Nicolas Sarkozy fait intervenir Tariq Ramadan dans sa confrontation avec François Hollande

PRÉSIDENTIELLE e président sortant a affirmé que l'intellectuel controversé avait appelé à voter pour le candidat socialiste. Les deux intéressés ont démenti...

Enora Ollivier

— 

L'islamologue Tariq Ramadan, en janvier 2012 à Nantes.
L'islamologue Tariq Ramadan, en janvier 2012 à Nantes. — S. SALOM-GOMIS/SIPA

Nicolas Sarkozy a trouvé un nouvel angle d’attaque pour contrer son adversaire socialiste: lui inventer des soutiens gênants.  Le président sortant a ainsi affirmé sur France Inter ce jeudi matin que l’intellectuel controversé Tariq Ramadan avait appelé à voter  pour François Hollande «ou un parti qui serve l'islam», le 11 mars 2012 à Lyon. Et, commentait le chef de l’Etat sur le plateau du JT de 20h de TF1 mercredi soir, «je n'ai pas entendu François Hollande dire que (ce soutien) le gênait».

Et pour cause. Ce soutien supposé est beaucoup moins ferme que Nicolas Sarkozy l’affirme – il apparaît même comme complètement fictif. Aucune trace de l’intervention de Tariq Ramadan à Lyon le 11 mars n’a été retrouvée mais lors d’une conférence, le 4 mars dernier à Nanterre, l’islamologue explique [à partir de 39 minutes]: «Au deuxième tour, je n’aurai pas un vote utile, je n’aurai qu’un vote sanction. Quel que soit celui qui est au pouvoir, eh bien, je dirai "je suis contre toi"». «Je ne vais pas voter pour Hollande, non, je vais voter contre Sarkozy. Mais si Hollande arrivait par la suite (au pouvoir), je serais contre lui de la même façon», poursuit-il.

L'extrait isolé:

 

«Jamais de ma vie, je n'ai appelé à voter Hollande»

François Hollande a démenti avoir reçu le soutien de Tariq Ramadan. «Amalgames, mensonges... Comment l'admettre?», a-t-il répliqué sur France Info. «Il n'a jamais cité mon nom, ce Tariq Ramadan, qui ne vote même pas en France [l’intellectuel est Suisse, ndlr], et je n'ai pas à me justifier quand un individu peut dire qu'il n'aime pas le pouvoir sortant», a-t-il encore déclaré.

Tariq Ramadan a lui-même nié soutenir le candidat socialiste, d’abord sur Twitter, avant de démentir à nouveau, auprès de l’AFP. «Jamais de ma vie, je n'ai appelé à voter François Hollande. Je ne suis pas Français [il est Suisse, ndlr], je n'ai pas donné de consigne de vote. J'ai dit qu'il ne devait pas y avoir de consigne de vote musulman, que cela ne voulait rien dire», a-t-il souligné. «J'ai simplement appelé les citoyens français, de confession musulmane ou autre, à voter en conscience et à faire le bilan de la politique de Nicolas Sarkozy, qui est très mauvais», a-t-il poursuivi.

Le faux «appel des 700 mosquées»

Décidément accusé par le camp Sarkozy de rassembler sur son nom le «vote communautaire», François Hollande a également dû démentir l'existence d'un «appel de 700 mosquées» à voter pour lui. Le chef de l’Etat a en effet affirmé mercredi soir sur TF1 puis jeudi matin sur France Inter que 700 imams appelaient à voter pour le candidat socialiste. Et ce malgré le démenti formel du Conseil français du culte musulman (CFCM), prononcé dès mercredi après-midi.

Nicolas Sarkozy s’est défossé sur l’hebdomadaire Marianne, à l’origine de l’information erronée. «Si l'appel est faux, alors que Marianne présente des excuses pour son mensonge!», a-t-il clamé, lors de son meeting du Rancy, ce midi.