Vous avez interviewé Nicolas Princen, responsable de la campagne internet et de l'agenda numérique de Nicolas Sarkozy

VOS QUESTIONS Le communicant politique était l'invité du chat «20 Minutes»/Yahoo!...

Cédric Garrofé

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 Nicolas Princen, responsable de la campagne Internet de Nicolas Sarkozy
 Nicolas Princen, responsable de la campagne Internet de Nicolas Sarkozy — G. LABARTHE / 20 MINUTES
[Le chat est terminé]
 
Bonjour, votre candidat n'est soutenu par aucun autre candidat du premier tour, n'a fait que critiquer l'Europe de Schengen, les médias et les socialistes et n'a jamais proposé de solutions pour les Français autres que le repli identitaire et la fermeture totale des frontières si chers au FN. Comment pouvez-vous continuer à vous dire héritier du Général de Gaulle?
Bonjour, je ne suis pas du tout d’accord avec votre lecture de la campagne de Nicolas Sarkozy, et vous conseille de passer outre la caricature qui peut en être faite. Je vous conseille d’aller sur notre site Internet pour regarder un discours de Nicolas Sarkozy, directement, sans filtre, par exemple à Villepinte ou à la Concorde, et vous serez sans doute étonné de ce que vous allez entendre. Quant à la référence au Général de Gaulle, relisez les discours du Général et vous aurez des surprises, et je vous invite à écouter le discours du président Sarkozy le jour de la fête du travail sur l’esplanade du Trocadéro. Ses valeurs sont éminemment gaullienne : la souveraineté de la France et son autonomie par la croissance, la maîtrise de la dette, l’affirmation de valeurs, les droits de l’homme, les valeurs de travail, de responsabilité, d’ambition individuelle et collective, le sens de l’effort, qui ne va pas sans un certain esprit de combat contre les forces qui voudraient s’opposer à l’entrée de la France dans le nouveau monde, celui du XXIème siècle. Sur les frontières, je vous invite à regarder son discours à Toulouse. Internet est un bon outil pour ça : cela vous permet de voir ce qui a effectivement été dit et expliqué, sans filtre et sans commentaire.
 
Monsieur  Princen, ne pensez-vous pas, qu'aujourd'hui, internet est un lieu qui n'est pas assez réglementé? Actuellement de nombreux "codes" existent, ne devrions-nous pas créer un "Code d'Internet"?
Il y a un droit sur Internet comme il en existe un dans le monde “réel”, et naturellement le droit s’adapte au fur et à mesure aux évolutions de cette technologie et de ses usages. Pour ma part je crois moins à un “Code d’Internet”, qui pourrait rapidement être obsolète, qu’à la sensibilisation et à l’éducation à Internet. Le programme numérique de Nicolas Sarkozy est de ce point de vue riche de propositions, notamment pour inclure une sensibilisation à Internet dans les cours d’éducation civique, car ce qui est en jeu dans la liberté de l’internaute, c’est la liberté du citoyen. Il faut lutter contre la fracture numérique dans l’accès aux équipements, mais aussi lutter contre la fracture numérique entre ceux qui tirent pleinement partie de ce qu’Internet peut nous apporter, et ceux qui en sont exclus. Ce que vous proposez, c’est à dire une “règlementation”, ne doit en aucun empêcher ou freiner l’innovation permanente qui fait évoluer Internet tous les jours, dans les technologies comme les usages. Avoir un système ou une loi trop contraignante pourrait porter atteinte à cette dynamique inhérente à toute révolution technologique et à tout progrès social ou démocratique. Il y a des choses à réguler sur Internet, c’est sûr, l’actualité l’a montré récemment. Mais la priorité doit être pour les Français de totalement embrasser cette dynamique d’innovation très émancipatrice que porte la révolution numérique. 
 
J'avais lu ici et là que l'UMP souhaitait s'inspirer de la campagne Obama 2008 sur le Web : l'avez vous finalement fait? Êtes-vous satisfait de votre travail sur le web en termes d'occupation du "terrain"? Est-il plus facile de communiquer sur le web qu'à la tv?
J’ai beaucoup de respect pour la campagne d’Obama, et je suis personnellement ami avec des gens qui l’ont animée et organisée. C’est un modèle de campagne, dans la bonne articulation entre la campagne sur Internet, et la campagne sur le terrain. Mais je n’ai pas voulu travailler avec des consultants américains ou des technologies développées aux Etats-Unis comme l’a fait l’équipe de François Hollande. J’ai préféré tirer les leçons de la campagne d’Obama pour essayer d’innover encore, à la française, avec des acteurs et des technologies française. Après tout : il nous appartient d’innover dans le champ des technologies comme dans le champ du politique, et s’il est intéressant de regarder ce qui se fait ailleurs, il faut aussi penser qu’on peut innover chez nous. Les Américains qui nous ont rendu visite pendant cette campagne ont par exemple été frappés par 2 innovations que nous avons portées : la plateforme NS Connect, qui est sans doute aujourd’hui la plateforme de mobilisation la plus simple et efficace qui existe dans le web politique. Et surtout par ce que nous avons fait avec les données publiques, dans la valorisation du bilan local de Nicolas Sarkozy. Concrètement, en utilisant l’open data, nous avons été en mesure de répondre à la question “qu’est-ce qui a changé près de chez moi depuis 2007” en délivrant aux Français les résultats concrets des réformes menées par Nicolas Sarkozy depuis 2007 dans leur département. Si vous allez sur la page des bilans locaux, et que vous rentrez votre département, vous trouverez tous les résultats chiffrés de l’action de Nicolas Sarkozy près de chez vous. C’est une révolution par la transparence et la proximité que cela implique, et je sais que des campagnes américaines vont s’en inspirer. Bref, je pense qu’en tant que pays, nous avons tout intérêt à essayer d’innover dans ce domaine comme dans d’autres, faire confiance à nos entrepreneurs, nos innovateurs et nos entreprises, plutôt que s’importer des technologies et des boîtes à outils développées ailleurs. Une campagne, c’est l’occasion de faire évoluer notre démocratie, tel est le sens de la place d’Internet dans cette élection.
 
Bonjour. Vous avez été moulé par HEC et sciences Po, êtes arrivé aux côtés de Sarkozy à 24 ans. Ne pensez-vous pas être déconnecté des attentes des électeurs?
J’ai commencé à travailler à l’Elysée jeune en effet, sans doute parce que j’ai travaillé sur des sujets (Internet, le numérique) pour lesquels mon âge est un atout et non une incongruité. Quant à mes études, franchement je ne crois pas aux “moules” que vous évoquez, et j’ai précisément fait plusieurs écoles pour éviter d’être limité à une vision du monde. La première chose que j’ai apprise d’ailleurs en étudiant, et encore plus en travaillant avec Nicolas Sarkozy, c’est que les études comptent moins que la volonté et le travail. Mais vous avez raison : il y a toujours un risque de déconnection quand on travaille cinq ans à l’Elysée, mais on s’en protège en restant au contact de la réalité du terrain, qui vous interpelle chaque jour quand vous êtes aux responsabilités, surtout avec Nicolas Sarkozy qui a été au contact permanent des Français pendant 5 ans. Cela donne plus d’humilité qu’on ne peut l’imaginer. La réalité des crises vous impose de confronter les réalités. Et puis je viens de province, d’une famille d’agriculteurs, mes grands-parents viennent de l’Aube et de l’Ariège, donc bon... Et puis entre nous, si j’avais vraiment voulu un moule pour me formater, j’aurais fait l’ENA!...
 
Qu’avez-vous pensé de la campagne web de François Hollande?
Je trouve que ce qu’ils ont fait pour mobiliser leurs militants sur le porte-à-porte est intéressant et ils ont surtout su en faire une bonne publicité. Pour le reste, je n’ai rien vu de très intéressant : leur campagne a été moins sociale, moins ouverte, moins interactive et moins populaire que la notre. Les chiffres le prouvent. Je pense qu’ils ont mis beaucoup d’énergie à nous provoquer, à faire des buzz et ont porté beaucoup trop d’attention à ce que nous faisions. C’est un peu la traduction sur Internet de l’anti-sarkozysme qui fait la colonne vertébrale de leur campagne, malheureusement. Je regrette notamment que certains responsables officiels se soient laissés aller par exemple à relayer des appels à manifestation pour bloquer des visites du Président Sarkozy pendant cette campagne. Je ne cautionne pas ce type de démarche, pas très républicaine à mon sens. J’ai pour ma part demandé à mon équipe de se concentrer sur le dialogue avec les Français, le bilan, le projet, autant de choses positives, et de ne jamais céder à la provocation de quelques activistes peu inspirés. Il ne faut pas oublier qu’à travers une campagne sur Internet, se dessine une vision d’internet, et une vision de ce qu’un candidat voudra défendre et porter de cette révolution démocratique s’il devient Président. Nous préférons valoriser les éléments positifs : transparence, ouverture, dialogue, partage, et mettre notre énergie et notre imagination là dedans. C’est un choix. 
 
Twitter a-t-il eu un si grand rôle dans cette campagne? Le taux d'activité dessus  semble y être ridicule. Qu'en pensez-vous? Vous avez préféré privilégier Facebook ou Twitter?
Twitter est un outil formidable, et j’ai pris plaisir à rencontre son fondateur, Jack Dorsey, qui a également rencontré le Président de la République récemment. Mais c’est aujourd’hui un outil qui touche une minorité de Français : moins de 3 millions, et quelques centaines de milliers de personnes y sont réellement actives aujourd’hui. Facebook est pour nous beaucoup plus important, car près de la moitié des Français y sont présents. C’est 10 fois plus que Twitter au jour d’aujourd’hui. Et dans la mesure où nous voulons faire campagne auprès des Français, les écouter, leur parler, échanger avec eux, il est certain que Facebook est l’endroit où il faut être. En gros, Twitter c’est bien pour faire de l’influence et toucher les journalistes, faire du “buzz”. Facebook c’est bien pour parler directement aux Français. Les deux outils ont des fonctions différentes, et nous avons beaucoup travaillé sur FacebookNicolas Sarkozy domine très largement, et où nous avons développé des applications comme “Idées”, pour demander aux Français de nous faire part de leurs idées et préoccupations dans la campagne. Des milliers de personnes ont répondu présents à notre appel et les auteurs des dix idées les plus populaires ont été invitées au siège de campagne pour échanger et débattre avec Nathalie Kosciusko-Morizet, la porte parole de Nicolas Sarkozy, qui est très intéressée par ce type de débat. Pour conclure, Facebook c’est un peu le lieu où se retrouve la majorité silencieuse, Twitter est aujourd’hui beaucoup plus élitiste.
 
Le web peut-il réellement influencer le résultat d'une élection présidentielle? 
C’est difficile de répondre à cette question : l’histoire le dira. Mais il y a deux choses à considérer pour comprendre l’impact d’internet dans cette campagne. Il y a d’abord Internet comme outil de communication, qui permet de toucher facilement, rapidement et souvent gratuitement des centaines de milliers de citoyens. Nous envoyons des emails à presque 1,4 millions de personnes, sur Facebook Nicolas Sarkozy touche chaque jour plus de 700.000 personnes directement, et plusieurs millions indirectement (par l’intermédiaire de ses “amis” sur le réseau). Si vous comparez ces audiences à celles des médias classiques, vous comprendrez que cela représente une très forte audience. Mais deuxièmement, ce qui est plus nouveau c’est l’émergence du numérique comme outil d’organisation de la campagne, qui permet de mieux articuler l’organisation d’une campagne : l’organisation des meetings, la mobilisation citoyenne sur le terrain, l’action des militants dans le porte à porte, les réunions publiques, la présence sur les marchés ou les opérations de tractage. Ainsi, comme dans la vie des entreprises ou des administrations, les outils numériques changent la façon dont un parti politique ou une campagne s’organise et se déploie sur le terrain. De ce point de vue, il n’y a plus vraiment de fossé entre une campagne sur Internet, et une campagne sur le terrain. Et dans ce domaine, nous avons été les plus innovants en créant la plateforme «NS Connect», sur laquelle plus de 20.000 soutiens de Nicolas Sarkozy sont venus se connecter pour organiser toute leur action militante (online et offline) pendant la campagne. Cet outil leur permet de tout organiser à partir de leur ordinateur ou de leur téléphone portable. C’est une véritable révolution qui rend les choses beaucoup plus simples. Et c’est notre mission de rendre l’engagement politique et citoyen plus facile, plus constructif et plus amusant grâce à Internet, car l’enjeu est toujours d’intéresser les Français à la politique. 
 
Franchement, la loi Hadopi, n’est-elle pas le plus grand échec de Nicolas Sarkozy en matière de numérique?
Je ne le pense pas, au contraire. Les chiffres prouvent que c’est une réussite, car plus de 93% des personnes qui reçoivent un courrier de l’HADOPI arrêtent de télécharger illégalement. C’est qu’Hadopi a réussi sa mission. Mais il faut sortir de la caricature sur le sujet : le principe de la protection des droits d’auteur fait consensus, et pour ma part je ne pourrai pas défendre Internet et l’économie numérique sans être pour la protection de la propriété intellectuelle, car il faut avoir conscience qu’Internet c’est aussi de la technologie, et que la technologie est valorisée et protégée par la propriété intellectuelle. Enfin, Hadopi n’est pas un organe de répression : c’est avant tout le vecteur d’une pédagogie d’Internet. Ils orientent les internautes vers les offres légales qu’ils aident à se développer et ils travaillent avec les acteurs du secteur des contenus à innover dans la distribution des contenus culturels : musique, cinéma etc... On pouvait être sceptiques il y a quelques années, mais le temps a prouvé que sur ce point Nicolas Sarkozy a eu totalement raison de persister dans sa démarche, même si elle n’a pas toujours été bien comprise ou acceptée.
 
Pensez-vous que le web en France est situé à gauche?
Pas du tout, et les chiffres  le prouvent. Prenez Facebook par exemple, où sont présents 55% des internautes Français, soit près de 27 millions d’entre eux. Nicolas Sarkozy y compte plus de 760 000 fans, c’est 6 fois plus que François Hollande. Il est donc le candidat de Facebook. C’est un exemple, mais il y a deux choses qui comptent à mon avis. Premièrement, qu’Internet n’appartient à personne : aucun camp et aucune idéologie. Deuxièmement, qu’en 5 ans Internet a beaucoup évolué, et si on pouvait penser en 2007 qu’Internet était le bastion d’une minorité politisée (qu’on appelait les “influenceurs” et dont on prenait dès lors compte de la coloration politique), en 2012 Internet est beaucoup plus démocratique car plus de Français y sont présents (plus de 85%), et grâce à l’explosion des réseaux sociaux chacun peut s’y exprimer. De ce point de vue, le Web est devenu plus démocratique et moins partisan. 
 
De l'avis de nombreux observateurs, la campagne, notamment sur Internet est très virulente, aussi bien venant de la gauche que de la droite. Quelle est votre analyse? Cela vous semble-il pertinent? Cela n'a-t-il pas décrédibilisé le fond, c'est à dire les idées et les projets?
Je ne pense pas qu’elle ait été virulente de notre côté, tout simplement parce que nous avions décidé d’une campagne positive qui s’adresse aux Français, et non d’une campagne de dénigrement qui s’adresse aux autres partis ou aux médias. Nous avions déjà énormément à faire à expliquer le projet, défendre le bilan, raconter la campagne, mobiliser sur le terrain avec nos outils, et porter le message de la “France forte”. Les attaques venaient d’en face. Maintenant il est certain qu’avec la confrontation directe de deux candidats, le contexte est plus propice à une opposition frontale puisque nous parlons de deux candidats et de deux projets très différents.
 
Bonjour. Pouvez-vous nous expliquer concrètement votre rôle au sein de la campagne de Nicolas Sarkozy?
Mon rôle est double : je dirige la campagne sur Internet, c’est à dire la communication et la mobilisation pour le candidat sur et par Internet, et je suis en charge du volet “numérique” du programme de Nicolas Sarkozy, c’est à dire du chapitre de son programme qui concerne Internet, et plus généralement l’innovation. Le point commun entre les deux fonctions est la nécessaire expression d’une vision pour Internet et l’innovation que permet cette révolution technologique.
 
Merci à tous pour cet échange et pour toutes ces questions. J’espère vous avoir intéressé par mes réponses, et peut être vous avoir convaincus! Nous vivons une époque passionnante et des jours historiques dans cette campagne, et au nom de mon équipe Internet et de l’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy, je vous souhaite une bonne journée et un bon week-end. Surtout, n’oubliez pas d’aller voter dimanche...
 

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Présentation du chat:

Jusqu'au 6 mai 2012, date du second tour de la prochaine présidentielle, la rédaction de «20 Minutes» en partenariat avec Yahoo! reçoit plusieurs personnalités politiques pour un chat avec les internautes et une interview vidéo.

Diplômé de l''École normale supérieure, d'HEC et de Sciences Po, Nicolas Princen a intégré l'équipe de Nicolas Sarkozy en 2007 en tant que rédacteur en chef du site Sarkozy.fr. Après la victoire du candidat UMP, il a rejoint son cabinet au titre de chargé de mission auprès du porte-parole David Martinon. Son ascension s’est ensuite poursuivie en 2011 avec sa nomination comme conseiller technique en charge des nouveaux médias et de l’économie numérique. En mai 2011, il met en place le Forum e-G8 où furent rassemblés à Paris les grands acteurs mondiaux de l'économie numérique.

Dans le cadre de l'élection présidentielle de 2012, Nicolas Princen est responsable de la campagne internet et de l'agenda numérique de Nicolas Sarkozy.

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