Présidentielle: Débats de l'entre-deux-tours et petites phrases

TÉLÉVISION débat de l'entre-deux-tours, prévu ce mercredi soir, donne lieu depuis sa mise en place à des joutes verbales passées, pour certaines, à la postérité...

Mathieu Gruel avec agences

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Cinq débats d'entre-deux tours ont été organisés sous la Ve République, lors des élections présidentielles
Cinq débats d'entre-deux tours ont été organisés sous la Ve République, lors des élections présidentielles — Capture vidéos INA

Trouver la phrase choc. Celle qui déstabilisera son adversaire. Depuis l'instauration du débat de l'entre-deux-tours dans les campagnes présidentielles françaises - c'était en 1974 -, ce rendez-vous est devenu le point d'orgue de la course à l'Elysée. Un ultime face-à-face entre les deux qualifiés pour le second tour, qui sera suivi ce mercredi par des millions de téléspectateurs et auditeurs. L’occasion pour François Hollande et Nicolas Sarkozy de tenter de convaincre les derniers indécis et de déstabiliser son adversaire, lors de cette grand-messe cathodique. Retour sur les cinq précédents débats de la Ve République.

1974: «Le monopole du cœur»

Le contexte. C'est le premier du genre. Inspiré par les campagnes présidentielles américaines, il oppose, le 10 mai 1974, Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand devant 25 millions de téléspectateurs, sur 30,6 millions d'électeurs inscrits.

La phrase. C'est Valéry Giscard d'Estaing qui la signe, en réponse au candidat socialiste: «C'est, je dirais presque une question d'intelligence, c'est aussi une affaire de cœur», déclare le candidat de la gauche à propos de la répartition des richesses.

La réponse du candidat de la droite fuse. «Je trouve choquant et blessant de s'arroger le monopole du cœur. Vous n'avez pas, François Mitterrand, le monopole du cœur».

1981: «L'homme du passif»

Le contexte. Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand se retrouvent sept ans plus tard, pour une sorte de «revanche». A l'occasion de ce deuxième débat de l'entre-deux-tours, une sorte de cahier des charges voit le jour. Il est élaboré par Serge Moati et Robert Badinter et fixe plusieurs règles, notamment l'interdiction des «plans de coups». Désormais, seule la personne qui a la parole doit être filmée.

La phrase. Alors que Valéry Giscard d'Estaing revient sur le thème du «passé» de son adversaire, celui-ci réplique: «C'est quand même ennuyeux que, dans l'intervalle, vous soyez devenu l'homme du passif».

1988: «Monsieur le Premier ministre»

Le contexte. Le 28 avril 1988, François Mitterrand affronte son Premier ministre de cohabitation depuis deux ans, Jacques Chirac. Le débat connaît des moments d'extrême tension.

La phrase. Deux échanges peuvent être isolés lors de ce débat. Le premier intervient après une première sortie de Jacques Chirac. «Permettez-moi de vous dire que ce soir je ne suis pas le Premier ministre et vous n'êtes pas le président de la République, nous sommes deux candidats à égalité qui se soumettent au jugement des Français, vous me permettrez donc de vous appeler M. Mitterrand», dit le candidat RPR. Ce à quoi François Mitterrand rétorque «Vous avez tout à fait raison M. le Premier ministre».

Le deuxième intervient lorsqu'est abordé le cas du diplomate iranien Wahid Gordji à propos d'un litige entre Paris et Téhéran. «Pouvez-vous vraiment contester ma version des choses en me regardant dans les yeux?», lance alors Jacques Chirac. La réponse de François Mitterrand est cinglante: «Dans les yeux, je la conteste.» (Voir à 2'50).

1995: «Il vaut mieux cinq ans avec Jospin»

Le contexte. Le 2 mai 1995, le duel oppose le candidat RPR Jacques Chirac au socialiste Lionel Jospin. Pour la deuxième fois après celui de 1974, le Président sortant est absent de ce débat, qui se déroule en revanche sur un ton courtois.

La phrase. L'une des seules sorties notables fut à mettre au crédit de Lionel Jospin. A propos de la réforme du quinquennat, ce dernier a lâché: «Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Jacques Chirac. Ce serait bien long.»

2002: Le débat s’éclipse

Le contexte. C’est une année sans. En raison de la présence du Front national au second tour, Jacques Chirac a en effet refusé de débattre avec son représentant Jean-Marie Le Pen, qualifié pour le second tour au soir du 22 avril 2002.

2007: «Calmez-vous!»

Contexte. C'est la première fois qu'une femme participe à ce débat d'entre-deux-tours, qui oppose ainsi la candidate socialiste Ségolène Royal à celui de l'UMP Nicolas Sarkozy, le 2 mai 2007.

La phrase. Lors d'un débat tendu, le ton monte à plusieurs reprises notamment à propos de l'accueil des enfants à l'école. «Calmez-vous et ne me montrez pas du doigt avec cet index pointé», lance Nicolas Sarkozy. «Non, je ne me calmerai pas!», répond-elle. (Voir à 7'56).