Présidentielle: François Hollande tout en maîtrise... Marine Le Pen remontée comme une pendule

POLITIQUE 20minutes.fer analyse la première soirée des grands oraux...

Matthieu Goar

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François Hollande sur le plateau de Des paroles et des actes, le 11 avril 2012. 
François Hollande sur le plateau de Des paroles et des actes, le 11 avril 2012.  — Thomas Samson/AFP

20minutes.fr a assisté à toute la soirée politique de France Télévision. Que s’est-il passé sur le plateau de «Des paroles et des actes»? Résumé de la soirée, candidat par candidat.

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Nicolas Dupont-Aignan

L’attitude

Dupont-Aignan a ouvert les festivités. Comme il l’avait promis, le candidat de Debout la République s’est montré offensif, renvoyant les principaux candidats à leur peur de débattre, les comparant à des «guignols», en reprenant les mots d’un travailleur qu’il a rencontré lors de sa campagne et ne lâchant rien à ses interlocuteurs («Vous avez du toupet», lance-t-il façon XIXe siècle). «Patriote sans les outrances du FN», NDA a évoqué sa vision d’une sortie de l’euro bien sûr, mais aussi la déliquescence de l’Education nationale. A l’aise et visiblement heureux de la tribune qui lui était offerte.

Le moment-clé

Il est forcément arrivé au moment où François Lenglet, directeur de BFM Business, a titillé NDA sur ses ambitions de sortie de l’euro. Le journaliste montre un graphique sur la croissance terne de l’Angleterre, qui n’est pas dans la zone euro. «Si vous preniez la Suède (qui n’est pas dans la zone euro, ndlr], vous verriez qu’elle a eu une très grande croissance, conteste Dupont-Aignan, avant de sortir lui aussi son graphique sur l’endettement de la France, conséquence de l’euro, «un handicap de compétitivité, surévalué de 20%». «On disait déjà ça du franc», répond Lenglet.

La phrase

«C’est tellement facile de payer des bus pour envoyer des milliers de militants au Bourget ou à Villepinte.» Un tacle destiné à François Hollande et Nicolas Sarkozy, les deux favoris des sondages.

Eva Joly

L’attitude

Pas de lunettes noires mais des lunettes vertes fluo qu’elle porte souvent en ce moment («Dans chaque moment important de ma vie, je change de lunettes»). Eva Joly est apparue déterminée et a attaqué à la fois Hollande et Mélenchon dès les cinq premières minutes. L’écologiste n’a plus rien à perdre et se lâche. Interrogée sur son humour («Je connais bien Dominique Strauss-Kahn, je l’ai mis en examen») mais aussi sur sa dureté par exemple à l’égard de Sarkozy (voir ci-dessous), Eva Joly n’a finalement que peu parlé d’écologie, à part pour détailler la façon dont sa transition énergétique créerait un million d’emplois en France. «L’avertissement de Fukushima, nous ne l’avons pas vraiment entendu. Nous avons la chance de pouvoir sortir du nucléaire en France de façon concertée», a-t-elle déclaré. Joly a, en revanche, beaucoup évoqué sa vision de la société française et notamment la question du voile islamique. «Les femmes disposent leur corps et de leur apparence. Je ne me sens pas d'aller à Aulnay-sous-Bois ou dans les quartiers nord expliquer aux femmes qui sont nourrices que parce qu'elles ont ça sur la tête, elles ne peuvent plus travailler», a expliqué Joly.  

Le moment-clé 

Eva Joly s’est montrée très pugnace et accusatrice sur le financement de la campagne de Sarkozy en 2007. «L’affaire Bettencourt, ce n’est un secret pour personnes qu’il y a des comptes offshores en Suisse, qui sortent de chez Bettencourt et qui rentrent chez des proches de Sarkozy», a répété la candidate écolo, qui en a profité pour regretter l’attitude de la société française, où cela se sait mais où «rien ne se passe». «J'affirme haut et fort ce que Mediapart écrit et ce que vous devriez rapporter aux citoyens. Je me sens investie de dire ce qu'on ne dit pas dans ce pays.»

La phrase

«Moi je suis coincée entre la gauche molle qui ne promet rien et la gauche folle qui promet tout, et moi je représente la gauche raisonnable et l'écologie qui essaye de voir le monde tel qu'il est.»

François Hollande

L’attitude

Comment François Hollande peut-il éviter l’écueil de la répétition? Après plus d’un an de campagne et des dizaines d’émissions de télé, le candidat socialiste se répète forcément. Encore mercredi soir, il a été question de «contrats de génération», de «redressement dans la justice» ou de nouvel acte de décentralisation. Seuls moments un peu originaux, une blague sur Sarkozy (voir ci-dessous) et une réponse à Françoise Hardy qui a menacé de déménager si Hollande est élu («Les personnes à la rue seraient ravies de payer l'ISF»). Pour le reste, et comme à la fin de la campagne des primaires, Hollande n’a pris aucun risque et assuré l’essentiel. Finalement, la seule annonce-surprise de François Hollande aura été la création d’une tranche à 75%. C’était il y a bien longtemps.

Le moment-clé 

Alors qu’on l’interrogeait sur les inquiétudes de certains éditorialistes de voir les marchés obliger le futur président à revenir sur ces promesses, Hollande a retrouvé ses accents du Bourget. «La démocratie est plus forte que les marchés», a lancé le socialiste, avant d’assurer: «Le rôle des responsables politiques, c’est de faire face aux marchés.» Après ses déclarations, Hollande n’est pas rentré dans les détails, évoquant seulement la réforme de certains produits financiers.

La phrase

«La stature présidentielle, on l'acquiert en devenant président. Pour être sympathique, c'est moins sûr.»

Marine Le Pen

L’attitude

«Non je ne suis pas remontée comme une pendule», a précisé Marine Le Pen en arrivant sur le plateau. Et pourtant… Rarement la candidate frontiste s’était montrée aussi offensive lors d’une émission de télévision depuis le début de  la campagne. On l’a vu hausser le ton sur la Libye («en Libye, les milices font la loi sans qu'on émeuve aucune des belles âmes qui ont applaudi l'intervention»), couper les journalistes lorsqu’elle semblait en difficulté, par exemple sur l’économie ou les moquer sans retenue. «Si vous voulez faire à tout prix la guerre, prenez votre paquetage…», a-t-elle lancé à Namias, qui lui demandait simplement un commentaire sur une possible intervention en Syrie.

Le moment-clé 

Après une rediffusion de son discours où elle stigmatisait les immigrants («Combien de Mohamed Merah dans les bateaux qui arrivent en France?»), Marine Le Pen a sauté sur l’occasion pour repartir dans une grande charge contre l’immigration. «Comment on surveille les gens qui rentrent dans notre pays si on n'a pas de frontières?», s’est-elle faussement interrogée, avant d’évoquer les criminels en «Porsche Cayenne» payées avec le RSA. «Il y a des réseaux criminels, des fondamentalistes qui passent les frontières. Dans cette campagne, j'ai été le brise-glace du conformisme politique et médiatique», s’est-elle félicitée.

La phrase

«On ne peut plus accueillir les immigrés. Quand il y aura la charia en Egypte, bientôt dans le nord du Mali... C'est bien de faire la générosité quand on est confortablement assis dans son salon du 16e arrondissement.»

Philippe Poutou

L’attitude

Sans veste, contrairement aux deux énarques Dupont-Aignan et Hollande, chemise ouverte et gestes appuyés, Philippe Poutou est de plus en plus à l’aise sur les plateaux de télévision. Alors que Pujadas veut lui demander ce qu’il pense du culte des marques comme Nike, Poutou amène tout de suite le débat là où il veut: sur l’emploi et les salaires. Le candidat du NPA est celui qui a fait le plus rire le public en évoquant ses «potes» et s’est même fait applaudir en terminant sur le gong son intervention, regard espiègle en plus. Poutou a été la grande révélation de cette soirée. Encore une deuxième campagne comme Besancenot et Poutou explosera. Pas sûr qu’il en ait envie… «Je suis candidat pour défendre des idées. Mais je n’ai jamais rêvé d’être président», a-t-il expliqué.

Le moment-clé 

Sur ses ambitions de Philippe Poutou, le moment de télévision a été particulièrement savoureux. «Besancenot n'a pas voulu continuer il m'a dit “ben tiens, fais-le, tu vas te faire chier toi aussi, à ton tour”. Je suis un militant du NPA depuis des années, mais je veux pas faire une carrière politique. La politique, c'est l'affaire de tous. Ça surprend, surtout par rapport aux autres...»

La phrase

«On discute de véritable démocratie, c'est vrai que c'est surprenant car tout le monde s’en tamponne.»