Affaire Cassez: Hollande crée la polémique en envoyant un de ses conseillers au Mexique

POLITIQUE Nicolas Sarkozy et l'avocat de Florence Cassez ont dénoncé une instrumentalisation du dossier à des fins électoralistes...

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François Hollande accompagné de Michel Vauzelle, à sa droite, le 1er octobre 2011 sur un marché à Arles.
François Hollande accompagné de Michel Vauzelle, à sa droite, le 1er octobre 2011 sur un marché à Arles. — VILLALONGA KARINE/SIPA

Un ancien ministre socialiste, Michel Vauzelle, se rend samedi au Mexique, comme émissaire du candidat socialiste à la présidence française François Hollande, notamment pour «réparer le climat» créé par l'affaire Florence Cassez, une initiative qu'a vivement condamnée l'entourage de la prisonnière française. «Il ne s'agit en aucun cas de s'immiscer dans cette affaire», a indiqué à l'AFP Pierre Moscovici, directeur de campagne de François Hollande. Il a indiqué que Michel Vauzelle se rend au Mexique samedi pour préparer le sommet du G20 organisé dans ce pays les 18 et 19 juin dans l'hypothèse où le candidat du PS serait élu le 6 mai, mais aussi pour «réparer le climat» créé entre les deux pays par l'affaire Florence Cassez.

Nicolas Sarkozy dénonce un manque «d’humanité», Juppé «scandalisé»

Nicolas Sarkozy a réagi en déclarant que Florence Cassez «mérite mieux que d'être utilisée d'une façon aussi basse». «J'espère que l'initiative des socialistes ne portera pas préjudice à Florence, que j'ai au téléphone très régulièrement et qui mérite mieux que d'être utilisée d'une façon aussi basse», a déclaré le président-candidat de l'UMP, qui dénonce un manque «d’humanité» de la part du PS.

Quant à Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, il s'est dit «scandalisé» par le voyage de Michel  Vauzelle au Mexique et dénonce «une instrumentalisation politique et électorale» de la situation de Florence Cassez.

Une «initiative totalement électoraliste» pour l’avocat de Florence Cassez

Furieux de cette démarche, l'avocat de la Française, condamnée à soixante ans de prison au Mexique pour des enlèvements, a dénoncé une «initiative totalement électoraliste». «Hollande est en train de mettre au premier plan Florence Cassez dans la campagne» présidentielle française, «dans le dos de Florence Cassez, de ses parents, de sa défense», a-t-il estimé. «Pourquoi maintenant, quelle est l'urgence?», s'est interrogé Me Berton, qui a accusé le candidat socialiste de «sacrifier Florence Cassez en envoyant un émissaire dans une affaire qu'il ne connaît pas». «Qu'on ne se serve pas de ma cliente à une semaine du premier tour de la présidentielle», a ajouté Frank Berton, soulignant qu'un député socialiste, Arnaud Montebourg, doit rencontrer mardi les familles de deux otages français enlevé au Niger en janvier 2011, dossier dans lequel Me Berton intervient également. «Je ne suis ni pro Sarkozy ni pro Hollande, je suis un avocat indépendant», a poursuivi Me Berton, qui a toutefois souligné que le chef de l'Etat a soutenu pendant cinq ans la jeune femme. «Et dans l'affaire du Carlton, ils envoient qui?», a-t-il ironisé en référence à l'affaire dans la quelle est impliqué l'ancien responsable du FMI Dominique Strauss-Kahn.

Pierre Moscovici, ancien ministre des Affaires européennes, a mis en cause «un traitement trop spectaculaire» du cas de Florence Cassez par Nicolas Sarkozy et son gouvernement qui a, selon lui, «empoisonné les relations» franco-mexicaines. Il a précisé que le déplacement de Michel Vauzelle avait été décidé il y a quelques semaines lors d'un déjeuner avec l'ambassadeur du Mexique à Paris. «Jamais François Hollande n'a souhaité qu'on s'immisce dans cette affaire», a insisté Pierre Moscovici, soulignant au contraire la volonté du candidat à la présidence française d'instaurer avec le Mexique des relations fondées sur «le respect».

La mère de Florence Cassez est «très en colère»

Bernard Cassez, père de la prisonnière française, s'est déclaré «surpris» de cette démarche et a estimé lui aussi que sa fille ne devait pas faire «l'objet d'une campagne électorale». «Je suis en colère», a déclaré la mère de Florence, Charlotte Cassez, pour qui, «le 21 mars, il y a eu une décision au Mexique extrêmement importante, qui a ouvert une brèche. La France n'a pas à s'en mêler.»

Arrêtée en novembre 2005, accusée d'enlèvements, délinquance organisée et port d'armes prohibé, la Française de 37 ans a été condamnée par la justice mexicaine à 60 ans de prison. Le président sortant Nicolas Sarkozy s'est fortement impliqué pour obtenir sa libération. La première chambre de la Cour suprême du Mexique a rejeté le 21 mars une proposition de libération immédiate de Florence Cassez, mais elle a nommé un nouveau rapporteur sur ce dossier.