Que François Bayrou compte-t-il faire dans l’entre-deux-tours?

DECRYPTAGE La réflexion du candidat mûrit mais sa décision ne semble pas encore prise...

Alexandre Sulzer

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François Bayrou à Granville (Manche), le 10 avril 2012.
François Bayrou à Granville (Manche), le 10 avril 2012. — CHAMUSSY/SIPA

C’est le secret le mieux gardé de la campagne. Que François Bayrou compte-t-il faire dans l’entre-deux-tours? Longtemps, la question a été taboue au MoDem. Personne n’osait évoquer la possibilité que le candidat centriste ne puisse être présent au second tour. Dans les déclarations officielles, c’est d’ailleurs toujours la ligne du parti. Mais en privé, même François Bayrou évoque désormais le duel Sarkozy-Hollande. Il en est persuadé, le Président sortant est «foutu». «C’est fini. Il ne sait plus comment il s’appelle, où il habite.» A moins qu’il s’appuie sur lui pour gagner. Pour Matignon, «Sarkozy n’a le choix qu’entre Juppé et moi», dit-il à ses proches. Reste à savoir si un rapprochement entre le MoDem et l’UMP est envisageable et même souhaitable pour le centre.

Votes anti-Sarkozy au MoDem

La question est suffisamment prégnante pour obliger les plus anti-sarkozystes de ses proches de faire une mise au point. Ainsi, Jean-Luc Bennahmias a déclaré mardi sur France Bleu Périgord: «en tous les cas, je ne vote pas pour Nicolas Sarkozy» au second tour. Tout en maintenant cette prise de position, le vice-président du MoDem a précisé que celle-ci ne reflétait «pas forcément» celle de François Bayrou avec qui il a déjeuné mardi pour s’en expliquer. «Je n’appellerai pas non plus à voter Nicolas Sarkozy quels que soient les résultats de dimanche soir», assure le député Daniel Garrigue, l’une des pièces rapportées gaullistes dans le giron MoDem. «Dans le cas contraire, je ne suivrai pas François Bayrou», met en garde celui qui espère une discussion stratégique avec l’ensemble des proches dès lundi matin.

Pas de décision définitive dimanche soir

Il semble d’ores et déjà acquis que le candidat MoDem ne tranchera pas la question dimanche soir. «Il y a deux semaines dans l’entre-deux-tours, je ne vois pas pourquoi il se précipiterait», confie un proche qui anticipe déjà la séquence à venir: la première semaine consacrée à la «construction» d’un choix et la seconde à «l’explication». «Trois hypothèses s’offrent à François Bayrou, décrypte un autre membre de l’équipe. Soit il appelle à voter pour l’un des deux candidats, soit il reste sur sa ligne non-partisane, soit il met des propositions sur la table et attend de voir qui s’en rapprochera le plus.»

La question n’est pas encore tranchée

Programmatiquement, François Bayrou se sent plus proche de Nicolas Sarkozy, notamment sur la priorité donnée à la réduction des déficits. Humainement, il se sent plus proche de François Hollande. Jusqu’en septembre dernier, le candidat MoDem s’estimait même «compatible» avec le socialiste. Mais la proposition de créer 60.000 postes d’enseignants le décrédibilise aux yeux du centriste qui, dès lors, le perçoit comme le candidat des promesses irréalisables. «Tant mieux si je me retrouve ni dans Sarkozy ni dans Hollande, ça m’évite de tenir un rôle», ironise-t-il.

Maintenir le canal ouvert à gauche

Mais ses deux axes de campagne – assainissement des comptes publics et moralisation de la vie publique – sont autant de canaux possibles de communication avec l’un ou l’autre camp. Pour le lieutenant bayrouiste Bernard Lehideux, la porte n’est pas fermée à gauche. «François Hollande n’a pas encore choisi à qui il tendra la main, analyse-t-il. Les électeurs de Mélenchon voteront de toute façon pour lui, par anti-sarkozysme. Mélenchon n’a donc pas de moyen de pression. Son flingue est vide. Et quand un flingue est vide, mieux vaut ne pas le sortir, surtout quand celui qui est en face sait qu’il est vide.»

L’hypothèse de chef d’opposition à Hollande

Et, à défaut d’accord gouvernemental, «nous pouvons faire avancer nos idées dans une opposition constructrice», avance-t-on dans l’entourage de François Bayrou. Lequel en est persuadé: en cas de défaite de Nicolas Sarkozy, «l’UMP explose et le centre se recompose». Dans ce scénario, François Bayrou pense avoir une carte à jouer pour prendre la tête de l’opposition. «Si celui qui a fait perdre l’élection s’imagine pouvoir être le chef, c’est illusoire», persifle un proche d’Alain Juppé qui a récemment appelé publiquement à sa nomination à Matignon. «Si Nicolas Sarkozy gagne, c’est plus compliqué», reconnaît François Bayrou. Mais c’est une option qu’il n’envisage pas. Sans son soutien.