François Fillon: «Nicolas Sarkozy a prouvé qu'il savait faire face aux crises»

INTERVIEW Le Premier ministre a reçu «20 Minutes» dans son bureau à Matignon à moins d’une semaine du premier tour...

Recueilli par Anne-Laetitia Béraud, Acacio Pereira et Alexandre Sulzer

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Le 16 avril 2012. Francois Fillon, premier ministre, en interview avec 20 Minutes a l'hotel Matignon.
Le 16 avril 2012. Francois Fillon, premier ministre, en interview avec 20 Minutes a l'hotel Matignon. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Pensez-vous que l’on s’ennuie dans cette campagne ?

Nous arrivons au moment du vote! Les candidats ont mis leurs arguments sur la table. Maintenant la lumière est complète : sur les projets et aussi sur le bilan du Président, dont chacun peut voir qu’il n’a rien à voir avec les caricatures que nous a servies l’opposition pendant des mois. Pour sauver notre modèle social, menacé par la crise et surtout la concurrence des pays émergents, nous avons besoin d’un Président qui décide, pas d’un candidat qui cache la vérité aux Français en leur faisant croire que tout va s’arranger comme par magie. Nicolas Sarkozy a prouvé qu’il savait faire face aux crises, qu’il savait réformer la France et protéger les Français.  

Ne dramatisez-vous pas trop cette crise?

Comme on avait l’habitude de financer notre train de vie sur la croissance et que cette croissance n’a pas été au rendez-vous depuis vingt ans, on a financé notre train de vie sur la dette. Maintenant il faut réagir. Et quand j’ai dit que si la gauche est élue, la spéculation va reprendre contre la monnaie européenne, ce n’est pas parce que c’est la gauche, ce n’est pas parce que c’est François Hollande, c’est parce qu’ils ont un programme dans lequel ils affichent leur volonté de ne pas respecter les engagements européens que nous avons pris en matière de réduction des déficits.

N’êtes-vous pas déçu de ne pas avoir été écouté plus tôt sur la crise?

L’Allemagne a réagi dix ans avant la France. J’ai eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises. Il a fallu du temps pour convaincre le pays que tout cela ne pouvait pas continuer comme cela.

Il fallait aussi convaincre le Président…

Le Président, c’est sa force, a cherché en permanence à entraîner l’opinion publique, en mesurant ce qu’elle était capable d’accepter. Dans un pays où personne ne parlait de la dette, il a fallu un temps de maturation de l’opinion. Je ne regrette rien, car jusqu’à maintenant on a réussi tous les rendez-vous par rapport à cette crise, sans blocage dans la société française.

Voyez-vous François Bayrou prendre votre place à Matignon?

Le choix d’un Premier ministre est la prérogative du Président de la République et il se fait en fonction des circonstances politiques que créera l’élection. Sur le fond, les préoccupations de François Bayrou sont moins éloignées des nôtres que de celles de Mélenchon!

Vous aviez théorisé la disparition du poste de Premier ministre. Après 5 ans à Matignon, votre regard a-t-il évolué sur cette fonction?

J’avais théorisé le passage au régime présidentiel. Nous n’avons pas fait ce choix quand nous avons fait la réforme constitutionnelle. Nous sommes restés sur un régime mixte semi-présidentiel semi-parlementaire. Ce n’est pas un régime facile à faire fonctionner. Avec Nicolas Sarkozy, nous avons trouvé nos marques et un mode de fonctionnement harmonieux entre l’Elysée et Matignon.  On a construit une relation de confiance. Je suis fier d’avoir été son Premier ministre pendant cinq ans et aujourd’hui, je suis pleinement engagé dans la campagne pour sa réélection parce qu’il est le meilleur candidat, celui qui a l’étoffe d’un chef d’Etat.

Vous n’êtes pas d’accord notamment sur l’introduction d’une dose de proportionnelle aux législatives…

Je suis très réservé sur ce sujet parce que je pense que la France a besoin d’une majorité pour la diriger. Si on instaure une dose de proportionnelle, même faible, on prend le risque que le président de la République n’ait pas de majorité.

Si Nicolas Sarkozy est réélu, ne souhaiteriez-vous pas rester à Matignon?

Je pense qu’il est utile pour la fonction comme pour moi qu’il y ait un renouvellement, des gens nouveaux. Après 5 ans à Matignon, j’ai besoin de prendre un peu de recul, de réfléchir.

Prendrez-vous des vacances après la présidentielle?

Ca, ça va être difficile. Le jour où je quitte Matignon, j’enclenche la campagne des législatives à Paris. Pour les vacances, ce sera plus tard…

Comment régler le cas Dati ?

No comment.

Paris semble vous passionner. En être le maire vous intéresse-t-il?

Ce n’est pas le moment de se poser la question. Je suis tout entier dans la campagne présidentielle, puis il y aura la campagne législative. Mais Paris est un défi à relever pour ma famille politique. C’est un grand défi collectif.