Sarkozy, donner le droit de vote aux étrangers aux élections locales, comme souhaite le faire François Hollande, c’est ouvrir la voie aux menus halal à la cantine et aux horaires différents pour les hommes et les femmes dans les piscines. Hollande a dû affirmer clairement lors du débat que lui président, il n’y aurait pas de menu halal dans les cantines.

Ponce Pilate

Après avoir lâché pendant le débat une attaque en dessous de la ceinture sur la vie personnelle de DSK, Sarkozy se prend un scud de Hollande, qui assurait ne pas connaître sa vie privée. «Vous connaissez la vie privée de tous vos collaborateurs?» demande le socialiste. «Par quels moyens pouvais-je connaître sa vie privée?» continue-t-il. Et Sarkozy de rétorquer: «Ponce Pilate. Monsieur Hollande, ne vous défaussez pas sur ce point-là.» Pas évident de comprendre la référence au préfet qui a ordonné la crucifixion de Jésus, tout en «s’en lavant les mains», comme le veut l’expression consacrée. 

Vote de souffrance ou vote de crise

C’est ainsi que François Hollande et Nicolas Sarkozy analysent les 17,9% recueillis par Marine Le Pen. La candidate du FN fait un carton dans les zones périurbaines et rurales mais aussi chez les ouvriers.  Les deux candidats, avec des stratégies opposées, cherchent à séduire ces  6,4 millions de Français ayant voté pour l’extrême droite.

Vrai travail

Au lendemain du premier tour, en sortant de son QG, Nicolas Sarkozy annonce qu’il veut organiser une «fête du vrai travail» le 1er mai. Une sortie assumée malgré les critiques de la gauche - «il veut organiser une fête du vrai travail, il est le président du vrai chômage» - puis, plus du tout assumée, puisqu’il a assuré ne jamais avoir prononcé cette phrase. Au final, il s’excuse et explique qu’il veut organiser le 1er mai «une vraie fête du travail» contre ce 1er mai «privatisé par François Hollande» qui défilerait «derrière le drapeau rouge des syndicats». Au final, quelque 50.000 personnes se massent place du Trocadéro le 1er mai pour écouter Nicolas Sarkozy et les syndicats défilent de leur côté.

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