Débat d'entre-deux tours: «Quand Sarkozy dit que Hollande a peur, en réalité ils ont tous les deux peur»

INTERVIEW Hughes Nancy, spécialiste des débats de l'entre-deux tours, décrypte les enjeux de l’événement...

Propos recueillis par Alice Coffin
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Montage photo de Nicolas Sakozy et François Hollande.
Montage photo de Nicolas Sakozy et François Hollande. — LIONEL BONAVENTURE / AFP

Le camp de Nicolas Sarkozy réclame trois débats pendant l’entre deux-tours. Celui de François Hollande rétorque qu’il n’y en aura qu’un car c’est la «tradition républicain». 20 minutes a demandé à Hughes Nancy, auteur du documentaire Duels présidentiels (Editions INA) consacré aux coulisses médiatiques et politiques des débats depuis 1974, de resituer les enjeux de cet événement clé de la vie politique française.

Les débats présidentiels sont-ils vraiment une «tradition républicaine»?

Dans ce cas elle est récente, puisque le premier débat a eu lieu en 1974, entre François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing. Mais c’est vrai que c’est devenu une tradition. Plus que républicaine elle a surtout été créée par les Français eux-mêmes, c’est une tradition populaire que tous les citoyens attendent. Imaginez, 20 millions de personnes devant leur écran!

Mais c’est quand même surtout le lieu des «petites phrases» les débats, non?
Pas d’accord. On se souvient de certaines petites phrases parce qu’elles accompagnaient une démarche politique. Par exemple on ne se souvient d’aucune petite phrase de 2007, entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, car c’était le moins bon des débats. Il était tout en postures, en stratégies de communication, en tentatives justement de faire des petites phrases. Alors que le «Vous n’avez pas le monopole du cœur» de Giscard à Mitterrand en 74 ou le «Vous êtes l’homme du passif» de Mitterrand à Giscard en 81 sont restés car ce n’était pas que du cinéma, cela appuyait une démonstration.

Que pensez-vous de la requête de Nicolas Sarkozy d’organiser trois débats pendant l’entre-deux tours?
Je la trouve un peu ridicule.  L’important n’est pas le nombre de débats mais d’avoir des choses à dire. Sarkozy sait très bien qu’il n’y aura pas trois débats, il dit cela pour se mettre en position de challenger. Et quand il dit que François Hollande a peur, en réalité ils ont tous les deux peur. Tous les candidats ont peur de ce débat, il y a un tel enjeu!

Vraiment, cela peut jouer dans le résultat final?

On ne peut pas gagner une élection sur un débat car il montre surtout les faiblesses des responsables politiques. Mais on peut y perdre des plumes, cela a été le cas en 1974 pour Mitterrand.

En 2002, le débat d’entre-deux tours n’a pas eu lieu. Serait-ce encore possible aujourd’hui?
Donc ce ne serait plus possible de refuser le débat contre Le Pen. Jacques Chirac avait bénéficié d’un moment très spécifique, de l’effet de surprise du drame du 21 avril.

Pensez-vous que le débat Sarkozy-Hollande sera de qualité?

Oui, les Français en attendent beaucoup. Ils souhaitent surtout qu’on ne revive pas celui de 2007. Je pense qu’il y aura plus de hauteur, que tous les deux ont des conceptions très différentes du rôle du président de la République, ce sera du solide!