Présidentielle. Pour son dernier meeting de campagne, Eva Joly fend l'armure

POLITIQUE La candidate a terminé sa campagne en beauté, offrant à ses militants un véritable moment d'émotion ce mercredi soir...

Maud Pierron
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Eva Joly, lors de son dernier meeting de campagne, le 18 avril 2012, à Paris.
Eva Joly, lors de son dernier meeting de campagne, le 18 avril 2012, à Paris. — BERTRAND GUAY / AFP

De notre envoyée spéciale,

Il fallait voir Eva Joly, ce mercredi soir au Cirque d’hiver à Paris, les larmes aux yeux, entourée de son équipe de campagne, de Daniel Cohn-Bendit et Cécile Duflot, danser sur le podium à la fin de son meeting pour comprendre combien la campagne a dû être éprouvante pour elle. Cette fois, les écologistes sont vraiment rassemblés et fiers de leur candidate. Les 2.000 militants sont débout et applaudissent à tout rompre, scandant «Eva, Eva» même après que la musique se soit tue.

Il fallait «finir dignement», avait prévenu Jean-Vincent Placé avant le meeting. Et l’événement s’est montré à la mesure de ses attentes. Si les chausse-trappes ont été nombreuses pendant la campagne, même de la part de ses amis, Eva Joly a reçu en échange beaucoup de chaleur des militants. Dès le début de soirée, le public conquis du Cirque d’hiver l’a ovationnée. «Les écologistes, je vous demande de vous lever dans cette élection et d’aller chercher les voix», lance en chauffeur de salle survolté, son ex-porte-parole Yannick Jadot, qui fait entrer la candidate et son équipe pour une première acclamation.

«La surprise du 22 avril, ça peut être Eva»

Cohn-Bendit, l’un de ces «tontons flingueurs», la soutient enfin pleinement. «Je ne vous demande pas où vous étiez hier, je vous demande simplement d’aller voter avec beaucoup de gens pour Eva Joly dimanche», lance-t-il. «Il est évident ce soir que Sarkozy a perdu cette élection», ajoute-t-il très applaudi. Il faut voter Joly pour peser dans «la nouvelle majorité», argue-t-il, parlant de «la campagne d’après». «Nous devons avoir l’intelligence de jouer non sur les rapports de force mais de jouer l’intelligence et la force de conviction», insiste-t-il, taclant en creux Mélenchon, et réclamant – déjà !- un référendum sur le nucléaire. «Voter pour Eva, c’est faire un pari sur un autre avenir, un autre monde, une autre République.»

Cécile Duflot, la chef de parti, prend la parole. Elle rappelle les glorieux souvenirs de la campagne de 2002 de Noël Mamère qui s’était achevée au Cirque d’hiver comme celle des régionales de 2008. «Rien n’est plié», conjure la patronne d’EELV, vantant sa «candidate différente» qui «dérange». Oui, le vote EELV, «c’est le vote secondaire, celui de la réflexion», assume-t-elle, mais «un vote qui va contribuer à changer les choses». C’est «un vote qui récompense la constance, le courage, la dignité et la loyauté», vante-t-elle, campant sa candidate comme la seule osant attaquer Sarkozy sur les affaires. «La surprise le 22 avril, ça peut être Eva Joly. Bougez-vous, faites changer les choses. Pour que le 6 mai, ce soit un vrai changement, un vote de cœur et de raison.»

Eva Joly, les larmes aux yeux

Evidemment, la salle chavire de bonheur. Cécile Duflot fait remonter Eva Joly et Cohn-Bendit sur l’estrade verte pour une nouvelle salve d’applaudissements. Le trio se rend dans une salle attenante pour parler aux militants qui n’ont pu rentrer dans l’hémicycle. «Rien n’est joué», répète Cécile Duflot. Et Eva Joly se paie, en savourant, une deuxième entrée de star dans la salle. «La bataille fut rude pour nos idées. La campagne fut rude pour ma personne», commence-t-elle. «On t’aime!» lance un sympathisant, entraînant une salve d’applaudissements, faisant monter les larmes aux yeux de l’écologiste. «Je ne suis pas une oratrice, je m’en excuse. Si je m’adresse davantage au cortex qu’aux tripes, c’est que le monde est complexe. Je ne suis pas la candidate du baratin et du blabla mais la candidate de l’écologie, du possible et du nécessaire», développe-t-elle. «Merci!» crie encore la foule.

Elle aussi, pense déjà à l’après. François Hollande «veut-il rester dans l’histoire comme le syndic de la faillite de l’espoir de la gauche ou comme celui qui aura réussi à ouvrir une voie nouvelle basée sur l’écologie ?» demande-t-elle. Au tour du désormais habituel réquisitoire contre Nicolas Sarkozy: «Au final, le sarkozysme n’aura été qu’un abus de pouvoir basé sur un abus de faiblesse». Et enfin, elle savoure ses dernières phrases, appelant à voter pour elle, appelant les indécis à la choisir: «Votez pour la planète, votez pour l’écologie, votez pour Eva Joly», lance-t-elle. Encore une fois, les 2.000 militants en fusion acclament à tout rompre leur candidate qu’ils auront mis du temps, parfois, à aimer, et qui a ce soir fendu l’armure devant des cadres au visage radieux, enfin au diapason. Dommage que ce soit à quatre jours du premier tour, deux mois après le très froid meeting de Roubaix, qui devait lancer sa campagne.

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