Mélenchon et son équipe en guerre contre les médias

POLITIQUE Le candidat du Front de gauche et son entourage ont multiplié les déclarations fracassantes ce jeudi contre plusieurs journaux...

Maud Pierron

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Jean-Luc Mélenchon aux Lilas, le 27 mars 2012.
Jean-Luc Mélenchon aux Lilas, le 27 mars 2012. — CHAMUSSY/SIPA

Avant son grand oral dans «Des paroles et des actes», Jean-Luc Mélenchon s’est échauffé ce jeudi. En faisant ce qu’il sait faire comme personne dans cette campagne: taper sur les médias. En cause? Le Nouvel Observateur, qui en une le qualifie de «Grand perturbateur» et publie une tribune de Michel Onfray intitulée «Pourquoi je ne voterai pas Mélenchon». «Je suis choqué et révulsé par la charge du Nouvel Observateur contre ma candidature. Persiflages et calomnies remplacent l’analyse et l’information», a dégainé l’ex socialiste sur son blog. «Il s’agit d’un grossier rabattage en faveur de François Hollande».

Toute la matinée, son équipe s’est relayée pour abreuver les médias de communiqués rageurs. «Quand le Nouvel Observateur devient le Nouvel Insulteur», attaque par exemple Alexis Corbière, conseiller de Mélenchon notant que lors d’un dossier consacré à Marine Le Pen, «le Nouvel Obs n’avait pas déployé une telle rage».  Dans sa guerre à «l’Obs», le compte twitter officiel de la campagne de Jean-Luc Mélenchon a même ressorti de ses cartons une vieille photo de Laurent Joffrin jeune en compagnie de Jean-Marie Le Pen lors de vacances. Un coup bas puisque cette photo avait été publiée en 2011 par le FN, qui expliquait que le père de Laurent Joffrin était ami avec Jean-Marie Le Pen.

Joffrin et Barbier répliquent

Alexis Delapierre, le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, s’est également lâché dans la journée lors d’une conférence de presse tenue au siège de campagne. Considérant qu’il y a une «disproportion» entre la «vague» Mélenchon et «le traitement qui lui est réservé» dans les médias, il a dénoncé des «tirs de barrage nourris portés par les grands médias de ce pays» et leurs «éditocrates». Delapierre a estimé que «les argumentaires du FN étaient repris dans l’ensemble des organes de presse». Une salve particulière a été tirée contre L’Express, comparant un éditorial de Christophe Barbier intitulé «Pour en finir avec Mélenchon» à «un éditorial de Minute», un quotidien d’extrême droite.

Réponse du berger à la bergère: «La dérive logomachique du mélenchonisme en ébullition, mélange de dogmatisme, d’agressivité et de raccourcis, est éloquente: elle nous indique ce que serait la liberté d’expression sous un régime mû par une telle idéologie», écrit Christophe Barbier sur le site internet de L’Express. Pour lui, la sortie de Mélenchon est «une insulte que les fièvres de fin de campagne ne sauraient excuser, même dans une équipe visiblement dépassées par les enjeux du scrutin et l’intensité de l’instant». Laurent Joffrin, lui, s’est gardé de tout emportement et a répondu sur le fond: «Les informations que nous publions sont parfaitement vérifiées et nous les maintenons intégralement. Le Front de gauche se garde bien, au demeurant, de demander le moindre rectificatif».

Plusieurs «incidents» avec des représentants des médias

Plusieurs articles de presse expliquaient la semaine dernière que l’équipe de campagne de Mélenchon redoutait un «pétage de plomb» de leur leader, face à l’afflux de journalistes qui le suivent désormais et dans le contexte de cadence infernale de cette fin de campagne. «La semaine passée j’étais au bord de la crise de nerfs et menaçais de partir en vrille. Un quarteron de journalistes frustrés de connivences en avait décidé ainsi, répendant la rumeur que l’on me tiendrait à distance de la presse pour cette raison», avait-il répliqué dans un post de son blog le 11 avril.

La veille pourtant, un journaliste de la BBC rapportait que Mélenchon l’avait qualifié de «connard» après une question qui lui avait déplue. C’est qu’après une grande période d’accalmie dans ses rapports avec les journalistes, les incidents se sont multipliés avec les représentants des médias, s’en prenant notamment à un photographe de Libération ou un journaliste du Figaro.

Mélenchon entretient par ailleurs des relations exécrables avec «Le Petit Journal», dont il a refusé l’invitation, tout comme avec le «Grand journal». Il avait d’ailleurs commencé sa pré-campagne en s’en prenant à un étudiant en journalisme le qualifiant de «petite cervelle» et en traitant Laurence Ferrari de «perruche». Avec les journalistes, le passif de Mélenchon est long. Et a priori, ça ne lui ressemble pas si mal. 

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