Une campagne 2012 sans images fortes?

BILAN L'affrontement s'est surtout résumé à une bataille de meetings assez classiques...

Alexandre Sulzer

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Jean-Luc Mélenchon, lors de sa prise de parole  le 18 mars 2012 à Bastille.
Jean-Luc Mélenchon, lors de sa prise de parole  le 18 mars 2012 à Bastille. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Pas de Sarkozy en chemise de cow-boy sur un cheval, pas de Bayrou sur un tracteur, pas de Ségolène Royal qui réinvente la langue française sur la muraille de Chine. La campagne 2012 ne laissera pas de «cartes postales» fortes comme avait pu le faire celle de 2007. «Il y a eu incontestablement moins d’images faites sur mesure pour le 20h, analyse Sébastien Durand, spécialiste en «storytelling» ou «communication narrative». Les QG ont réalisé que le 20h ne suffisait pas à faire campagne.» Et la montée en puissance d’internet, et notamment des réseaux sociaux comme Twitter, rendent frileux les entourages des candidats. «Il y a toujours un risque de LOL, de détournement.»

D’où une préférence marquée pour les meetings-démonstrations de force. Aux images bien léchées car contrôlées par les équipes des candidats. «Les grosses mobilisations de ces réunions collent avec le retour de la thématique du “peuple” dans la campagne», perçoit Sébastien Durand. Autres avantages de ces meetings : leur diffusion, souvent intégrale, sur les chaînes d’info en continu, nouveaux acteurs incontournables, ainsi que sur les sites internet des candidats.

«Une campagne un peu terne»

Une prise de risque minimum qui rend « la campagne un peu terne», concède Sébastien Durand. «Trop de forme tue la forme», conclut Jacques Séguéla, vieux routier de la communication politique. Pourtant, «la campagne a été finalement assez romanesque : elle est née dans les stupres de Strauss-Kahn, a été marquée par la primaire socialiste et frappée par la tragédie de Toulouse et de Montauban, déjà oubliée.» Pour lui, l’absence d’images fortes constitue «un échec» pour les deux favoris. «La seule image qui restera de cette campagne, c’est le rassemblement de Mélenchon à la Bastille. » D’une façon générale, « jamais dans une campagne, on n’avait eu un tel tribun révolutionnaire, renversant de gouaille», précise-t-il en concédant :  «Il est plus facile de casser les codes quand on ne candidate pas pour être réellement à l’Elysée.»

Le poids de la crise

«L’image la plus forte de la campagne, c’est la forêt de drapeaux bleu-blanc-rouge que l’on voit à chaque meeting, symbole de l’unité nationale», avance pour sa part Franck Louvrier, le conseiller communication de Nicolas Sarkozy. Confirmant la primauté du meeting. «Il est clair que Nicolas Sarkozy est candidat et Président. Ce n’est pas la même chose que primo-candidat. » Même en campagne, le président de la République ne peut se permettre les transgressions d’images dont il s’était fait une spécialité. «Quatre années de crise sont passées par là, les Français demandent aujourd’hui des politiques de l’authenticité et du sérieux, les images “à l’américaine” seraient insupportables aujourd’hui», concède Franck Louvrier.

Même analyse du côté de François Hollande. Lorsqu’il arrive en Guadeloupe en janvier, alors que la France vient de perdre son triple A, le candidat socialiste, mine grave de rigueur, refuse de se faire filmer sous un palmier ni même sur un marché de produits locaux. Quitte à agacer les nombreuses caméras qui l’accompagnent. Il annule même une visite à une association carnavalesque, sous prétexte d’un agenda chargé. «Il y avait un souci d’être en phase avec ce que traverse le pays, qui n’a pas nécessairement envie qu’on se donne en spectacle. Je ne peux pas donner seulement l’impression de serrer des mains, d’embrasser», se justifie l’intéressé. Pas de dérapage de forme donc mais une campagne, conclut Sébastien Durand, qui «ne restera pas dans l’histoire en images».