Présidentielle: Ces médias qui ont brisé l'embargo

ÉLECTIONS etour sur les sites Internet ayant livré leurs estimations dimanche avant 20h. Si certains ont parlé trop tôt, «Libération» s'est finalement rétracté...

Claire Béziau

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Dépouillement des bulletins dimanche 22 avril à Paris.
Dépouillement des bulletins dimanche 22 avril à Paris. — Zacharie Scheurer/AP/SIPA

L’heure du crime a été fixée à 18h46. Pour la France, du moins, avec la diffusion prématurée d’une dépêche AFP annoncant à ses clients, des médias, les premières estimations du résultat de l’élection. Ce choix a été légitimé par des fuites chez nos comparses suisses et belges. «Plusieurs médias étrangers ayant diffusé des estimations basées sur les premiers dépouillements des bureaux de vote qui ont fermé à 18h00, l'AFP va mettre incessamment à la disposition de ses clients les informations sur les estimations qui sont en sa possession», a publié l'agence.

Après l'AFP, c'est le site Atlantico.fr qui a cafté

Sans oublier toutefois de se border, en refilant la patate chaude de la responsabilité à ses clients: «La diffusion de ces informations auprès du grand public est de la seule responsabilité des clients. L'AFP ne diffusera aucune information sur les estimations auprès du grand public via ses services Internet avant 20h.»

Le site atlantico.fr a été le second à cafter, citant l’AFP et les sites étrangers.

«Certains sites étrangers, suisses notamment, ayant commencé à publier les résultats de l'outre-mer et de nombreuses estimations des tendances de la journée en métropole circulant sur le Web ou les réseaux sociaux, Atlantico considère qu'il est illusoire de s'abriter derrière des frontières qui n'en sont plus dans l'univers numérique. Puisque l'égalité d'accès à l'information des citoyens est rompue de facto, et conformément à ce que nous annoncions hier, Atlantico a décidé de mettre en place un dispositif ad-hoc permettant d’informer -en message privé- les internautes faisant la démarche de connaître les premières estimations réelles du scrutin avant 20h00.»

Les médias suisses et belges ont, les premiers, fait leur coming out

La rédaction d’atlantico.fr s’est abritée quant à elle derrière la décision des internautes: «Nous vous rappelons que le mail que vous recevrez demeure une communication privée et que sa diffusion publique relève de votre entière responsabilité.»

Chronologiquement et comme ils l’avaient annoncé, ce sont les médias suisses et belges qui ont fait leur coming-out à la «RadioLondres». Les premières sorties ont commencé dans l’après-midi avec les estimations du vote en outre-mer.

Selon L’Expansion.com, c’est 20minutes.ch, un site Internet indépendant de 20minutes.fr, qui a lâché dès 14h04 les scores enregistrés en Guadeloupe.

A 16h54, un tweet de La Tribune de Genève renvoyant sur leur site 

lançait:

 

 

Les médias belges ont également bien profité des limites de la loi électorale française, comme le signale ce tweet :

 

 

Les responsables du compte Twitter du journal Le soir (de Bruxelles) se sont en effet "amusés" très tôt avec le hashtag (mot-clé) #premiersresultats, accommodé à toutes les sauces, dès 11h24 :

 

 

Les premières vraies estimations ont commencé à arriver à 15h35:

 

 

16h07 :

 

 

 puis 17h36 :

 

 

...juste avant de faire suivre un démenti de la source indiquée :

 

 

En parallèle, les internautes français pouvaient suivre un live sur le site du Soir.

La RTBF (Radio et télévision belge francophone) a également tweeté à 18h57:

 

 

La Nouvelle-Zélande n’est pas en reste, puisque ce pays héberge le blog de deux Français anonymes que nous avions déjà évoqués.

Ces deux «rapporteurs» ont également fait le plein sur leur compte Twitter @2012resultats, avec notamment ce tweet publié à 18h24, «retweeté» (repris) plus de 50 fois:

 

 Globalement, les médias français ont obéi.

La palme du retournement de veste, ou plutôt de manchette, est décernée à Libération, qui avait promis une publication des résultats dès 18h30. C'était avant la décision de la Commission des sondages d’augmenter l’amende à 375.000 euros pour les personnes morales. Nicolas Demorand, directeur de la rédaction du journal, s’en est expliqué dimanche soir sur le site:  «Le risque encouru est au minimum de 375.000 euros pour une entreprise de presse, sans parler d’autres conséquences économiques, réelles et sérieuses, qui fragiliseraient Libération. L’ensemble de ces sommes nous semble disproportionné par rapport à l’intérêt d’une information rendue publique à 20h.»

Globalement, les médias français ont donc obéi. La question est maintenant de savoir si cette "bonne conduite" subsistera le 6 mai. 

Le gouvernement vient de refuser la préconisation de la Commission nationale de contrôle de la campagne en vue de l’élection présidentielle (CNCCEP). Cette dernière avait fait savoir ce lundi dans un communiqué sa volonté de reporter l’horaire de fermeture de tous les bureaux de vote pour le second tour.