Sarkozy pris au piège de sa stratégie
POLITIQUE Le président sortant se retrouve dans la position du challenger...
Nicolas Sarkozy, devancé dimanche par son adversaire socialiste au premier tour de l'élection présidentielle, a été pris au piège d'une stratégie visant à séduire les voix d'extrême droite et sa réélection le 6 mai paraît plus que jamais compromise.
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François Hollande a en revanche gagné son pari, arriver en tête, et le score plus faible qu'attendu du candidat du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon lui donne les coudées plus franches. Avant même le verdict du second tour, l'ensemble du paysage politique français a commencé dimanche sa recomposition.
Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur basés sur le dépouillement de 90% des bulletins, le candidat socialiste devancerait le président sortant de 1,3 points et les cinq candidats de gauche cumuleraient environ 44% des suffrages. Les instituts Ipsos, Ifop et CSA donnaient dimanche soir la «tortue» Hollande largement vainqueur au second tour du «lièvre» Sarkozy avec 54% à 56% des suffrages.
Volonté de pousser Hollande à la faute
Les partisans du chef de l'Etat se raccrochent à l'idée d'une campagne de second tour réduite à un duel en forme de blitzkrieg et aux qualités de débatteur de leur champion pour «débusquer» les faiblesses de François Hollande. «A nous de le pousser très loin pour l'amener à cafouiller», confie le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, cheville ouvrière de la campagne de Nicolas Sarkozy.
Le chef de l'Etat a demandé dimanche trois débats télévisés sur les questions internationales, économiques et sociales, et de société entre les deux tours, au lieu d'un comme c'est la tradition. «Nul n'aura le droit de se dérober», a-t-il dit.» Le moment crucial est venu, celui de la confrontation des projets et du choix des personnalités.» Fin de non recevoir de Hollande: «Il y aura un débat qui prendra le temps nécessaire. C'est la tradition de la Ve république. Ce n'est pas parce qu'il va mal qu'il faudrait changer la règle.»
Nicolas Sarkozy, seul président sortant de la Ve République à ne pas sortir en tête du premier tour du scrutin présidentiel, a perdu un autre pari: «siphonner» les voix du Front national comme il avait réussi à le faire en 2007. La candidate du FN, Marine Le Pen, donnée à 18,4% des voix, fait deux points de mieux que son père, Jean-Marie, en 2002 et presque deux fois mieux que lui en 2007. «Elle fait une percée dans des catégories où le FN était peu présent - salariés du public et du privé, communes rurales et 35-49 ans», souligne Frédéric Dabi, de l'Ifop.
Sarkozy condamné au grand écart
Pour Stéphane Rozès, président de Conseils, analyses et perspectives (CAP), cela signe l'échec de la ligne Patrick Buisson, conseiller du chef de l'Etat venu de la droite de la droite, qui semble l'avoir emporté sur Henri Guaino, «plume» et conseiller spécial du président sortant. «C'est Henri Guaino qui avait raison», souligne Stéphane Rozès. «On ne récupère pas l'électorat du FN en allant sur ses terres, en reprenant ses thématiques.»
Une analyse partagée par l'ancien porte-parole de l'UMP Dominique Paillé, revenu dans le giron du Parti radical, pour qui «la seconde place de Nicolas Sarkozy et la percée de Marine Le Pen démontrent que la stratégie du président sortant de faire une campagne à droite toute n'était pas la bonne formule».
Résultat: le chef de l'Etat, qui veut rassembler entre les deux tours, devra faire le grand écart entre centre et droite. «Je pense que Nicolas Sarkozy va faire un entre-deux tours à droite mais du coup il perd le centre», estime Stéphane Rozès. Nicolas Sarkozy en a donné un avant-goût dimanche en affirmant comprendre les «angoisses» des Français: «Elles portent sur le respect de nos frontières, la lutte déterminée contre les délocalisations, la maîtrise de l'immigration, la valorisation du travail, la sécurité», a-t-il dit.
François Hollande devrait en revanche faire le plein des reports de voix de Jean-Luc Mélenchon et de l'écologiste Eva Joly, qui cumulent à eux deux 13% des voix. «Il est relativement libéré de la contrainte des autres forces de gauche», estime Stéphane Rozès. Selon une enquête de l'Ifop, il rallierait en outre un tiers de l'électorat du candidat du MoDem François Bayrou, qui est à moins de 10%, et près d'un tiers de celui de Marine Le Pen. Son entourage se montre cependant prudent – «On a toutes les conditions pour obtenir une victoire mais entre les conditions et la victoire il y a une campagne.»
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