Présidentielle: Le second tour se joue-t-il sur le débat de ce soir?

CAMPAGNE Cette tradition de la Ve République peut-elle faire basculer l'élection?...

Maud Pierron

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Montage photo des posters de campagne de Nicolas Sarkozy et François Hollande.
Montage photo des posters de campagne de Nicolas Sarkozy et François Hollande. — FRANCK FIFE / AFP

C’est l’heure du «choc» de cet entre-deux-tours. Choc des personnalités mais aussi des projets, espèrent les deux camps, qui avaient pourtant des conceptions différentes de ce moment. Nicolas Sarkozy en réclamait trois, au nom de la «transparence» et François Hollande n’en souhaitait qu’un, conformément à la «tradition». C’est même l’un des rites de la Ve République, attendu par une large majorité des Français, qui devraient être largement plus de 20 millions devant leurs télés ou derrière leurs radios mercredi soir.

Mais ce débat peut-il renverser la vapeur d’une élection annoncée comme gagnée par François Hollande? «Oui», affirme Valérie Pécresse, tout comme Alain Juppé pour qui il sera «crucial». Ce moment est «important» mais ne sera «pas décisif», assure de son côté François Hollande, dans la peau du favori. Pour lui, il s’agira d’asseoir sa crédibilité et sa cohérence tout en conservant son calme contre un Nicolas Sarkozy qui trépigne de «débusquer» et d’exposer au grand jour ses supposées faiblesses sur le fond.

Faire redescendre la pression autour du débat

En 2007, après un débat qui avait été jugé comme plutôt gagné par Nicolas Sarkozy, l’écart avec Ségolène Royal n’avait pas bougé et le rapport de force était resté de 53% pour le candidat de l’UMP et 47% pour la candidate du PS. Traditionnellement, les observateurs jugent qu’un seul débat a pu faire basculer l’élection, celui de 1974 entre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, tant l’écart final entre les deux hommes était faible (425.000 voix). Le premier l’avait largement emporté, piquant son adversaire avec cette réplique restée fameuse: «vous n’avez pas le monopole du cœur».

«Pour qu’un débat soit décisif, il faut qu’il y ait une domination claire de l’un sur l’autre, un écart faible dans les sondages et que l’opinion soit disponible. Or, l’écart entre les deux hommes reste important et l’opinion est moyennement disponible», explique Jérôme Sainte-Marie, de l’institut CSA. Il note que quatre Français sur cinq sont sûrs de leur choix du 6 mai et que la participation finalement relativement élevée pour le premier tour ne permet pas de mobiliser davantage chaque camp. «Si la participation avait été faible, il aurait été possible de convaincre l’électorat latent à devenir actif», explique le spécialiste de l’opinion.

Et contrairement à 2007, aucun des deux qualifiés pour le second tour n’apparaît comme un personnage nouveau. «Les deux sont connus, leurs projets sont connus», ajoute Jérôme Saint-Marie, selon qui l’issue du débat n’influera qu’à «la marge».  Surtout, ajoute-t-il, Nicolas Sarkozy partirait avec «un léger handicap» puisqu’à dire partout qu’il allait «atomiser» son adversaire, «un match nul apparaîtra comme une défaite». Ce qui explique peut-être pourquoi, dans le camp du président-candidat, on fait retomber la pression autour de ce débat «pas plus important que n’importe quel déplacement de Nicolas Sarkozy». «L’important, c’est que la mobilisation continue», pour faire mentir ces sondages présentés «faux».