Présidentielle: Les consignes de vote, un sport vieux comme la Ve République

POLITIQUE De Chirac appelant à voter François Mitterrand en 1981 à François Bayrou hésitant en 2007...

Matthieu Goar

— 

 Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy en janvier 1995
 Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy en janvier 1995 — REUTERS/STR

Finalement, la consigne de vote qui a le plus marqué l’histoire de la Ve République est longtemps restée secrète. En 1981, Jacques Chirac demande aux militants du RPR d’appeler le maximum de personnes et de leur demander de voter François Mitterrand pour battre Valéry Giscard d’Estaing, l’autre candidat de droite. «Vu l’écart final, cela a joué certainement un rôle dans la victoire de la gauche», rappelle Jean Garrigues, historien politique et auteur de Les hommes providentiels, une fascination française (Ed. Seuil).

Battre la droite

En 1981 et 1988, les candidats du PC, Georges Marchais et André Lajoinie, avaient appelé à voter pour François Mitterrand, abandonnant ainsi la ligne «bonnet blanc et blanc bonnet» qui avait longtemps été la ligne des PC du monde entier. «Sous la Ve République, les consignes de vote ont finalement toujours mieux fonctionné entre les partis de gauche qu’entre les partis de droite, dont les cultures sont différentes», poursuit Jean Garrigues. Cette année, Philippe Poutou, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon ont déjà appelé à voter François Hollande, surtout pour «battre Sarkozy». Souvent rappelée par Mélenchon, la tradition à gauche du «désistement républicain» remonte à 1877 lorsque 363 députés républicains de courants différents avaient fait alliance pour battre une possible majorité monarchiste. L’événement joue encore dans l’inconscient de la gauche même si la volonté d’exister dans une future majorité explique aussi en grande partie les consignes de vote.

Balladur hué en 1995

A droite, les choses sont plus compliquées. On se souvient des huées qui avaient accompagné Edouard Balladur lorsqu’il avait appelé à voter Jacques Chirac en 1995. Pourtant les deux hommes étaient du même parti. La campagne avait été rude mais ces huées n’ont jamais existé. «A droite, même si les anciens candidats donnent des consignes, les reports de voix ne sont jamais systématiques. L’UMP a gommé les différences entre les droites mais il ne faut pas oublier qu’il y a des distinctions très fortes et très anciennes», analyse l’historien qui cite René Rémond et sa théorie des trois droites - l’orléaniste, la légitimiste et la bonapartiste.

Et effectivement, entre l’UMP, le MoDem et l’extrême droite les différences de culture sont immenses. Encore cette année, François Bayrou, qui veut faire exister un centre indépendant contre les deux grands partis, et  Marine Le Pen, qui met les deux grands partis dans le même panier, sont les deux candidats qui font le plus attendre leur consigne de vote. Et rien n’indique qu’ils en donneront. En 2007, aucun de ces deux partis n’avait d’ailleurs donné de consigne de vote.