Fabien Engelmann: « Marine Le Pen fera plus de 20%»

PRESIDENTIELLE 2012 Marine Le Pen tenait son dernier grand meeting au Zénith. Nous l'avons suivi à travers les yeux de Fabien Engelmann, ancien syndicaliste de la CGT qui a rejoint le FN récemment...

Alexandre Devecchio

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Marine Le Pen au Zenith de Paris le 18 avril 2012.
Marine Le Pen au Zenith de Paris le 18 avril 2012. — Alfred/SIPA

«On est des pauvres nous. On n'a pas les moyens d'affréter des TGV!» A défaut de train, Fabien Engelmann et ses troupes sont venus en car. Partis le matin de Metz, ils ont fait près de 300 kilomètres pour applaudir Marine Le Pen au Zénith de Paris. «Nous sommes environ une centaine. Certains ont pris une journée de congé pour se libérer. C'est un acte militant fort» se réjouit le jeune leader frontiste qui défendra les couleurs de son parti dans la circonscription de Thionville-ouest (Moselle) lors des législatives de juin prochain. Ancien syndicaliste de la CGT, Fabien Engelmann, 32 ans, a milité à Lutte ouvrière et au NPA avant de rejoindre le Front National pour soutenir Marine Le Pen lors du congrès de Tours en 2011.

A son arrivée,  Fabien Engelmann refuse le pin's clignotant que les militants lui tendent à l'entrée, « je n'aime pas ça. C'est kitsch». Jean noir, chemise grise et cravate assortie, le jeune homme tient à rester «smart». La grande salle du Zénith se remplit progressivement. Gilbert Collard se charge de chauffer la foule pour le plus grand bonheur de Fabien Engelmann. «C'est mon avocat. Il m'a défendu gracieusement lorsque j'ai été viré de la CGT. Je l'aime bien. Il emmerde le système. Il n'est pas politiquement correct!»

Mélenchon, un social traître

La lumière s'éteint. Marine Le Pen fait son entrer en scène dans une ambiance de stade de foot. La candidate du FN commence par renvoyer dos à dos ses adversaires. Nicolas Sarkozy et François Hollande sont sifflés, mais c'est Jean-Luc Mélenchon qui est le plus copieusement hué. L'ancien syndicaliste considère le candidat du Front de Gauche comme « un social traître. Ce personnage est odieux. Il passe son temps à nous rabaisser! »

Mélenchon et Le Pen ont pourtant un adversaire en commun: l'Europe libérale de Bruxelles. La candidate du FN fustige la proposition lancée par la Commission européenne de « SMIC différentiel par branche: une bombe à fragmentation anti-sociale, l'anéantissement du droit du travail». Fabien Engelmann qui a voté «non» au référendum sur le traité constitutionnel européen regrette que Nicolas Sarkozy n'ait pas respecté la volonté des Français. L'ancien syndicaliste, dont la région a été durement touchée par la quasi-disparition de la sidérurgie, voit le Front National comme un rempart contre la mondialisation. Pour lui, Marine Le Pen est la candidate de la re-industrialisation.

Les étrangers nous cassent le boulot

Dernière cible traditionnelle de Marine Le Pen: l'immigration. «Les étrangers qui viennent travailler pour 500 euros, justifie Fabien Engelmann, ils nous cassent le boulot. Les patrons se servent de l'immigration qui est une main d'oeuvre plus malléable ». Enfin, la présidente du FN agite le spectre de Mohamed Merah. Le meeting vire à l'exhutoire. La salle scande, «On est chez nous, on est chez nous!» L'ancien syndicaliste ne s'en formalise pas. «C'est un show. Il faut exciter les foules.»

Le discours de Marine Le Pen est ponctué par une «Marseillaise».C'est la fin. Fabien Engelmann a faim, mais le car l'attend. «Demain matin, tractage. On prendra un sandwich sur l'autoroute. Pas un sandwich halal de préférence...»  Le jeune homme prend tout de même le temps de griller une cigarette avec des militants pour échanger ses impressions. Ils ne résistent pas à la tentation de faire des paris pour dimanche. Presque tous voient Marine Le Pen figurer au second tour: certains contre Nicolas Sarkozy, d'autres contre François Hollande. « Elle va dépasser les 20%. Je crois qu'on va bien rigoler dimanche...» Un sondage CSA pour 20Minutes vient conforter leurs espoirs. Nicolas Sarkozy chute à 24% tandis que Marine Le Pen remonte à 17.