Nicolas Sarkozy, candidat contre le «système»

POLITIQUE Depuis le début de l'entre-deux tours, le candidat multiplie les postures «antisystème»...

Anne-Laëtitia Béraud
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Nicolas Sarkozy en meeting à Longjumeau, dans l'Essonne, le 24 avril 2012.
Nicolas Sarkozy en meeting à Longjumeau, dans l'Essonne, le 24 avril 2012. — M. Euler/AP

Depuis dimanche et le premier tour de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a renforcé une posture contre le «système», une attitude qu’il avait expliqué le 20 février à Marseille, déclarant qu’il «ne sera[it] pas le candidat d'une petite élite contre le peuple», dénonçant par ailleurs les «corps intermédiaires qui prétendent parler au nom des Français et qui, en réalité, confisquent leur parole», notamment les syndicats et les médias.

En meeting, lundi en Touraine ou mardi en Essonne, le président-candidat, beaucoup plus candidat que président, s’est lancé dans un procès du monde des médias et des sondeurs, ces «commentateurs, spécialistes et sondeurs», «des girouettes qui virent plus vite que le vent». «La campagne du premier tour, nous l’avons faite contre les pronostiqueurs, contre les observateurs et contre tous ceux qui auraient tellement aimé décider à votre place. (…) ils n’ont reculé devant rien, ils n’ont hésité devant aucun mauvais coup, devant aucune manipulation», a-t-il dénoncé.

«Ils n’ont reculé devant rien»

Outre les syndicalistes qui ont «privatisé le 1er mai», les dirigeants socialistes ont été visés: «ça fait si longtemps que les dirigeants du Parti socialiste préfèrent fréquenter les dîners en ville que les ouvriers! (…) Oh, ils ont le droit d’avoir des amis fortunés, surtout lorsqu’il s’agit, avec ces amis fortunés, d’acheter des journaux pour faire leur propagande! (…) Oh, ils peuvent se rencontrer dans des restaurants de luxe, ça, ça n’offusque personne! Tenez-vous bien, ils peuvent même inviter dans leurs réunions publiques des exilés fiscaux et cela ne choque personne!»

La critique s’est accompagnée de propos forts sur l’immigration. Dans la ligne de mire du président-candidat, le refus de vote des étrangers aux élections locales, la lutte contre la fraudes, l’examen de français obligatoire pour les candidats à l'immigration, les menus différenciés à la cantine, «l’horreur» des excisions ou encore les horaires différenciés entre les hommes et les femmes dans les piscines à Lille, dirigée par la socialiste Martine Aubry.

Logique populiste

Dans quel but le président-candidat adopte-il cette rhétorique? «Les propos de Nicolas Sarkozy, indépendamment de son statut et de sa position, clivants, souvent virulents, visent à mobiliser efficacement dans son camp et parmi les électeurs de Marine Le Pen. Il y a ceux du bon côté, et les adversaires du mauvais côté», analyse le politologue Paul Bacot, professeur de science politique à l'IEP de Lyon. 

Les électeurs de Marine Le Pen, qui a totalisé 17,9% au premier tour de l’élection présidentielle – un score historique-, représentent 6,4 millions de voix. «La notion de ‘vrai travail’, du vrai peuple, participe à cette logique populiste, des petits contre les gros, et  rencontre directement le discours lepéniste qui cible un système politico-médiatique», continue l’universitaire. «La réception de ce discours, qui vise à rassembler, varie selon les publics. Mais, outre l’outrance, l’une des limites est que certains vont se sentir agressés, victimes du discours de cet homme de pouvoir», conclut-il

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