Débat Hollande-Sarkozy: «Un débat viril, plutôt de bonne qualité»

INTERVIEW C'est ce que pense le politologue Eddy Fougier, chercheur à l'IRIS...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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François Hollande et Nicolas Sarkozy, lors du débat de l'entre-deux tours, le 2 mai 2012.
François Hollande et Nicolas Sarkozy, lors du débat de l'entre-deux tours, le 2 mai 2012. — PATRICK KOVARIK / POOL / AFP

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Le débat télévisé entre François Hollande et Nicolas Sarkozy a rapidement tourné à la passe d’armes, dérivant sur des insultes. Que pensez-vous de ces moments?

Le débat a été viril, mais ça n’a pas été le match de boxe que certains prédisaient. Les deux candidats, qui ont le même âge, ont le cuir tanné. Il n’y a pas eu de coups en dessous de la ceinture, même s’il y a eu une allusion au Bristol pour Nicolas Sarkozy, et l’évocation de Dominique Strauss-Kahn pour François Hollande. Après, ce que les Français en ont pensé, c’est encore autre chose. Ils n’apprécient pas forcément que les candidats s’interrompent sans cesse au milieu d’explications techniques.

Les sujets économiques ont duré 1h30 sur 2h50 de débat. Comment expliquez-vous cette large part dans le débat?

Ce sont les sujets qui intéressent le plus les Français, avec le chômage et le pouvoir d’achat, même si la protection sociale, elle, a été évacuée du débat. La question de la dette et des déficits publics a fait l’objet de nombreuses comparaisons avec d’autres pays européens, et sur le fond, c’était très technique. Les chiffres différents du chômage, avancés par l’un et l’autre candidat, en témoignent. D’un côté, ceux du Pôle emploi pour François Hollande, ceux du Bureau international du travail (BIT) pour Nicolas Sarkozy. 

Maintenant, qu’est-ce qu’en ont pensé les Français? Ont-ils jugé ces débats trop techniques, voire technocratiques? Ont-ils pu saisir les visions d’ensemble des deux candidats? Les solutions à la crise de la dette et des finances publiques ont pu paraître opaques, d’autant qu’il n’est pas forcément facile d’énoncer clairement qu’on va couper dans les dépenses pour rétablir les comptes…

Comment avez-vous jugé la partie du débat sur l’immigration, sujet phare de la campagne du deuxième tour de Nicolas Sarkozy?

Pour ce sujet, qui était attendu, notamment par des électeurs de Marine Le Pen, on a découvert un François Hollande plus ferme que l’impression donnée par des discours de gauche. Il a néanmoins été pris au dépourvu à deux reprises par Nicolas Sarkozy: la première fois sur la question de la rétention des immigrés dans des centres, et l’autre sur son vote à une résolution, mais pas à la loi sur l’interdiction de la burqa. Après, est-ce que les discours des deux candidats ont été efficaces? Est-ce que Nicolas Sarkozy a séduit des indécis attirés par Marine Le Pen, sans pour autant effrayer des électeurs de François Bayrou? On le verra bientôt.

Quelle est votre impression générale du débat?

On a vu des hommes politiques et des personnalités fortes qui maîtrisaient leurs dossiers, parfois très, trop techniques. Les deux ont adopté une attitude présidentielle, tenu leur rôle, et on a pu découvrir par ailleurs une force de résistance chez François Hollande.

Quant aux chiffres concernant le nombre de téléspectateurs - qui sont moins bons qu’il y a cinq ans, lors du débat Nicolas Sarkozy/Ségolène Royal-, je resterais très prudent. Ces chiffres sont partiels, et ne tiennent pas compte des diffusions des chaînes de la TNT et de la radio.