Présidentielle: pas de répit pour les colleurs d'affiches

REPORTAGE Tous les soirs, les militants des partis politiques se livrent une guerre de territoire dans les grands villes pour afficher leurs couleurs...

Jean-Charles Barès

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Tous les soirs, Claude sillonne le 15e arrondissement de Paris à la recherche d'un "spot" pour coller des affiches.
Tous les soirs, Claude sillonne le 15e arrondissement de Paris à la recherche d'un "spot" pour coller des affiches. — J.-C. B.

Un petit coup de brosse furtif, le bus repart, une affichette collée au train. «Celle-là, c’était un pari avec des potes!» Tout sourire, Claude retourne à sa camionnette. Dernière semaine avant le premier tour, c’est «le rush». Alors chaque soir, ce militant du Front de gauche sillonne les rues du 15e arrondissement à Paris, armé d’une brosse et d’un sceau rempli à ras bord de colle de tapisserie.

«On recherche avant tout la visibilité, on colle là ou il y a beaucoup de passage», explique Claude. Une parcelle de mur, une barrière de chantier, une vitrine, tout est bon pour afficher ses couleurs. Les commerces fermés ou en travaux sont des «spots» très convoités, car ils offrent une surface large à la vue de tous. Selon l’humeur, un abribus ou une cabine téléphonique, «de temps en temps», histoire de «varier les plaisirs.»

«Quand je vois une affiche du PS, je suis comme Obélix qui croise un romain dans la forêt»

Au programme de Claude ce mardi soir, la ligne 8 du métro parisien. Avec l’aide d’Alain, retraité, ce musicien de profession accroche des banderoles sur les barrières qui surplombent les bouches de métro, afin d’attirer l’attention lors de la descente des marches. «C’est une technique que j’ai moi-même inventé, clame-t-il fièrement, j’ai même fait un PDF au parti pour les convaincre.»

Rue de la Convention, on approche du QG de Nicolas Sarkozy. Mais, dans la petite guerre de territoire que se livrent les militants, les sièges de campagne restent des zones neutres. «A titre personnel, je n’aimerais pas qu’ils aillent coller devant notre siège, alors je ne le fais pas, concède Claude. C’est comme les panneaux officiels, ce sont des espaces de démocratie, ça, ça se respecte!»

Les rencontres inopinées sont fréquentes

Pour le reste, c’est plutôt chacun pour soi, et pas de quartier pour les autres. «Quand je vois une affiche du PS, je suis comme Obélix qui croise un romain dans la forêt, sourit Claude. Après, ca dépend beaucoup de la campagne. Par exemple, si Eva Joly lâche une saleté sur Mélenchon, le soir, on ne se fait pas prier.» Les affiches «déchirées», «massacrées», ou simplement recouvertes font partie du quotidien des colleurs. «Des fois, on repasse 30 minutes après, et nos couleurs ne sont déjà plus là!»

Et pour cause, les militants parcourent les mêmes quartiers, les rencontres inopinées sont donc fréquentes. De l’autre côté de la rue, Claude repère un utilitaire d’une autre équipe. Impossible de distinguer ses couleurs, alors on s’observe à distance respectueuse. Pas de confrontation directe, mais on repasse un quart d’heure plus tard, pour vérifier que rien n’a été arraché.

«En général, ca se passe bien avec les autres militants, mais ca peut arriver de tomber sur quelqu’un d’agressif», explique Christophe, 26 ans, colleur FN. A Marseille, des bagarres ont éclaté le 4 avril entre militants écologistes et socialistes. Alors, au FN, les collages se font le plus souvent entre minuit et six heures du matin, «pour éviter les problèmes et les arrachages.» Colleur d’affiche, un métier discret, mais loin d’être de tout repos. Claude préfère en sourire: «Au lieu de claquer de l’argent dans du fitness, devenez colleur!»  

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